gestion de l'eau
Réunis le 7 octobre à Saissac, le Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (Smmar) et les acteurs locaux ont préparé la transition vers un nouveau projet de territoire pour la gestion de l'eau. Une occasion de pouvoir discuter de la ressource en eau, mais aussi de sa protection au travers des zones humides.
Xavier Picot, éleveur ovin à Saissac (150 ha), et Joël Squizzato, co-gérant du Gaec de Cazes (315 ha en bio), s'engagent auprès de plusieurs partenaires pour la préservation des zones humides en montagne Noire.
© Crédit photo : AL
Les institutions de concertation sur la gestion de l'eau ont un agenda chargé en ces temps de sécheresse continue... Actuellement, le bassin de l'Aude reste confronté à de fortes tensions hydriques, accentuées par l'évolution climatique. Bien que découpé en 3 schémas d'aménagement et de gestion des eaux (Sage) - le Fresquel, la Haute vallée et la Basse vallée -, chaque été, le même scénario se répète : des débits en berne, des restrictions en cascade et des nappes qui peinent à se recharger.
L'Aude fait ainsi partie des départements du sud méditerranéen les plus exposés à la sécheresse structurelle. Selon les données partagées lors de la réunion, le déficit hydrologique du bassin de l'Aude avoisine 37 millions de mètres cubes (Mm3) par an, un manque équivalent à la consommation annuelle d'une ville de 200 000 habitants.
Les causes sont multiples. Le territoire est soumis à des contrastes climatiques extrêmes, alternant épisodes méditerranéens violents et longues périodes sèches. "Les modèles montrent une stabilité globale des précipitations, mais une forte hausse de l'évaporation", rappelle Philippe Cutzel, directeur général adjoint du Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières de l'Aude (Smmar). Depuis les années 1960, le taux d'évapotranspiration a augmenté de près de 20% et les dernières décennies confirment cette tendance. Les débits de l'Aude mesurés au seuil de Moussoulens, à la sortie du bassin, ont chuté de près de 40% entre 1990 et 2020. L'été 2022, particulièrement sec, a marqué un tournant avec plusieurs affluents du Fresquel et du Lauquet, qui se sont retrouvés à sec pendant plusieurs semaines.
Face à cette situation, le Smmar et les 3 Sage du territoire ont fait front commun. Malgré un territoire bien maillé, une partie médiane, entre Corbières et Haute vallée, restait sans coordination. D'où la création d'un nouveau Sage Aude médiane, dont la phase de concertation publique a récemment débuté et s'étendra jusqu'en janvier 2026.
Présenté par Philippe Cluzel, le bilan du Plan de gestion de la ressource en eau (PGRE) offre une photographie précise de 10 ans d'efforts collectifs. Depuis 2013, près de 200 actions ont été engagées sur le bassin, pour un investissement global de 60 millions d'euros (M€), "essentiellement portées par le monde agricole". Plus de 80% des actions prévues ont été réalisées, notamment des travaux d'économie d'eau et de substitution. "C'est un taux d'engagement très satisfaisant", souligne le directeur adjoint.
Les résultats sont tangibles : 32,3 Mm3 économisés, sur un déficit initial de 37 Mm3. Mais le climat a changé plus vite que prévu. "La situation s'est aggravée malgré les économies réalisées", admet-t-il. L'augmentation de l'évaporation et la baisse des débits naturels viennent contrecarrer les gains obtenus. Les prélèvements agricoles restent dominants avec environ 200 Mm3/an à l'échelle du bassin et des canaux.
La suite du programme s'annonce donc cruciale. Le PTGE (Projet de territoire pour la gestion de l'eau) doit succéder au PGRE. Prévu pour être lancé officiellement le 8 janvier 2026, il établira la nouvelle feuille de route pour 10 ans. Ce plan visera à "sécuriser les usages tout en adaptant le territoire aux nouvelles conditions climatiques", avec un équilibre entre économies, stockage et mobilisation de nouvelles ressources. "Il faut imaginer le plan de gestion de demain", martèle Philippe Cluzel.
