Occitanie
Le lancement du réseau régional des Projets alimentaires territoriaux (PAT) d'Occitanie est acté. Une journée était organisée par la Région Occitanie pour comprendre les défis nécessaires afin de coordonner au mieux tous les acteurs de la souveraineté alimentaire.
"La question d'une participation plus globale se pose comme une idée forte", assure Florent Guhl (au micro) ajoutant que "nous devons inventer un modèle alimentaire, où le monde agricole de la région soit capable d'y répondre correctement".
© Crédit photo : AL
"L'enjeu prioritaire aujourd'hui, c'est de faire émerger les sujets où la collaboration et la mutualisation peuvent s'appliquer", débute Florent Guhl, directeur de la Direction régionale de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt d'Occitanie, depuis le musée Narbo Via de Narbonne. Les Projets alimentaires territoriaux (PAT) ouvrent le champ des possibles en ce qui concerne la transversalité des relations entre les différents acteurs du territoire. En revanche, comme le souligne Nicolas Bricas, chercheur en socio-économie de l'alimentation, titulaire de la Chaire Unesco Alimentation du monde, "cet exercice doit inclure toute la sphère publique, car le vrai dilemme est de rétablir un contrat social avec les citoyens autour de la question agricole et alimentaire".
Le Plan de relance a dynamisé l'émergence et l'activité des PAT. Sur ces projets, l'Occitanie est aujourd'hui une des régions qui en a le plus mis en place. Mais "pour des raisons historiques, certains territoires se sont spécialisés dans un ou plusieurs types de production. Aussi, aujourd'hui, repenser ces modèles de production va entraîner des modifications profondes, en commençant par une baisse de rendement", explique Mélanie Tisné-Versailles, conseillère régionale déléguée à la solidarité alimentaire et à l'agritourisme. Reste que trouver l'équilibre entre production, protection environnementale et équité sociale ne se révèle pas si simple, à moins que...
Dans ce contexte, il faut tout d'abord que la stratégie foncière et alimentaire soit remise en place et pensée correctement. "Le premier constat, c'est qu'entre les services du Plan local d'urbanisme (PLU) et les PAT, personne ne se connaît", constate Frédéric Wallet, ingénieur de recherche en économie à Inrae. "Il en résulte que les outils ne sont pas pensés à la même échelle, et donc, ne répondent pas parfaitement aux problématiques actuelles."
Le deuxième constat est que les PLU ne pensent pas les différents types d'agriculture qui doivent être mis en place au sein des territoires. Depuis le Grenelle de l'environnement de 2010, il est demandé de préserver le foncier agricole pour maintenir l'agriculture, mais rien n'est dit sur le type d'agriculture qui doit être conservé. "On a des dispositifs qui peuvent promouvoir des systèmes de production en circuit long, d'exportation, sans que cela ne soit en cohérence avec la mise en place d'une stratégie de relocalisation de l'alimentation sur le territoire", explique-t-il.
Celui-ci plaide pour des diagnostics qui identifient bien les potentialités agronomiques locales en fonction du type de production, mais également pour mettre autour de la table tous les acteurs concernés pour définir quelle agriculture les acteurs souhaitent développer sur le territoire. "L'objectif des PAT est de donner des places complémentaires aux divers territoires afin de construire une forme de réciprocité, tout en ayant des fonctions complémentaires", estime Agnès Terrieux, maître de conférence en géographie à l'École nationale supérieure de formation de l'enseignement agricole (ENSFEA).
Pour rendre possible cette collaboration, elle propose, d'un côté, de déléguer aux territoires ruraux une partie de la production alimentaire et, de l'autre côté, de demander aux territoires urbains de limiter la consommation du foncier agricole, afin de permettre aux futures générations d'agriculteurs de s'installer.
Dans dix ans, la moitié des actifs agricoles partiront à la retraite. Alors, "soit les gros deviennent plus gros, soit les sociétés d'investissement s'en occupent", tranche Nicolas Bricas, ajoutant qu'"aujourd'hui, les installations sont différentes et les jeunes inventent d'autres formes d'installation, trop peu soutenues actuellement". Pour Mélanie Tisné-Versailles, "si nous devons penser une agriculture résiliente, il faut revoir la taille de nos exploitations car, entre le prix du foncier et du matériel, surtout quand on n'est pas issu du milieu agricole, les banques ne suivent pas".
Pour aider à leur installation, la Région a créé la Foncière agricole, via l'Agence régionale d'aménagement et de construction (Arac). Celle-ci permet de porter la charge du foncier en le mettant en location aux nouveaux installés pour une durée de quatre à neuf ans avec, au terme du portage, la possibilité de racheter les terres.
Mais demeure une problématique difficile à résoudre : la coexistence des modèles agricoles."Depuis l'après-guerre, l'agriculture s'est spécialisée, tout en oubliant les externalités négatives, qu'elles soient environnementales, sociales ou économiques", estime Frédéric Wallet, ajoutant, "qu'il est légitime de remettre en cause des acquis de longue date, car il y a de l'innovation partout". C'est également ce que constate Mélanie Tisné-Versailles."Il existe des tensions entre les néo-ruraux, qui s'installent en campagne, et les locaux qui y sont depuis longtemps. C'est pour cela que je pense que les PAT sont des outils formidables pour créer une relation sereine."
La reterritorialisation questionne donc la manière dont les nouvelles formes d'agriculture vont impacter les modèles traditionnels. La transition agroécologique, quant à elle, repose la question des systèmes agricoles et leur fonctionnement, là où le partage du foncier et le maintien des productions spécialisées soulèvent aussi des questions profondes d'identité. L'enjeu des PAT est donc de retrouver du lien, pour lever les préjugés et méconnaissances des uns et des autres, afin d'éviter les fractures sociales qui mettent un terme aux dialogues et aux évolutions des comportements.
Nicolas Bricas, chercheur en socio-économie de l'alimentation
"Il est essentiel de tenir compte de la gouvernance de notre système alimentaire, y compris au travers des innovations en ce qui concerne les nouvelles techniques de sélection, la robotique et l'intelligence artificielle, qui sont de véritables outils disruptifs. Ces technologies nous rendent dépendantes d'acteurs et de systèmes sur lesquels nous n'avons plus la moindre maîtrise."
Mélanie Tisné-Versailles, conseillère régionale déléguée à la solidarité alimentaire et à l'agritourisme
"Face à cette dépendance, je crois beaucoup en l'innovation des technologies low-tech, car elles donnent une plus grande autonomie aux agriculteurs."
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