AUDE
Dans les Hautes Corbières, Marie-Laure et Olivier Femenias ont choisi de remettre les compteurs à zéro après les incendies et poursuivre la conversion de leur domaine aux cépages résistants. Une démarche militante et pionnière, qui bouscule les certitudes d'une filière viticole en crise.
Domaine Femenias, Fontjoncouse, Aude
© Crédit photo : AL
Marie-Laure et Olivier Femenias ne sont pas vignerons de naissance. Après 18 ans passés à l'étranger, ils choisissent de s'installer en France, attirés par le "double aspect" de la viticulture : le travail de la terre d'un côté, la vinification de l'autre. C'est en 2018 qu'ils reprennent un domaine dans les Hautes Corbières, à Fontjoncouse, une zone aux terroirs d'exception et aux prix à l'hectare parmi les plus abordables du Languedoc. Olivier entame alors un Bac pro Conduite et gestion d'une entreprise vitivinicole par correspondance à Orange (84), tandis que Marie-Laure, qui se destinait à la partie commerciale, se prend de passion pour la vigne.
Leur premier contact avec les cépages résistants survient en 2020, lors d'une dégustation organisée par la Chambre d'agriculture de l'Aude, au Domaine de Cazes. La révélation est double : qualitative et philosophique. "On s'est installé directement en bio et on s'est rendu compte que le temps accordé au traitement des vignes était quand même assez important", confie la vigneronne. "Et ce n'était quand même pas la partie qu'on préférait." La perspective de supprimer cette contrainte les convainc d'explorer ces nouvelles variétés.
Après avoir vu une partie de leur vignoble réduite en cendres par les récents incendies, le couple se remonte les manches et prend le changement à bras-le-corps. Ils plantent chaque année uniquement des cépages résistants et testent également des variétés Bouquet.
En 2026, la 6e campagne de plantation s'engage avec du voltis et du prior. Sur les 4,5 hectares restants (sur les 16 ha au départ), 3 ha sont désormais consacrés à ces variétés résistantes. Le bilan agronomique est sans appel. "Zéro traitement sur le souvignier gris", affirme Marie-Laure Femenias. Une seule exception, le saphira, légèrement sensible à l'oïdium, reçoit un simple traitement soufré pour préserver 10% de la récolte.
Souvignier gris, floréal, saphira, artaban, vidoc : les noms qui ornent les étiquettes du domaine sont encore inconnus du grand public, mais plus pour longtemps. Les cépages résistants connaissent une adoption progressive, tant pour des raisons agronomiques que par conviction environnementale bien ancrée. Le parti pris œnologique est à l'avenant. Là où la tendance actuelle incline vers des blancs thermorégulés, lisses et internationaux, Olivier opte pour des vinifications dites gastronomiques, en mode variétal : "Faire goûter ces cépages-là, pas les couper dans autre chose, ni jouer sur les levures ou la vinification pour masquer leur goût." Les vins passent en barriques ou en cuves ovoïdes, sur des raisins mûrs, dans des volumes réduits.
Résultat : lors des salons grand public, les blancs issus de cépages résistants - un assemblage souvignier gris-saphira, et un monocépage floréal - devancent régulièrement l'assemblage grenache blanc-chardonnay que le domaine proposait auparavant. "Les gens sont charmés par les nouveautés", observe Marie-Laure. Son mari le confirme sans détour. "Le public actuel veut être surpris." Pour les rouges, la démarche diffère légèrement. Cépage résistant aux tanins parfois sévères, le vidoc fait l'objet d'expérimentations audacieuses : décuvage après seulement trois jours de macération, travail en grappes entières, dans un esprit proche du Beaujolais. "Ça permet d'obtenir des profils assez fruités, assez frais", explique le vigneron.
La réception de cette démarche par les pairs est révélatrice des tensions qui traversent la filière. Si la curiosité domine chez les vignerons qui viennent déguster au domaine, les sceptiques ne manquent pas. "Il y a des habitudes coriaces dans le milieu", reconnaît Olivier Femenias. "Il y a quatre ans, les titres de presse ressemblaient à 'C'est gentil, mais ce n'est pas bon'. Aujourd'hui, c'est plutôt 'C'est intéressant, peut-être qu'on peut en faire quelque chose'."
Autre point de discorde, les micro-cuvées - souvent utilisées par les organismes de recherche pour évaluer les nouveaux cépages - posent "un manque de représentativité", selon le vigneron. Ce dernier souligne que ces expérimentations sont souvent menées dans des conditions très différentes de celles d'un vignoble en production, notamment en termes de rendement et de vinification. "On se rend compte qu'en pleine terre, c'est beaucoup plus exubérant et puissant en goût que ce qu'on avait goûté en micro-cuvée," explique-t-il.
La viticulture méridionale prend-elle un tournant de son histoire ? Olivier Femenias est lucide : "Je pense qu'on ne l'a pas encore pris, mais il se prendra. Parce qu'il n'y a pas le choix." Les pressions conjuguées - coût des intrants, réglementation environnementale, évolution des attentes des consommateurs, crise structurelle du marché - rendent la transition inévitable, même si son rythme reste incertain.
Un virage'Obvious' (évidence, ndlr) jusque dans le nom d'une de leur cuvée. 100% résistante et déjà tournée vers l'avenir.
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