Face à face sur la loi Duplomb : Écologistes et CR
Face à une permanence prise pour cible par la Coordination rurale de l'Hérault à la suite de la sortie de route de Sandrine Rousseau, Jean-Louis Roumégas, député Les Écologistes de la 1re circonscription du département a préféré ouvrir le débat plutôt que de porter plainte.
Face à face Jean-Louis Roumégas (Les Écologistes) / Laurent Crouzet (Coordination rurale 34). Montage pour Une abonnés PDM du 01/08/2025
© Crédit photo : Manon Lallemand
Ce ne sont pas tant les deux millions de signataires de la pétition contre la loi Duplomb qui ont poussé la rencontre entre Les Écologistes et la Coordination rurale de l'Hérault (CR34), mais plutôt les propos de Sandrine Rousseau. "Rien à péter de leur rentabilité", avait affirmé la député écologiste au sujet des agriculteurs, sur le plateau de la Contre Matinale, par Le Média, le 11 juillet. La formule, qu'elle soit maladroite ou consciente, est contreproductive. Jean-Louis Roumégas, député Les Écologistes de la 1re circonscription du département le reconnaît : "Ses propos n'engagent qu'elle, et c'est un secret de polichinelle de dire que cela a fait débat au sein même de la commission 'Agriculture et ruralité' des Écologistes." La Coordination rurale s'était toutefois soulevée dans le département, s'attaquant à sa permanence le 18 juillet, pour alerter plus que dégrader selon les propres dires du député. Il pointe cependant une erreur de cible et affirme le soutien de son groupe politique dans la défense des revenus des agriculteurs, face aux traités de libre-échange, déplorant par ailleurs un accord sur les taxes Union européenne-États-Unis - confirmé dans la nuit - "pas très heureux".
Le député est formel, il faut accompagner les agriculteurs... et "un certain protectionnisme pour protéger notre agriculture et notre souveraineté alimentaire", déclare-t-il aux agriculteurs de la CR34, lundi 28 juillet, lors d'un débat organisé à Montpellier en marge de ceux autour de la loi Duplomb. Mais défendre la souveraineté alimentaire n'est pas synonyme d'autorisation de tous produits. Ancien co-président du groupe 'Santé environnementale' à l'Assemblée et responsable du centre de ressources prévention santé de l'Éducation nationale à l'Institut du cancer de Montpellier, il rappelle que l'acétamipride est considéré comme un perturbateur endocrinien. "Ce n'est pas la dose qui fait le poison, mais la vulnérabilité de la personne exposée. Les perturbateurs endocriniens provoquent un danger intrinsèque même en microdose." Il est notamment appuyé par l'ancien viticulteur Charles Morin, "malade d'une passion" pour avoir traité ses vignes à l'arsenic jusqu'en 2001. "Vous savez ce que c'est, et vous savez qu'aujourd'hui il n'y a toujours rien qui remplace vraiment cette substance", lance-t-il. Pour lui, pas question de reproduire le schéma avec l'acétamipride.
Alors au nom de la santé publique, c'est un 'Non' qu'il oppose aux agriculteurs. "Le nombre de cancers ne cesse d'augmenter. Ce n'est pas que l'agriculture. Ce sont les pesticides domestiques, les matériaux de construction...", liste-t-il. Il plaide les alternatives : "Et si elles coûtent plus cher, nous sommes prêts à les financer. S'il y a des contraintes, les produits de substitution doivent être financés et la société doit accepter de participer." Il pousse également pour des interdictions d'importations de productions traitées avec des produits interdits en France.
Autre cheval de bataille : la rémunération des agriculteurs. Les Écologistes sont favorables à l'établissement de prix plancher pour la grande distribution. À défaut, les agriculteurs objectant le risque d'un prix plafond, Jean-Louis Roumégas soutient a minima qu'il est "essentiel que les métropoles accompagnent les producteurs pour leur permettre de se regrouper" et d'accéder aux marchés de la commande publique. Une autre façon de commercialiser en somme.
Il confirme également le positionnement des élus verts contre les projets de mégabassines. Un propos mal tombé dans un département qui n'en comporte pas, la Coordination rurale n'a pas manqué de le rappeler au député Roumégas. Si dans la discussion tous semblent s'accorder sur le fait que mégabassines et retenues hivernales n'ont rien à voir, un problème sémantique semble persister dans la communication.
