Aude
La SCIC Graines Équitables incarne un modèle coopératif dynamique au cœur de l'Occitanie. Aujourd'hui composée de 80 membres, cette société coopérative d'intérêt collectif se distingue par son engagement en faveur d'une agriculture biologique et durable.
Yann Bertin espère qu'un jour "le stockage de carbone réalisé au travers des couverts végétaux sera rémunéré aux agriculteurs".
© Crédit photo : Graines Équitables
6 000 hectares, c'est la surface que couvrent désormais les adhérents de la coopérative Graines Équitables, basée à Laure-Minervois, spécialisée dans la production et la commercialisation de céréales, oléagineux et protéagineux sur le territoire d'Occitanie.
Lauréate de l'Appel à manifestation d'intérêt (AMI) 'Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires du plan France relance 2030, au travers du projet Fantas'SCIC, la coopérative compte bien participer à relocaliser la production alimentaire, notamment avec la reconquête des friches et la mise en place d'un réseau de stockage à la ferme. Une ambition qui pourrait trouver un écho face au plan d'arrachage de vignes qui pointe son nez. Avec déjà plus de 1 500 ha repris aux friches, cet AMI va permettre d'en augmenter le nombre pour plusieurs ambitions : produire des engrais verts pour la viticulture, l'alimentaire, mais aussi pour des contrats semences.
Reste que les conditions climatiques sont également à considérer pour le bon déroulement de ces ambitions. Certains secteurs s'en sortent mieux que d'autres, comme c'est le cas à Toulouse, dans le Lauragais, ou vers Béziers. En revanche, les résultats sont catastrophiques dans les Pyrénées-Orientales, le Gers, le Minervois, le Lézignanais jusqu'à la limite de Carcassonne. "Avec des agriculteurs qui n'ont pas eu de récoltes depuis deux ans, la coopérative fait le relais pour la mise à disposition des semences, et aussi pour gérer les difficultés des adhérents, car aujourd'hui, les seules personnes qui s'en sortent en agriculture, ce sont celles qui font de l'énergie et de la vente directe", explique Yann Bertin, directeur de Graines Équitables.
Malgré la crise, les demandes d'adhésion à la coopérative ne cessent de grimper, alors que les capacités sont saturées. Pour pallier cela, la coopérative vient également d'obtenir l'Appel à projets n° 24 concernant le Fonds Avenir bio. Investir en des temps compliqués, ne serait-ce pas antinomique ? Loin d'être une simple question de gourmandise, Yann Bertin explique son choix. "On est dos au mur. Nous n'avons plus de place et nos outils sont dépassés ; si on n'investit pas, on disparaît." Sur les 1,5 million d'euros d'investissement, il y a 760 000 € d'aides et 740 000 € à la charge de Graines Équitables. Cette somme est répartie à hauteur de 65 % pour le matériel, 50 % pour les prestations et 20 % pour les salaires. "Au niveau salarial, cela nous a permis de passer de six à dix salariés".
Concernant le matériel, la SCIC va pouvoir acquérir un trieur plan spécialisé, afin de gagner un temps considérable pour le tri des mélanges. "Un blé/féverole nous prenait dix heures, il ne nous en prendra qu'une désormais." Le directeur en est convaincu, "la résistance au changement climatique passe par la mise en place de couverts végétaux en mélanges variétaux".
Même constat pour la logistique. "La création d'un quai de réception avec élévateur, des conteneurs métalliques et un pré-nettoyeur permettront d'économiser du temps de travail, du plastique et d'améliorer significativement notre organisation. De plus, quatre partenaires minotiers et des agriculteurs ont été financés en plus pour un total de 900 000 € d'investissements supplémentaires, soit 400 000 € d'aides pour les partenaires."
En accueillant de nombreux viticulteurs qui ont l'arrachage en tête, la coopérative joue un rôle important dans le maintien du paysage agricole, en remettant en culture les friches, en limitant les incendies, mais aussi en se positionnant comme un filet de sécurité alimentaire sur ces surfaces qui peuvent être dédiées à la production alimentaire pour le territoire. Mais comme le rappelle Yann Bertin, "tout cela ne peut se faire qu'au travers des PAT (Projets alimentaires territoriaux) et la valorisation de ces productions sur le territoire concerné".
