France 28/08/2025
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Échos de vendanges

Des collines audoises aux Cévennes en passant par le terroir volcanique de Caux, les vendanges 2025 racontent la diversité du vignoble languedocien. Entre pluies bienvenues à la mi-août, volumes réduits et nouvelles cuvées, les vignerons et négociants-vinificateurs témoignent d'un millésime contrasté, mais porteur d'identité. Les conséquences des dernières perturbations météorologiques restent encore à évaluer.

© Crédit photo : Manon Lallemand

Manon Lallemand •
Hérault 28/08/2025
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HÉRAULT

Une pluie bienvenue pour ralentir le ramassage

À Caux, sur les 12 hectares bio du terroir volcanique du Domaine Allegria, les vendanges ont commencé le 18 août par le grenache blanc. Un début anticipé qui s'est vu mis en pause par une pluie providentielle de 35 mm 2 jours plus tard. Avec une reprise ce lundi, les d'Aboville amorcent enfin la suite et prévoient une fin de vendanges fin septembre.

Ghislain et Delphine d'Aboville, vignerons du Domaine Allegria depuis 2008, ont commencé leurs vendanges le 18 août avec le grenache blanc.

© Crédit photo : Domaine Allegria

En 2008, le Domaine Allegria voit le jour à Caux, à proximité de Pézenas. Delphine et Ghislain d'Aboville tombent sous le charme de ce domaine de 12 hectares d'un seul tenant, en coteaux, bien entretenus par l'ancien propriétaire. Ils arrachent un peu et replantent trois hectares de cépages méridionaux, par soucis d'adaptation au changement climatique, qu'ils taillent en gobelet pour les mêmes raisons. Petite particularité dont ils ne découvrent qu'après l'achat l'impact sur les vins : un terroir de basalte, les parcelles se situant sur les flancs de l'ancien volcan des Baumes.

Cette année, le couple témoigne d'une météo plutôt propice à un joli millésime. "En comptant les 35 milli- mètres de mercredi, nous en sommes à 650 mm de pluie depuis le début de l'année. Ça fait quelques années qu'on n'avait pas eu ça", témoignait vendredi dernier Ghislain d'Aboville. Les vignes - encore très vertes au mois de juin - les surprennent autant que leurs visiteurs, lors des 'Tables vigneronnes', leur événement accord mets-vins sur le domaine. "Alors oui, on a eu un peu de mildiou. Mais comme on est en bio, on a resserré la cadence d'application de bouille bordelaise, et nous n'avons pas eu de pertes de récoltes", souligne le vigneron.

Une situation qui a permis de bien résister à la première canicule de juin, un peu moins à celle d'août. Pas de stress hydrique à proprement parler, mais un chamboulement de calendrier dont les d'Aboville et leurs équipes se seraient bien passés. "Nous avons dû démarrer les vendanges plus tôt que prévu, à cause de maturités un peu bousculées."

Des vendanges longues, selon les cépages

Vendanges lancées sur le grenache blanc et un peu de grenache noir pour le rosé donc, lundi 18 août, sous un soleil assez peu agréable, même en commençant le matin. C'était sans compter la pluie providentielle de 35 mm le mercredi 20 : "Ça nous a en quelque sorte permis d'appuyer sur le bouton pause" et de ne reprendre que le lundi suivant. Le Domaine Allegria ne mise pas sur une quantité extraordinaire, travaillant volontairement avec des volumes correspondant à leurs capacités de ventes. La récolte semble bien se profiler, avec une belle acidité, le pH attendu et un acide malique présent.

"On ne ramasse pas tous les jours, pour coller au mieux à la maturité de chaque cépage"

"Si cette eau n'était pas arrivée, ça aurait peut-être été un peu plus compliqué", reconnaît Ghislain d'Aboville.

Les vendangeurs reprennent donc doucement avec des températures plus raisonnables, pour le bonheur des vignes autant que des hommes, à la main pour la plus grande partie du domaine - qui compte d'ailleurs une parcelle de cinsault... circulaire1 ! -, sauf les rosés "qu'il faut vendanger le plus vite possible pour préserver la fraîcheur".

Des vendanges qui s'annoncent longues, la faute aux neuf cépages cultivés sur le vignoble, et s'achèveront sans doute fin septembre par le mourvèdre. "On ne ramasse pas tous les jours, pour coller au mieux à la maturité de chaque cépage." Pas un mal pour le couple de vignerons qui, deux soirs par semaine en septembre, continuera d'accueillir les visiteurs pour leurs fameuses'Tables vigneronnes'. 

