Var 23/09/2021
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Domaine de Garbelle : résolument peu conventionnel

Sur le petit domaine familial du centre Var, Jean-Charles Gambini cultive l’esprit d’une viticulture bio à taille humaine et le goût du terroir.

Jean-Charles Gambini a repris le domaine familial et cultive aujourd’hui 9 hectares de vignes, autour de Gréoult et dans la plaine de La Roquebrussanne. © G. Lantes

C’est en 1988 que le Domaine de Garbelle voit le jour, prenant le nom du lieu-dit où il est implanté. Jean-Charles Gambini travaille alors avec son père et sa mère. "À l’époque, c’était un peu compliqué, la rémunération à la coopérative n’était pas satisfaisante, et puis il y avait la volonté de faire un produit fini. Alors il a fallu construire la cave et s’équiper", se souvient le vigneron. Touche à tout dont le parcours était plutôt tourné vers l’élevage, les grandes cultures et le fourrage, c’est finalement dans la vigne, qu’il considère d’abord comme "un plus", qu’il se spécialise, avant de reprendre les rênes du domaine familial voilà une quinzaine d’années.

Une conversion progressive

S’il raisonne sa pratique et limite déjà les intrants, la certification bio n’arrive que quelques années plus tard. "Je n’ai jamais aimé utiliser trop de produits, il faut préserver la terre et ceux qui la travaillent. Mais je n’ai pas non plus demandé le label au départ, car je n’aime pas les contraintes et comme je vendais surtout au caveau, je ne voyais pas l’intérêt dans un premier temps. Et puis ça m’a bloqué sur certains marchés et en étant certifié, je me démarquais. Alors j’ai fini par y aller", explique Jean-Charles.

Il est aujourd’hui seul à la tête d’un vignoble de neuf hectares en AOC Coteaux Varois en Provence conduits en agriculture biologique. Ni désherbant, ni engrais chimique ne sont utilisés sur le domaine. Le viticulteur fait des apports de fumier naturel de bovin, et pratique l’enherbement. "J’ai d’abord fait de l’enherbement spontané, et je me suis mis au semis un rang sur deux il y a deux ans", précise-t-il. La conversion à l’agriculture biologique n’a pas entraîné de bouleversement majeur sur le domaine, et Jean-Charles Gambini va désormais plus loin en s’essayant à la biodynamie. Il utilise notamment bouse de corne et silice pour dynamiser le sol et le végétal, et emploie des huiles essentielles et des purins de plantes en complément du cuivre sur la vigne.

La biodynamie est aussi une nouvelle perspective. "L’agriculture biologique se démocratise, et c’est une bonne chose d’avoir des surfaces importantes en bio dans notre département. Mais il faut pouvoir se démarquer, proposer des vins différents", estime-t-il.

"À force de déguster, je trouve que les vins en bio et en biodynamie surtout reflètent bien les terroirs", apprécie-t-il. L’expression du terroir est d'ailleurs fondamentale pour le vigneron, qui s’emploie à "faire des vins qui sortent de l’ordinaire". Dans le même esprit, si le vin du domaine est aujourd’hui majoritairement rosé, Jean-Charles tient à maintenir une production de rouge non négligeable, qui peut aller jusqu’à 30 % des volumes. "Il y a moins de 40 ans de ça, on faisait 60 % de rouge. La tendance s’est inversée avec le succès du rosé, mais je me régale à faire des rouges où la part de technologie est moins importante", souligne-t-il.

Sortir des sentiers battus

Il propose ainsi deux cuvées de rouge travaillées avec minutie. "Je lève volontairement le pied sur la barrique depuis cinq ans, et je vinifie les rouges dans des jarres en terre cuite qui viennent d’Italie. C’est un savoir-faire qu’ils ont su conserver là-bas. La matière étant poreuse, il y a une oxygénation naturelle qui favorise le goût du fruit et l’expression du terroir. Le vin n’est pas modifié par le goût du bois, et j’aime ça", explique-t-il.

Les deux rosés du Domaine de Garbelle, issus de vendanges mécaniques de nuit, sont vinifiés de façon traditionnelle en cuve inox, avec maîtrise du froid et après pressurage pneumatique direct. "Je fais un rosé typé en finesse sur les thiols, et un autre plus amylique, plus construit sur le fruit et plus représentatif du terroir", présente-t-il. Le 'blanc des copains' complète la gamme. Depuis quelques années, il est vinifié pour partie en barrique, et pour une autre en œuf béton. "Les lies y sont sans arrêt en suspension. Ça apporte du gras. Là encore j’essaie de sortir un peu des sentiers battus", poursuit le vigneron avec humilité.

Les vins sont commercialisés pour environ un tiers au caveau, pour un autre en CHR et à l’export, à destination de la Belgique, de la Suède et du Danemark. Un autre petit tiers est vendu en vrac. "C’est un peu moins rémunérateur, mais c’est aussi moins de travail pour moi qui suis seul sur le domaine. Et puis, très honnêtement, la vente ce n’est pas mon truc, donc ça me soulage un peu", explique Jean-Charles.

Si la production annuelle du domaine est normalement d’environ 450 hectolitres, le gel du printemps a fait du dégât. Jean-Charles table sur une perte de production de l’ordre de 30 % pour cette vendange. "C’était pire l’an dernier : j’ai pris le gel et la grêle. Je n’ai fait que 250 hectolitres. Mais le gel de cette année m’a mis un coup, parce qu’au-delà de la perte, c’est du travail en plus à la vigne. Et puis, chaque année, il y a quelque chose : quand ce n’est pas le gel ou la grêle, c’est le mildiou comme en 2018. À force, c’est lourd à supporter, surtout pour un petit domaine. Mais on y croit toujours", confie-t-il.

Une vision de la bio à défendre

C’est sans doute cette force de conviction qui le pousse à continuer de faire sans cesse évoluer ses pratiques, en se renouvelant en permanence, et pas seulement à la vigne ou en cave. Si la production de vin est la principale activité du domaine, Jean-Charles Gambini a toujours fait un peu de polyculture en parallèle. En plus d’entretenir
200 oliviers, il s’est mis, récemment, à faire un peu de céréales – petit épeautre et seigle notamment – en vue de les faire transformer en farine. Passionné de longue date d’apiculture, il s’occupe aussi désormais d’une cinquantaine de ruches et produit son propre miel. "J’aime faire des choses différentes", explique-t-il simplement. Cette orientation fait pourtant également écho à sa vision de l’agriculture biologique, une agriculture du vivant, à taille humaine.

C’est cette bio qu’il défend en tant que vice-président d’AgribioVar. "Il y a de plus en plus de bio, ça se démocratise et c’est une bonne chose d’avoir des surfaces en bio importantes dans notre département. Il faut continuer de militer pour ce développement. Après, il faut pouvoir sortir du lot, et surtout, faire la différence entre une bio paysanne et la bio industrielle : parce que ça devient dur de tirer son épingle du jeu dans certaines filières quand on est petit. Et puis il ne faut pas que le consommateur soit perdu", plaide-t-il.

Gabrielle Lantes

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