AUDE
Avec plus de 2 900 hectares brûlés en 10 jours, l'Aude vit l'un de ses pires étés depuis 1976. Les vignes sont en première ligne. Les agriculteurs réclament un statut spécifique, des aides d'urgence et la reconnaissance de leurs services environnementaux.
Tous les responsables syndicaux présents appellaient, vendredi 11 juillet, à ce que les différents projets d'irrigation avancent plus vite dans les départements de l'Aude et des Pyrénées-Orientales.
© Crédit photo : AL
Bizanet, Moux, Douzens, Fontcouverte, Narbonne... le paysage audois est dévisagé. Qualifié par les autorités comme l'un des pires sinistres depuis 1976, le bilan est difficile à avaler. En seulement 10 jours, plus de 2 900 hectares sont partis en fumée, dont 2 100 uniquement autour de Narbonne. "Ça fait plusieurs décennies qu'on alerte les pouvoirs publics. Aujourd'hui, c'est la réalité qui nous rattrape", déplore Damien Onorré, président du Syndicat des vignerons de l'Aude lors d'une conférence de presse vendredi 11 juillet. Il était épaulé par Christophe Gualco, président des Vignerons indépendants, Jérôme Barthès, président de la FDSEA, Marc Véra, président du comité territorial à la Coopération viticole, Loïc Escourrou, co-président des Jeunes agriculteurs, ainsi que Ludovic Roux, président de la Chambre d'agriculture de l'Aude et son secrétaire adjoint Serge Serris.
À date, 91 feux ont été recensés depuis le début de l'année dans l'Aude, contre 56 à la même période l'an dernier. Les surfaces brûlées elles, explosent littéralement avec 2 900 ha en 2025 contre 53 en 2024. Pour l'heure, sur la trentaine d'agriculteurs qui se sont signalés auprès de la Chambre d'agriculture de l'Aude, ce sont plus de 291 ha directement touchés : 58 en culture, dont 45 en vigne, 10 en céréales, 3 en arboriculture, ainsi que des exploitations apicoles et d'élevage.
Pour d'autres, c'est le retardant aspergé par avion ou les vignes partiellement brûlées qui posent problème. À cela s'ajoute l'inquiétude autour du "goût de fumée", phénomène qui peut rendre les vins impropres à la vente et impossible à vérifier avant la vinification.
À ce stade, les vendanges prochaines de certains pourraient être réduites à néant. "J'ai eu des agriculteurs qui m'ont appelé en pleurs, qui avaient tout perdu. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne laissera pas les agriculteurs sinistrés tout seuls", assure Ludovic Roux, président de la Chambre d'agriculture de l'Aude.
Au premier plan, la question centrale de l'eau. Bien que chacun se doute qu'il soit difficile d'amener la ressource partout, il n'en reste pas moins des marges de manœuvres réalistes et atteignables, notamment quand on voit les volumes entre l'eau du Rhône et celle des Pyrénées : "Si nous sommes en capacité de stocker ou de l'amener, il n'y a pas vraiment de réel problème de ressource", estime Ludovic Roux. Afin de pouvoir mettre en marche des projets déjà dans les tuyaux, l'ensemble des syndicats présents demandent à ce que l'Aude et les Pyrénées-Orientales puissent être des "zones à statut particulier". Cela permettrait la levée de certaines contraintes réglementaires et de pouvoir enfin accélérer le déploiement de projets d'irrigation dans les deux départements.
Par le service sécuritaire qu'apporte la présence de la vigne, le président défend une forme de rémunération. D'une part, par le biais de la nouvelle PAC et d'autre part, au travers des Paiements pour services environnementaux (PSE). L'idée serait de proposer des financements directement auprès des entreprises : "On a la capacité à proposer des PSE aux entreprises, mais il faut qu'on soit accompagné par les pouvoirs publics, sachant qu'on a déjà une cartographie avec les massifs forestiers à protéger."
"Nous travaillons ardemment à une ICHC [Indemnité compensatoire d'handicap climatique, ndlr]". Initialement, l'ICHN (N pour naturel) est basée sur la typologie du sol, les pentes etc. L'ICHC, elle, insiste sur le plan climatique : "Ce que disent les scientifiques, et nous pouvons le prouver localement, c'est qu'on est dans des zones qui se désertifient. Pour cela, il faut qu'on ait une compensation", affirme Ludovic Roux. Dans tous les cas, "l'outil est prêt", assure ce dernier.
La Chambre d'agriculture de l'Aude accompagne déjà des projets de reconquête pastorale avec des transhumances hivernales, ainsi qu'au travers de MAEC (Mesures agro-environnementales et climatiques), mais ici encore, deux problèmes se posent : des financements réservés au pastoralisme et un manque de budget. "Toutes ces aménités positives et ces services environnementaux méritent bien d'être financés", estime le président de l'organisation professionnelle.
Une autre proposition, cette fois-ci sur le plan fiscal, serait d'exonérer les vignes implantées dans des zones à risque, même en l'absence de rentabilité économique. "Quand on a une friche, on ne paye pas de taxe foncière. Par contre, quand on a une vigne qui n'est pas rentable, mais qui arrête les incendies, on paye des impôts dessus", s'insurge Damien Onorré.
Alors que l'été ne fait que commencer, le département redoute d'autres feux et les agriculteurs, toujours en première ligne, espèrent que cette fois, leur message sera entendu.
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