Pour l'heure, les PAT commencent à bouger, mais ce sont les responsables de cuisine qui jouent le jeu - comme le collège Joseph Anglade à Lézignan-Corbières, ainsi que celui de Rieux-Minervois -, "qui font des choses magnifiques et comme ils y arrivent, les autres commencent à s'y mettre, c'est la preuve par l'exemple".
Dans sa course pour la sécurité alimentaire, la SCIC Graines Équitables a récemment loué l'ancienne caserne de pompiers à la mairie de Laure-Minervois pour la transformer en laboratoire dédié à l'agroalimentaire. "Pour l'heure, nous réalisons l'ensachage des farines et des graines. À l'avenir, nous allons mettre en place un atelier pour la production de pâtes qui permettra de transformer plus de de 50 t/an de blé dur."
Compte tenu de la place de la coopérative sur le territoire, Yann Bertin regrette de n'avoir encore que trop peu de soutien de la part de la Région. "On est un rempart contre les incendies et un filet de sécurité alimentaire en cas de problème. Au vu de la situation géopolitique, il n'est pas impossible que cela puisse se reproduire ; nous avons donc besoin de développement et d'actions concrètes sur le terrain."
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Le Défi Locavore est une étude sur les pratiques alimentaires, au travers d'une aventure humaine enrichissante, conduite du 17 septembre au 19 dé- cembre 2024. La Communauté d'agglomération Tarbes-Lourdes-Pyrénées a missionné le Centre permanent d'initiative pour l'environnement Bigorre-Pyrénées pour mener à bien cette étude. Une cinquantaine de foyers, d'une à plusieurs personnes, sont regroupés en dix équipes et s'engagent à n'acheter qu'en local. Pour mener à bien ces défis, de nouvelles approches culinaires seront proposées comme des plats à base notamment de sorgho, de pois carré (ou gesse commune) ou de pois chiche noir, avec lesquels il est possible de réaliser des repas sains et inédits. La coopérative cultive également le sorgho rouge, que la distillerie Bows utilise pour réaliser du spiritueux haut en couleur.
"Qu'on arrête de faire passer les agriculteurs pour des voyous, il y a un règlement, quelqu'un l'a élaboré", a déclaré à l'AFP, Bernard Malabirade, président de la Chambre d'agriculture du Gers, après qu'une aide généreuse à la production de coriandre bio (900 €/ha) a conduit des agriculteurs occitans, principalement dans le Gers, à en semer à foison. Les surfaces auraient bondi en Occitanie, passant de 1 600 hectares en 2023 à 12 000 ha en 2024, poussant l'État à plafonner l'enveloppe financière. "C'est l'État qui faillit à sa parole, qui remet la règle en cause en cours de campagne, c'est inadmissible", tempête Bernard Malabirade. Mais du côté de la Draaf, le directeur Olivier Rousset souligne : "Les aides à la conversion bio, ce sont deux éléments : un montant à l'hectare par culture et un mécanisme de plafonnement. Quand on regarde toutes les demandes d'aide de conversion, on observe si on est dans l'enveloppe ou pas : si on n'y est pas, on plafonne", explique-t-il. Et ce plafonnement était bien prévu dans un précédent arrêté, dès le mois de mars, fait-il valoir. Publié le 19 août, l'arrêté 'Coriandre' fixe pour les demandes d'engagement en conversion bio pour 2024 un montant maximum annuel d'aides de 2 700 € par exploitation, plafonnées à 3 ha par exploitation. Sur le fond, la Fnab est favorable au plafonnement décidé pour l'année 2024, dénonçant un "contournement" des aides publiques, par des agriculteurs "attirés par les hauteurs de rémunération". Cette coriandre "n'est pas ramassée, il n'y a aucune intention de la commercialiser".Agra
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