AGRICULTURE BIOLOGIQUE
L'Occitanie première région bio de France oui, mais dans les différents départements et selon les filières, la situation reste tendue. Entre accompagnement technique et soutien de la consommation, le bio n'a toutefois pas dit son dernier mot.
"Dans notre région, la dynamique est tirée par la vente directe et les magasins spécialisés. Ce qui est valable au national l'est donc encore plus chez nous, en sachant que nous sommes aussi moins dépendants des GMS", explique Nancy Fauré, directrice d'Interbio Occitanie.
© Crédit photo : ML
En Occitanie comme ailleurs, la filière bio traverse une crise importante liée à "un croisement entre une offre qui a augmenté et une demande qui a marqué le pas, quand elle n'a pas diminué", analyse simplement Nancy Fauré, directrice de l'association interprofessionnelle Interbio Occitanie. Entre certaines filières qui souffrent d'une baisse de consommation et la diminution des écarts de prix entre bio ou conventionnel, les producteurs s'interrogent.
Les derniers chiffres de l'agriculture biologique en Occitanie montrent que la région conserve sa 1re place en France, avec 597 754 ha en bio (dont 91 431 ha en conversion), et que la surface diminue légèrement (-1%, par rapport à 2023). Un chiffre qui s'explique par une diminution de 4% des surfaces en bio, "alors que les surfaces en conversion sont en augmentation de 16%", explique l'Interbio dans sa synthèse régionale des chiffres clés 20241.
Les premiers chiffres de 2025 semblent montrer une reprise de consommation en magasins spécialisés, ainsi qu'un arrêt de la chute pour les GMS (Grandes et moyennes surfaces). Pour ces dernières, "la situation reste très hétérogène en Occitanie, selon les enseignes et les zones de chalandise", met en garde Nancy Fauré. Mais la directrice d'Interbio Occitanie voit tout de même dans l'arrêt de la baisse de consommation sur ce circuit de distribution un point positif et espère que les GMS remettront ainsi des références en rayon. "Ça c'est pour l'aval. En amont, la crise est toujours bien présente chez les producteurs. Les grandes cultures, l'élevage laitier et les viticulteurs récemment convertis sont les plus en difficulté", explique la directrice. Les fruits progressent encore un peu, quand le maraîchage s'adapte autant que possible à la demande. "Mais attention, l'augmentation des fourrages par exemple, ça ne veut pas dire que ça va bien. C'est plutôt lié à la situation des grandes cultures, avec des parcelles non cultivées", rappelle-t-elle. "Tout est une question d'équilibre économique qui va dépendre des systèmes d'exploitation."
Elle voit de l'espoir grâce au redémarrage de la consommation, mais se défend elle-même de crier victoire trop vite, ne manquant pas de souligner que si aujourd'hui le solde en Occitanie est encore relativement positif, l'année prochaine, les chiffres pourraient ne pas afficher la même chose : "On le voit d'ailleurs avec la situation de l'aval, qui décroît depuis 2021."
Alors qu'au niveau national le marché se stabilise, "la hausse des ventes en magasins spécialisés bio, en vente directe et chez les artisans-commerçants compense la baisse des ventes bio en GMS", confirme la synthèse d'Interbio. "Le marché bio de la consommation à domicile est en légère reprise et enregistre une hausse du chiffre d'affaires de 0,8% par rapport à 2023. Il atteint 12,2 milliards d'euros (Mds€) en 2024."
Côté Occitanie, la croissance est portée à 2% avec un chiffre d'affaires de 1,4 Md€. "Dans notre région, la dynamique est tirée par la vente directe et les magasins spécialisés [respectivement +13,2% et +4,8%, ndlr]. Ce qui est valable au national l'est donc encore plus chez nous, en sachant que nous sommes aussi moins dépendants des GMS. Même si, évidemment, quand elles diminuent, nous le sentons aussi", détaille Nancy Fauré.
Pendant des années, Interbio a donc œuvré à la structuration des filières bio. "Mais aujourd'hui la situation n'est plus la même." Si certaines actions se poursuivent dans le prolongement de ce qui a déjà été lancé auparavant, "on ne s'en sortira que si la consommation repart. Il est donc plus que jamais essentiel de s'adresser au grand public", insiste Nancy Fauré. Membre de l'Agence bio depuis 3 ans, Interbio Occitanie s'est adossée à cette dernière pour la communication, en déclinant notamment la campagne 'C'est bio la France' aux couleurs de l'Occitanie.
"Nous réalisons également des animations en magasins spécialisés depuis 2 ans et en GMS depuis cette année, au printemps. Il y avait une volonté de pousser l'alimentation locale, alors nous avons dit d'accord, mais pour la production locale et bio." Les animations devraient faire leur retour partout à l'automne : "Partout, car la diversification passe aussi par celle des circuits de distribution. Il est essentiel pour nous de mener des actions avec tout le monde."
De plus, Interbio Occitanie s'apprête à renforcer ses actions sur la restauration commerciale, toujours dans le même objectif. "De la sorte, nous nous donnons une chance d'être moins dépendants des GMS, même si elles continuent évidemment de peser", affirme la directrice.
Si la dynamique d'installation en bio est hétérogène dans la région, Nancy Fauré voit des raisons d'y croire. Il y a 2 ans, la région affichait encore 46% des installations en bio, soit près de la moitié. "Oui aujourd'hui il y a des diminutions, parce que les producteurs s'interrogent sur les marchés, et ils ont bien raison, mais il y a encore des installations."
"Si la recherche de valorisation à l'hectare est essentielle, il est absolument nécessaire que, lors de l'installation, chacun reste vigilant sur les modèles, les débouchés, la viabilité économique de l'exploitation, et ce, encore plus vu la situation actuelle du bio. Le temps où le bio pouvait se permettre de ne pas prêter attention à tout cela est révolu", analyse la directrice. Nancy Fauré l'affirme, si la région a progressé et est restée leader en bio, c'est qu'il y a des raisons, et que beaucoup de travail a été engagé. Mais des craintes restent palpables avec certaines filières. "Une récente étude du Cniel [Centre national interprofessionnel de l'économie laitière, ndlr] a par exemple souligné que d'ici 2 ans, il y avait des risques de pénurie de lait bio si trop de producteurs arrêtaient leur activité. Évidemment ça inquiète des établissements de l'aval", expose-t-elle.
Il faudra donc se démener et continuer à jouer sur 2 leviers essentiels : l'accompagnement technique des producteurs, "car non, ce n'est pas facile de produire bio et de continuer avec le changement climatique", et le maintien d'un soutien à la consommation. 2 volets indissociables pour permettre à l'ensemble de la filière bio de garder son avenir en main.
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