L'avis de la Coordination rurale
Sans afficher un soutien inconditionnel à la loi Duplomb, les agriculteurs de la Coordination rurale de l'Hérault restent convaincus de son intérêt pour répondre à l'urgence de la situation. Non, tout n'est pas parfait, mais oui, elle est nécessaire pour faire avancer les exploitations.
Arnaud Poitrine, Laurent Crouzet et Christophe Sabatier représentaient la Coordination rurale de l'Hérault face aux élus écologistes pour un débat, à Montpellier.
© Crédit photo : ML
"Quand on sait qu'un agriculteur se suicide tous les deux jours parce qu'il n'arrive plus à boucler ses fins de mois..." Les propos de la députée écologiste Sandrine Rousseau, Arnaud Poitrine, secrétaire général de la Coordination rurale de l'Hérault (CR34), les a un peu en travers de la gorge. D'autant que lui-même connaît des difficultés à se verser un revenu depuis deux ans, comme bon nombre de ses confrères agriculteurs. La visite à la permanence du député Les Écologistes Jean-Louis Roumégas (et les quelques dégradations qui s'en sont suivies), le 18 juillet, à Montpellier, était avant tout "une manière de provoquer le débat", reconnaît Laurent Crouzet, co-président du syndicat.
Sur la table, Arnaud Poitrine dépose une prise, ainsi qu'un produit pour chat contre les tiques. "Ça, c'est au contact des enfants tous les jours", explique-t-il. Et pourtant, eux aussi contiennent des néonicotinoïdes. Voilà ce que dénonce la Coordination rurale devant les élus écologistes - le député est accompagné de la conseillère municipale et métropolitaine écologiste Coralie Mantion - qui leur font face. "Plus de 200 produits ménagers en contiennent", renchérit Christophe Sabatier, secrétaire général adjoint. Pour les trois agriculteurs, il est avant tout question d'une certaine confiance en une chimie positive, "nous avons tout de même des systèmes qui permettent une homologation de plus en plus fine". "La coccinelle est vendue comme étant un pesticide bio", rappelle Arnaud Poitrine, pointant une méconnaissance de la compréhension même du terme "pesticide". D'autant que les syndiqués rappellent leur engagement quotidien dans l'écologie à l'échelle de leurs exploitations.
"Si nous sommes pour, c'est avant tout car il y a une impasse technique. En faisant des interdictions sans solutions, on détruit des filières. On parle beaucoup de la betterave, mais savez-vous ce qui se passe en ce moment chez les producteurs de noisettes ?", interroge Laurent Crouzet, avant de compléter : "Si on soutient cette utilisation, aussi, c'est que l'acétamipride est autorisé dans l'Union européenne jusqu'en 2033."
Sur ce point, écologistes et agriculteurs se rejoignent, la réciprocité et l'interdiction des productions traités avec des produits interdits sont essentielles pour réduire la concurrence déloyale. "Mais qui s'occupera des contrôles aux frontières ?", interrogent les agriculteurs de la CR34.
Face à la proposition de prix plancher des Écologistes, les agriculteurs s'inquiètent, trop de risque de voir survenir un prix plafond. Là encore, un autre modèle est à trouver, pour permettre une rémunération correcte des producteurs et le développement des circuits courts. "On veut des prix, pas des primes", ont toujours martelé les adhérents de la Coordination rurale. Le consommateur aussi a sa part de responsabilité dans la situation actuelle, ajoute le secrétaire général du syndicat : "Ils doivent avoir conscience que les tomates en plein hiver, c'est favoriser l'importation." Pas de secret pour les participants au débat : c'est en travaillant tous ensemble qu'il sera possible d'avancer.
Pour vivre de leurs productions, ils auront aussi besoin d'eau. "Il faut tout de même rappeler que cette loi Duplomb répond à un besoin avec des mesures d'urgence, mais il n'y a pas que les pesticides qui sont évoqués. Il est aussi question de l'accès à l'eau, pas juste des mégabassines et surtout pas ici", évoque Laurent Crouzet. "Il faut que nous puissions stocker l'eau qui passe. La problématique, ce sont toutes les associations qui tombent sur les agriculteurs au moindre projet", regrette le co-président de la CR34.
Si le dialogue a permis d'exposer les inquiétudes et les attentes des deux parties, il ne marque qu'un point de départ. Reste à bâtir des solutions concrètes et équilibrées, qui tiennent compte des contraintes du terrain comme des impératifs environnementaux. Pour les représentants de la CR34, la balle est désormais dans le camp des décideurs politiques, en combinant "bon sens écologique et bon sens paysan".
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