La future stratégie intégrera aussi une dimension économique, avec une modélisation des impacts, un chiffrage des mesures et une réflexion sur le modèle de financement. "On ne peut pas dire à un agriculteur de réduire ses prélèvements sans mesurer les conséquences économiques", rappelle-t-il.
Autre sujet majeur, l'étude commandée à EDF sur la mobilisation des ressources en Haute vallée de l'Aude, afin d'évaluer les volumes mobilisables dans les retenues de Matemale et Puyvalador. Certaines pistes sont déjà écartées pour des raisons techniques ou environnementales, mais d'autres sont à l'étude. Parmi les options, la plus prometteuse serait un pompage entre ces 2 communes, qui permettrait de transférer 8 Mm3 d'eau. Coût estimé entre 40 et 80 M€, selon les configurations. "Ce n'est pas une aberration par rapport à d'autres projets", estime-il, soulignant la nécessité de comparer les coûts avec les bénéfices agricoles et environnementaux. Au fil des échanges, les élus et techniciens ont insisté sur la nécessité de clarifier la gouvernance entre les différentes instances : comités de gestion de l'eau, commissions locales et commissions locales de l'eau des Sage. "Il y a une confusion entre la gestion conjoncturelle et la gestion structurelle", note Philippe Cluzel, appelant à mieux articuler les décisions en période de sécheresse.
La question du prix de l'eau et du financement des prélèvements reste également un point sensible. Certaines Asa (Associations syndicales autorisées) paient déjà leur eau à EDF, d'autres bénéficient encore d'anciens accords gratuits. "Le système a capoté non pas à cause du coût, mais de la gouvernance", reconnaît-il. Le futur PTGE devra, selon lui, repenser un "modèle économique équitable" où tous les usagers, y compris pour l'eau potable, devront participer à la contribution financière.
Le dernier volet de la réunion concernait la signature de la charte de gestion durable des zones humides de la montagne Noire audoise. Un projet né en 2019 d'une collaboration inédite entre le département de l'Aude, le Smmar, la Chambre d'agriculture et les éleveurs locaux. Ces zones humides représentent environ 500 ha répartis sur 300 sites, souvent situés sur des exploitations d'élevage. "Ce que je trouve intéressant dans ce projet, c'est à la fois que l'agriculteur prenne connaissance et ait conscience des richesses que représente son exploitation", souligne Agnès Alquié, responsable agro-environnement à la Chambre d'agriculture de l'Aude.
La démarche a permis de restaurer des prairies, des mares et des tourbières, tout en valorisant les pratiques pastorales. Pour Xavier Picot, éleveur bovin et Joël Squizzato, éleveur de brebis, tous 2 à Saissac, "sauvegarder les zones humides est une priorité sur nos exploitations afin de valoriser la biodiversité et les ressources fourragères".
Reste que pour certains, les freins administratifs empiètent sur l'action de terrain. Le dialogue semble plus que jamais nécessaire pour faire avancer les choses en douceur.
POUR ÊTRE précis-
Malgré des investissements massifs et une mobilisation sans précédent, le bassin de l'Aude fait face à un défi hydrique persistant.
Le Plan de gestion de la ressource en eau (PGRE), achevé en 2024, a permis de résorber une part significative du déficit initial.
Sur les 87 actions génériques prévues, 68 étaient dédiées aux économies d'eau, aboutissant à des réductions théoriques de 32,3 millions de mètres cubes (Mm³) sur un déficit initial de 37 Mm³.
Ces efforts, principalement portés par le monde agricole et représentant un coût global de 60 millions d'euros, ont eu un impact positif notable : le débit moyen au seuil de Moussoulens est passé d'environ 1 m³/s à 2,2 m³/s, soit un gain de 1,2 m³/s.
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