Bouches-du-Rhône
Alors que la dermatose nodulaire contagieuse poursuit sa progression en France, la filière bovine des Bouches-du-Rhône se mobilise pour protéger ses élevages et ses races emblématiques. Entre interdictions de rassemblements, blocages en montagne et bataille pour l'accès aux vaccins, la filière redouble de vigilance.
La crise ne se limite pas aux zones infectées. Dans les Bouches-du-Rhône, les éleveurs camarguais subissent les interdictions de rassemblements décidées à l'échelle nationale.
© Crédit photo : Christian Ferrer
Le 29 juin 2025, la France enregistrait son premier foyer de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) en Savoie. En quatre mois, cette maladie virale redoutée, transmise par les mouches piqueuses, a gagné du terrain sur le territoire. Au 29 octobre, 95 foyers étaient recensés dans six départements, dont la Savoie, la Haute-Savoie et désormais les Pyrénées-Orientales. Si le virus ne présente aucun danger pour l'homme, il menace gravement la santé et la production des bovins : fièvre, écoulements, lésions cutanées, amaigrissement, baisse de lactation, voire décès dans les cas les plus sévères.
Face à ce risque sanitaire majeur, la France a déclenché un arsenal de mesures exceptionnelles. Le 17 octobre, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a réuni en urgence le Comité national d'orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CNOPSAV). Les décisions ont été radicales : interdiction de tous les rassemblements bovins à caractère festif sur le territoire métropolitain (concours, foires, salons, courses camarguaises, abrivades ou corridas), interdiction des marchés de bovins destinés à l'élevage dans les régions touchées, et suspension totale des exportations de bovins vivants hors de France (les exportations de bovins ont repris depuis le 1er novembre dans des conditions sanitaires maîtrisées, avec la mise en œuvre d'une surveillance renforcée des rassemblements bovins).
Grâce à la stratégie de lutte mise en œuvre dès le début de l'été (détection précoce, abattage des foyers, vaccination massive dans les zones réglementées), la situation semble stabilisée en Savoie et Haute-Savoie depuis début septembre. Mais l'apparition de nouveaux foyers sporadiques, probablement liés à des mouvements d'animaux non déclarés, ravive les inquiétudes et fragilise la confiance de nos partenaires européens.
Chaque foyer détecté entraîne la création de zones réglementées : une zone de protection dans un rayon de 20 kilomètres, où tout déplacement d'animaux est strictement encadré ; une zone de surveillance de 50 km, où la vigilance vétérinaire et les mesures de désinsectisation sont renforcées.
Cinq zones de ce type sont aujourd'hui actives en France. Si aucun nouveau cas n'est signalé dans les 28 jours suivant le dépeuplement du dernier élevage infecté, la zone peut être reclassée en simple zone de surveillance.
Dans les Bouches-du-Rhône, qui comptent un peu plus de 18 000 bovins, dont près de 15 000 animaux élevés en liberté dans les manades et ganaderias, la vigilance est montée d'un cran. Le Groupement de défense sanitaire (GDS 13) suit de près la situation et multiplie les alertes. "Nous avions six éleveurs du département concernés par des zones réglementées en Savoie et Haute-Savoie, soit environ 200 bovins coincés dans les estives", explique Sabine Atger, directrice du GDS 13.
Trois d'entre eux ont pu obtenir un laissez-passer pour redescendre leurs troupeaux après inspection sanitaire et validation par les services de l'État. Les trois autres, confrontés à l'urgence climatique et à la prédation, ont été autorisés à descendre plus bas en altitude, sans toutefois regagner leurs exploitations. "Ils devraient pouvoir rentrer début novembre", précise-t-elle.
Ces situations inédites mettent en lumière la complexité logistique et émotionnelle de la gestion de la DNC. Comment protéger le cheptel sans condamner les exploitations de montagne ? Comment concilier sécurité sanitaire et bien-être animal ?
Mais la crise ne se limite pas aux zones infectées. Dans les Bouches-du-Rhône, les éleveurs camarguais subissent de plein fouet les interdictions de rassemblements décidées à l'échelle nationale. "Ce sont les manades et les ganaderias qui sont le plus impactées", déplore Sabine Atger. "Toutes les manifestations taurines et les rassemblements temporaires, les courses camarguaises, abrivades, corridas, fêtes, foires, concours étaient interdits jusqu'au 4 novembre. Cela représente un manque à gagner considérable pour les élevages et les organisateurs."
Si les mouvements vers les abattoirs et les changements de pâtures restent autorisés, les contrôles routiers ont été renforcés sur l'ensemble du territoire pour garantir le respect des consignes. Les camions transportant des bovins font désormais l'objet de vérifications systématiques.
Pour les éleveurs provençaux, la principale inquiétude vient désormais du sud du pays. "Les Pyrénées-Orientales, c'est notre grosse crainte", confie la directrice du GDS 13. Fin octobre, le département comptait neuf foyers confirmés de DNC autour du Canigou. Tous font l'objet d'un suivi quotidien et de mesures d'abattage sélectif "par îlots", c'est-à-dire limitées aux animaux réellement contaminés et à ceux qui ont été en contact direct avec eux.
Le GDS 13 coordonne la veille sanitaire départementale et négocie l'accès à la vaccination pour les élevages camarguais. Car si la vaccination est obligatoire et gratuite dans les zones réglementées, elle reste soumise à autorisation ailleurs. Les doses, importées d'Afrique du Sud et commandées par l'État, sont réservées en priorité aux foyers infectés. "Nous avons sollicité le soutien des élus locaux pour obtenir des dérogations", explique Sabine Atger. "Il s'agit de protéger nos races locales, comme les taureaux de Camargue, qui existent en petits effectifs. Quelques doses suffiraient à sécuriser la filière."
L'enjeu est vital : en cas de foyer détecté en Camargue, tous les animaux d'un élevage seraient abattus. Une perspective insoutenable pour des familles d'éleveurs, dont les troupeaux sont parfois transmis depuis plusieurs générations.
Le GDS 13 joue aujourd'hui un rôle pivot dans la gestion de cette crise. Relai d'informations, accompagnement des éleveurs, coordination avec les vétérinaires et les services de l'État. "C'est de la veille, mais aussi de la pédagogie et de la négociation", insiste la directrice. "Nous aidons les éleveurs à comprendre les consignes, à signaler les cas suspects et à maintenir le lien avec l'administration." L'organisme multiplie les appels à la vigilance sur les déplacements d'animaux, rappelant l'importance de surveiller quotidiennement la santé du cheptel mais aussi de suivre l'évolution de la maladie au plan géographique.
POUR ÊTRE précis-
Pour comprendre et (re)découvrir nos élevages, leurs valeurs et leur place essentielle dans notre société, une journée est organisée mercredi 3 décembre à Saint-Martin-de-Crau. Conférences, débats et interventions de nombreux acteurs sont au programme de cette rencontre initiée par la Chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône, la Chambre d'agriculture Provence-Alpes-Côte d'Azur, en partenariat avec Chambres d'agriculture de France et le ministère de l'Agriculture. Rendez-vous salle Mistral à 14 h. Entrée libre et ouverte à tous.
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