Manon Lallemand •
Gard 28/08/2025
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GARD

Vignobles Boissier : du négoce à la cuvée cévenole

À Vic-le-Fesq, les Vignobles Boissier poursuivent leur activité de négoce tout en vinifiant des raisins gardois. Malgré une petite récolte et les aléas climatiques, la maison familiale mise sur leur nouvelle cuvée identitaire et une valorisation locale accrue.

Alexandre et Mélanie Boissier sont frère et sœur. Ils ont repris le groupe de négoce Vignobles Boissier en 2017.

© Crédit photo : Nancy Ponthus

Siège social à Vic-le-Fesq, dans le Gard, mais implantations également à Galargues, en Pic-Saint-Loup et sur les terrasses du Larzac dans l'Hérault. Les Vignobles Boissier forment aujourd'hui un groupe structuré autour de plusieurs activités : Maison Transvins, pour le négoce de vins en vrac en France et la vinification ; l'établissement Préau, pour le négoce international ; les Vignobles Boissier, pour la commercialisation de vins conditionnés ; et deux domaines viticoles - le Domaine Boissier en IGP Pays d'Oc et le Domaine Les Petites Mains -, avec production et vente de vins conditionnés.

Créée en 1946, l'entreprise s'est diversifiée au fil des décennies. En 2011, elle rachète les locaux de l'ancienne cave coopérative de Vic-le-Fesq, et démarre son activité de vinification. "Nous avons choisi de travailler avec quelques producteurs gardois. Pour le moment, ils sont deux : l'un à Vic-le-Fesq, l'autre à Vauvert", explique Alexandre Boissier, directeur technique, qui pilote le groupe avec sa sœur, Mélanie.

"Depuis le millésime 2024, nous proposons une cuvée baptisée 'Cevanna', qui valorise les raisins locaux"

Des campagnes contrastées

Comme beaucoup d'opérateurs de la région, les Vignobles Boissier ont subi les aléas climatiques. "L'an dernier, la forte pression du mildiou, liée au printemps pluvieux, nous a obligés à adapter nos pratiques à la vigne comme à la cave. Nous avons perdu environ 20 % de récolte", souligne le directeur technique.

Cette année encore, la maladie a fait parler d'elle, mais la situation a été rapidement maîtrisée. "Nous avons une semaine d'avance avec en prévision une récolte assez petite", précise Alexandre Boissier, qui y voit l'effet conjugué du changement climatique et d'un coup de chaud marqué à la mi-août. Les vendanges ont démarré la semaine dernière et se sont intensifiées depuis lundi. "Pour le moment, tout se passe bien et les producteurs semblent satisfaits de ce qu'ils ramassent."

Une cuvée identitaire stratégique

En cave, les choix se font pas à pas, avec l'ambition de préserver la qualité. "Depuis le millésime 2024, nous proposons une cuvée baptisée 'Cevanna', qui valorise les raisins locaux. C'est un IGP Cévennes, décliné dans les trois couleurs", détaille Alexandre Boissier. Le rosé s'appuie sur le grenache noir, le blanc associe rolle, roussane et chardonnay, tandis que le rouge conjugue grenache, carignan et syrah.

L'objectif ? Répondre à l'évolution des goûts.

"Nous avons constaté que les consommateurs ont de plus en plus de mal avec les vins alcooleux. Comme beaucoup, nous travaillons à moderniser nos profils. 'Cevanna' se veut accessible, légère et pas trop forte en alcool, pour que néophytes comme amateurs s'y retrouvent." Les raisins gardois sont d'ailleurs destinés en priorité à cette collection, signe d'une volonté de renforcer l'ancrage local. Selon les résultats commerciaux d'ici fin 2025, l'entreprise pourrait accentuer sa collaboration avec les producteurs du secteur.

Au-delà de la cave, la question des débouchés reste centrale. Les Vignobles Boissier écoulent l'essentiel de leur production via les cavistes et le réseau CHR, en France comme à l'export. L'Asie et les États-Unis représentent des marchés en développement, malgré les difficultés logistiques du moment.

Mais chaque vendange reste décisive pour nourrir ces marchés : la qualité et le profil des raisins conditionnent directement la capacité de la structure à répondre aux attentes des consommateurs. Dans ce contexte, les bennes ramassées en ce début de campagne gardoise prennent tout leur sens : elles sont la base d'une cuvée identitaire et la promesse d'un ancrage local renforcé. 

