Gard
Installée hors cadre familial en 2008 à Roquemaure, Emilie Magrez a bâti seule sa chèvrerie. Entre mises bas, transformation fermière et reconnaissance au concours 'Gard gourmand', l'éleveuse caprine trace son chemin avec ténacité, gardant toujours bien-être animal et circuits courts en ligne de mire.
"Notre vision, c'est d'être le plus proche du comportement naturel de l'animal", défendent Emilie Magrez et son conjoint associé Brice Pontet, de la 'Chèvrerie d'Emilie', à Roquemaure (30).
© Crédit photo : JB
"Ah ! Il y en a un troisième !", s'exclame Emilie Magrez, qui vient en aide à l'une de ses chèvres en train de mettre bas, le 26 février dernier. Encore sonnés, les chevreaux découvrent la paille et les premiers coups de langue de leur mère.
Entourés des "tatas", ces mères secondaires, ils feront partie de la centaine de cabris qui naissent chaque année à la 'Chèvrerie d'Emilie', élevage qu'elle a fondé à Roquemaure, dans le Gard, en 2008.
Non issue du milieu agricole, Emilie Magrez s'est installée seule après un bac agricole. "Petite, je voulais être technicienne d'élevage", se souvient-elle. "Puis, je me suis tournée vers les chèvres."
Un an pour tout créer sur un terrain nu, avec une certaine lourdeur administrative et deux refus de permis de construire. Aidée par son père et sa sœur les premières années, elle subit les remarques de détracteurs, persuadés qu'une femme ne peut être éleveuse. "Ce n'était pas évident de s'installer dans un lieu avec des vieilles générations de familles de viticulteurs. Parfois ils arrivaient à trois sur mon exploitation et me disaient : 'Tu ne vas pas tenir un an'."
Une mentalité qu'elle dénonce toujours à l'heure actuelle : "Quand des gens arrivent sur l'exploitation encore aujourd'hui, on me demande souvent : 'Il est là le patron ?'" Une situation que reconnaît également son conjoint Brice Pontet, qui travaille avec elle depuis 14 ans. Issu du milieu agricole, il a obtenu un BTS Productions animales, mais a travaillé dans un autre secteur avant leur rencontre. Double emploi au départ, puis démission et statut de conjoint collaborateur ensuite, il s'installe officiellement en tant qu'exploitant en 2023, en Gaec avec Emilie.
Si sa plus grande fierté reste ses enfants, elle n'a pas à rougir des prix gagnés ces deux dernières années au concours 'Gard gourmand'. "L'année dernière, nous avons eu le prix d'excellence pour la tomme de chèvre, ainsi qu'une médaille d'argent pour le fromage crémeux. Cette année, c'est la médaille d'or pour la bûche cendrée", énonce-t-elle avec le sourire. "Ce sont les clients qui nous ont poussés à participer", ajoute-t-elle en confiant son manque d'assurance. Mais ces prix sont également un clin d'œil à certains : "Cela montre à ceux qui ont essayé de me mettre des bâtons dans les roues que je nourris les gens sainement."
Et l'éleveuse se prête au jeu du concours avec la ferme intention de participer au prochain pour présenter une nouveauté de fin d'année dernière qui a "fait carton plein" auprès de ses clients. D'ici là, le secret reste bien gardé.
Dans la chèvrerie, fixée à un mur, une brosse tourne et remplit son rôle de masseuse infatigable. Utilisée en continu par les chèvres, elle est l'un des moyens mis en place par le couple pour satisfaire au bien-être de leurs protégées. Parmi eux, un arrêt de la production de lait pendant deux mois en est un autre. "Les chèvres produisent pendant dix mois. Puis, on arrête la production juste avant les fêtes pour les laisser tranquilles pendant les deux derniers mois, jusqu'à leur mise bas. Il est essentiel qu'elles aient ce moment de repos mammaire pour que leur organisme récupère", explique l'éleveuse.
"Nous reprenons ensuite la traite au 7e jour après la mise bas, car durant les six premiers jours, les chèvres produisent du lait colostral qui n'est pas transformable en fromage." Un lait considéré comme un déchet agricole, mais pour lequel l'éleveuse a trouvé une autre forme de valorisation. "Il est récupéré pour les cochons. C'est le seul animal qui le retraite de A à Z." D'où l'arrivée de quatre porcs sur l'exploitation, en 2010. Ils coûtent "moins cher que la mise en place d'une station d'épuration". De fil en aiguille, leur nombre a augmenté. Le couple élève désormais des gascons et des durocs depuis 2014.
Pour les chèvres comme pour les cochons, l'alimentation est primordiale et soigneusement élaborée. "Les chèvres pâturent à l'extérieur environ 290 jours par an", dénombre Emilie Magrez. Les cochons, eux, sont en permanence en plein air et sont plutôt sous l'aile de Brice. "On leur donne des céréales que l'on produit et on travaille également avec un magasin qui nous fournit tous ses invendus de légumes", complète-t-il.
Outre les fromages, l'exploitation fabrique sur place des yaourts, des crèmes-dessert et bientôt des glaces au lait de chèvre, grâce à la formation que vient de terminer Emilie. Une gamme de cosmétiques a aussi vu le jour en 2019.
Naisseurs et engraisseurs pour les chevreaux et les cochons, les bêtes sont abattues à Gap et Sisteron, et parfois transformées. "Nos cochons sont élevés au minimum un an, car ils grossissent à leur rythme", ajoute Brice. "On éduque le consommateur à manger du chevreau. Les vieilles générations ont l'habitude et les jeunes s'y intéressent, mais ont besoin d'être conseillés", précise l'exploitante. "Une fois que les gens ont goûté, ils y reviennent, mais il faut avoir l'envie de partager et l'envie surtout de faire toute la chaîne. Vendre en circuits courts, c'est de la terre à l'assiette."
La commercialisation se fait ainsi exclusivement en circuits courts à la ferme, sur les marchés de Roquemaure, de Villeneuve-lès-Avignon et de Petit palais à L'Isle-sur-la-Sorgue (84). "On vend également nos produits à La maison des agriculteurs du Vaucluse", indique Emilie, soulignant la belle mise en avant de ses produits dans ce département.
C'était sans compter sur les prix gardois obtenus récemment, qui viennent asseoir sa légitimité sur son propre territoire et offrent à l'exploitation une visibilité accrue dans le Gard. Une reconnaissance locale qui confirme que ses produits ont toute leur place dans le paysage agricole départememntal.
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