FNSEA
Pour sa conférence de rentrée mercredi matin, la FNSEA sonne l'urgence. Sécheresse, incendies, trésoreries en berne... 35% des agriculteurs envisagent d'arrêter. Face à la catastrophe, le syndicat réclame une "impulsion" immédiate et une mobilisation générale pour sauver l'agriculture française.
"Tous les départements, toutes les régions, toutes les filières sont impactés par les évènements climatiques qui s'enchaînent et s'alourdissent depuis avril", annoncent de concert, Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, et Arnaud Rousseau, son président, lors de la conférence de rentrée de la FNSEA.
© Crédit photo : Actuagri
"On a pris une claque comme jamais." Ce constat froid, posé par Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, mercredi 2 septembre marque la rentrée de l'instance syndicale. Une rentrée qui n'en était pas vraiment une, puisque "nous avons été sur le pont tout l'été", renchérit dans la foulée Arnaud Rousseau, son président : "Tous les départements, toutes les régions, toutes les filières sont impactés par les évènements climatiques qui s'enchaînent et s'alourdissent depuis avril."
La question véritable, c'est "comment investir maintenant pour lancer les campagnes 2026-2027 ? 35% des agriculteurs se demandent s'il faut continuer", pose Hervé Lapie, résumant : "Aujourd'hui, la priorité c'est d'accompagner et réussir à trouver les moyens de rebond. Nous n'avons jamais vu sur le terrain une telle situation. 2026, c'est 1976 puissance dix. Il faut éviter le sur-accident."
Arnaud Rousseau insiste : "Il faut donner l'impulsion pour assurer la continuité de la production agricole française." Pas dans six mois, maintenant. "On importe déjà 30% de notre alimentation. Le diagnostic vital de l'agriculture française est engagé : cession d'activité, fermes en jachère, décapitalisation... Tout cela est lié à la non-production et à la non-création de valeur. Nous attendons l'impulsion de l'État, des Régions, des collectivités, des banques, des assurances et des consommateurs pour que les trésoreries des exploitations permettent d'acheter semences, plants et intrants." En clair, l'impulsion pour redonner le goût d'entreprendre.
Le matin même, la ministre de l'Agriculture annonçait le report du plan 'Casi' (Canicule, sécheresse, incendie), initialement prévu le 3 septembre. "Quelques jours, OK. Mais pas des semaines", interpelle déjà Arnaud Rousseau.
Autre sujet : l'assurance récolte, à enclencher face aux pertes liées à la sécheresse. "L'opérabilité du système assurantiel génère beaucoup de remarques, justifiées, sur la moyenne olympique, le coût d'accise ou l'efficacité des contrôles. Si cette année l'assurance n'est pas efficace, son intérêt sera remis en cause", avertit Arnaud Rousseau.
La FNSEA a déjà transmis ses demandes au ministère : fonds d'allègement massif, aménagements bancaires, prolongation de l'aide sur le Gasoil non routier jusqu'au 31 décembre 2026, suspension de la TFNB et de la taxe sur la pollution diffuse, prise en charge des cotisations sociales. "En 2021, pour le gel viti dans le Sud, on avait eu 170 millions d'euros. Là, l'ensemble des filières est concerné. Le chiffre proposé par l'État devra être à la hauteur", prévient Hervé Lapie.
La FNSEA attend aussi la publication des décrets de la loi d'urgence et de la loi Montagne, "dans les plus brefs délais". Et souligne aussi l'enjeu administratif, "qui ne coûte rien à l'État, mais ramène de la trésorerie dans nos fermes", comme la suppression de l'obligation de cultures intermédiaires pièges à nitrates, alors que "rien ne pousse aujourd'hui". En d'autres termes : "Orientez vos décisions vers des investissements productifs. Cette année, on a des jachères fleuries qui n'ont pas fleuri. Pourtant, on est contrôlé. Il faut une administration au service des agriculteurs, pas qui les enfonce."
La question des prix se pose également. "On devait produire 100. On a fait 60. Nos charges ont augmenté. Il faut que tous fassent des efforts pour rémunérer l'agriculteur, afin qu'il puisse réinvestir maintenant", ajoute Hervé Lapie. "Les analyses sont nécessaires, mais pas suffisantes : comment sauver l'agriculture ? Comment donner l'impulsion à ceux qui y sont tous les jours ? En trésorerie et en moyens", poursuit Arnaud Rousseau, avec en sous-texte : les discussions sur la Pac et l'accompagnement des agriculteurs, en mal-être et en repli.
Et Arnaud Rousseau insiste : "Cet été, les agriculteurs ont aidé les pompiers contre les incendies. Maintenant, il faut que la société se tourne vers eux." Le secrétaire général cite en exemple la brique de lait à 0,69 € : "On fait travailler l'agriculteur à pertes. Est-ce normal ? Qui accepterait cela ? C'est délétère pour la France, sa production agricole et son industrie agroalimentaire. Il faut prendre conscience de la mécanique enclenchée par cette guerre des prix toujours plus bas."
Car si Arnaud Rousseau s'est refusé à diffuser les chiffres de la sinistralité - bien que certaines filières comme les associations spécialisées en grandes cultures avancent déjà 6,5 milliards d'euros de pertes, toutes filières grandes cultures confondues, ou que La Coopération Agricole demande un plan d'investissement de 30 Mds€ - nul doute que les chiffres seront majeurs : "Notre référence, c'est un milliard pour la vigne dans le Sud en 2021. On veut pousser le curseur le plus loin possible. Mais donner un chiffre, c'est s'interdire d'utiliser tous les leviers. On n'attend pas d'aide forfaitaire, car chaque situation est différente. Seuls les préfets, au plus près des territoires, sont aptes à arbitrer les enveloppes des fonds d'allègement. Mais une chose est sûre : chaque enveloppe devra servir à poursuivre l'activité agricole", conclut-il.
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