M.L. •
Aude 28/08/2025
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AUDE

Feu vert pour le Château de Marmorières

Les vendanges sont officiellement lancées au Château de Marmorières. Jehan de Woillemont, propriétaire et vigneron dresse le constat de ce millésime 2025. Malgré une baisse de volume attendue, la qualité des vins, elle, sera bien au rendez-vous.

"On est tributaires du climat. Il faut faire avec ce qu'on a", affirme le vigneron Jehan de Woillemont, conscient que résilience et adaptation sont les maîtres mots de l'avenir de la profession.

© Crédit photo : Château de Marmorières

Propriété familiale depuis 1826, le vignoble du Château de Marmorières s'étend sur 120 hectares au cœur de l'AOC La Clape. Non loin, au pied des falaises, la Commanderie de Saint-Pierre la Garrigue abrite plus de 50 ha de vignes en bio depuis 2005. Un bel espace qui aura traversé une fois de plus, une année bien mouvementée.

L'hiver 2024-2025 s'est révélé sec, avant un printemps plus humide, mais frais, ce qui a retardé le débourrement. "Il y a eu des problèmes de coulure sur les grenaches et une pression de mildiou notable, bien que moins virulente que certaines années", explique le vigneron Jehan de Woillemont. La vigne a ensuite souffert de deux épisodes majeurs de sécheresse : en juin, sur la période clé de la floraison, puis début août, lors du grossissement des baies. Conséquence : des baies plus petites et des rendements en baisse sur certaines variétés. "Sur chardonnay, on est proche de - 50 %, et - 30 % sur le muscat", partage le vigneron.

Heureusement, l'irrigation, installée progressivement depuis 2016, a permis d'amortir une partie des chocs. "Nous avons subi des restrictions qui nous limitaient à 2 ou 3 jours d'irrigation tous les 15 jours, ce qui n'a cependant pas suffi à contrer les effets de ces coups de chaleur." Même si l'épisode de pluie de 50 mm autour du 14 juillet a permis de relancer un peu la végétation, une défoliation a commencé à se dessiner début août. "On est tributaires du climat. Il faut faire avec ce qu'on a", affirme toutefois le vigneron, conscient que résilience et adaptation sont les maîtres mots de l'avenir de la profession.

Les premières vendanges ont donc débutées sur les parcelles les plus fragiles depuis le mercredi 19 août. "J'ai l'habitude de commencer par une première cuve test, pour m'assurer que tout fonctionne à la cave et pouvoir intervenir rapidement en cas de panne." À ce stade, seuls 4 ha ont été vendangés, mais déjà, la tendance se dessine : "Cette année, les rendements seront certainement plus faibles, si l'on compare à l'an passé."

"Les premiers moûts affichent un bon équilibre entre acidité et azote assimilable, conditions favorables à de belles fermentations"

Si le millésime 2025 s'annonce donc en baisse de volume, le vigneron reste confiant sur la qualité, notamment sur les rouges, avec de belles concentrations et avec de bonnes acidités sur les blancs. "Les premiers moûts affichent un bon équilibre entre acidité et azote assimilable, conditions favorables à de belles fermentations."

Le rosé, plus incertain, pourrait voir une partie de ses volumes être rebasculés vers le rouge.

Des sols régénérés pour l'avenir

Conscient de la fragilité climatique, le domaine a mis en place un plan ambitieux d'amélioration des sols : repos de certaines parcelles, semis de luzerne, apports massifs de compost jusqu'à 200 tonnes/ha afin d'augmenter la matière organique et améliorer la rétention d'eau. "On s'aperçoit que les vignes tiennent beaucoup mieux à la sécheresse quand le sol est plus riche en matière organique."

Cette stratégie doit permettre, sur le moyen terme, de stabiliser les rendements entre 40 et 60 hecto- litres/ha et d'augmenter le taux de matière organique des sols d'environ 1,5 point (de 1,2 % actuellement à 2,5 %), gage de pérennité économique et agronomique.

Sur le plan commercial, la situation reste contrastée. Si la France absorbe encore deux tiers des ventes, le marché américain du rosé s'est nettement contracté. "On pensait que ce n'était pas une mode, mais finalement si. Les importations ont chuté." L'Allemagne résiste, mais la restauration en France reste atone. Le domaine compense en élargissant ses circuits de distribution, département par département.

Après plusieurs années marquées par la sécheresse, la prudence domine. Mais l'attachement à la terre, la recherche d'innovation et la vision à long terme tracent la voie. 

Anthony Loehr •

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