ÉLEVAGE
La dermatose nodulaire contagieuse n'a pas franchi les portes de la région, mais son ombre s'étend. Lors d'une journée dédiée à l'élevage régional, les professionnels ont exprimé leurs inquiétudes face à la crise sanitaire, à l'absence de visibilité pour 2026 et au spectre de l'abattage systématique.
© Crédit photo : Henk Monster
Le 3 décembre, Saint-Martin-de-Crau a accueilli une journée entièrement dédiée à l'élevage départemental et régional, organisée par la Chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône en partenariat avec la Chambre régionale d'agriculture Paca. Une rencontre conviviale mais aussi grave, où les atouts de l'élevage ont côtoyé les inquiétudes d'une filière sous tension.
Dans un climat sociétal où communiquer sur l'élevage devient plus complexe, l'enjeu était double. Réaffirmer le rôle essentiel des éleveurs dans les territoires et faire le point sur une crise sanitaire majeure : la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), dont la progression en France bouleverse toute la filière bovine.
L'élevage dans les Bouches-du-Rhône est bien plus qu'une production agricole, "c'est un pilier du territoire et de son économie. Une activité qui entretient les paysages, maintient la biodiversité et structure nos espaces naturels, de la Crau à la Camargue", a rappelé Laurent Israélian, président de la Chambre d'agriculture 13, en ouverture d'une journée dense.
La Provence est une région d'élevage aux visages multiples. Bovins, ovins, caprins, équins, porcins. La diversité des espèces reflète celle des paysages et des savoir-faire. "Nos 3 500 éleveurs valorisent plus d'un million d'hectares de prairies et de parcours", a rappelé Jacques Courron, éleveur ovin des Alpes-Maritimes et élu de la Chambre régionale.
Mais malgré cette richesse, le constat est sans appel. "Notre filière est en crise", alerte-t-il. Entre contraintes environnementales, fluctuations des coûts alimentaires et fragilités structurelles, les éleveurs font face à des défis cumulés qui fragilisent leurs modèles économiques. Les baisses d'aides et les gestions parfois hasardeuses des dispositifs d'accompagnement alimentent ce sentiment d'abandon.
Pourtant, le message dominant reste celui d'une profession passionnée, déterminée, et toujours debout. Une profession qui doit aujourd'hui affronter un virus redouté.
Sujet central de la journée, la DNC, maladie virale transmise par des insectes piqueurs et responsables d'abattages massifs dans les zones touchées. Si la région reste officiellement en zone indemne, la filière bovine vit sous tension depuis des mois. Les interdictions de rassemblements, les blocages de secteurs pastoraux, les incertitudes sur l'accès aux vaccins et les pertes économiques créent un climat d'extrême vigilance.
Christophe Moulin, éleveur dans l'Indre et président de Groupement de défense sanitaire (GDS) France, a réitéré l'objectif national : "L'éradication est possible, à condition d'une action collective, coordonnée, mêlant biosécurité, limitation des mouvements, dépeuplement rapide des foyers et vaccination des cheptels sains sur les zones réglementées. La crise n'est pas terminée."
Depuis le 29 juin, la gestion de la crise s'appuie sur la collaboration étroite entre services de l'État, vétérinaires et organisations sanitaires. "Cette coordination a été essentielle", souligne Kristel Gache, directrice de GDS France, tout en reconnaissant l'incertitude qui demeure sur les prochains mois.
Mais dans les Bouches-du-Rhône, l'horizon se rapproche dangereusement. La saison des activités taurines débutera en mars. Les éleveurs ont besoin de savoir s'ils pourront travailler, s'ils disposeront d'un vaccin et si les restrictions actuelles seront toujours en vigueur. Mais les réponses tardent. Et avec elles, l'inquiétude grandit.
Stéphanie Flauto, directrice régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf Paca), a rappelé la doctrine actuelle : "Protéger la zone indemne et éviter toute propagation". Une extension de la vaccination ? "Le débat existe, mais il comporte des contraintes importantes. Quand vous vaccinez, vous créez des restrictions de mouvement : pour entrer dans la zone vaccinée comme pour en sortir", rappelle-t-elle. Et pour l'heure, "la situation épidémiologique dans la région Sud ne répond pas aux critères européens permettant une vaccination".
Les échanges ont révélé un autre point de crispation majeur : la doctrine nationale d'abattage total dès qu'un animal est positif. "Une mesure incompréhensible", pour Rémy Benson, éleveur ovin et président du GDS 13, qui se dit globalement "inquiet pour l'avenir des manades et des petites races à forte valeur génétique".
Même son de cloche à la Sica Abattoir de Tarascon où son président, Pierre-Henri Callet, tire la sonnette d'alarme : "Nous allons entrer dans une période de mouvements importants. Il faut trouver des solutions rapides, y compris vaccinales."
Pour les éleveurs, la mesure d'abattage, qui ne concerne pas notre région indemne, est disproportionnée, "d'autant que la mortalité de la DNC reste limitée, de l'ordre de 1 à 5%. Pourquoi éliminer 100% du troupeau ?", interroge Juliette Fano, présidente de Bovins 13.
Face au désarroi de la filière, la directrice de la Draaf tente de rassurer : oui, l'éradication est atteignable ; oui, la mobilisation des éleveurs est exemplaire ; oui, des solutions sont recherchées. Mais sans céder aux illusions. "Difficile de savoir ce qu'il en sera début 2026", reconnaît Kristel Gache. Les fameux "sauts épidémiologiques" pourraient rebattre les cartes à tout moment.
La journée de Saint-Martin-de-Crau aura eu le mérite de rassembler une profession parfois isolée, souvent éprouvée, mais toujours mobilisée. Si les incertitudes dominent, le message envoyé par les éleveurs est clair : ils veulent continuer à travailler, à transmettre des races, des traditions et des paysages. Ils demandent désormais un cap, de la visibilité, et une gestion sanitaire qui prennent réellement en compte la réalité de terrain.
Plus que jamais, l'élevage régional montre qu'il est un pilier du territoire. Reste à lui offrir les moyens de tenir bon face à un virus qui, lui, ne faiblit pas.
POUR ÊTRE précis-
Maladie virale, transmise par des insectes hématophages, provoquant nodules cutanés, amaigrissement, baisse de production et parfois la mort.
Principalement par les insectes, mais aussi via les mouvements d'animaux
Parce qu'en zone touchée, l'abattage total du troupeau est obligatoire pour éradiquer le virus.
Conséquences : pertes économiques colossales et atteinte au patrimoine génétique.
L'éradication complète, grâce à une stratégie combinant biosécurité, limitation des mouvements, dépeuplement et vaccination dans les zones réglementées.
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