Bouches-du-Rhône 17/12/2025
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La Camargue en alerte

Face à l'accumulation des crises sanitaires, économiques et réglementaires, près de 300 agriculteurs, éleveurs et manadiers ont convergé, le 12 décembre, vers les arènes d'Arles. Une mobilisation pacifique mais déterminée pour exiger des réponses concrètes des pouvoirs publics, alors que la dermatose nodulaire contagieuse cristallise toutes les inquiétudes. Et qu'un nouveau foyer vient d'apparaître dans l'Aude.

Trois cents agriculteurs, éleveurs et manadiers, soutenus par des élus locaux, se sont rassemblés sur le parvis des arènes d'Arles, vendredi dernier.

© Crédit photo : ED

Le rassemblement du 12 décembre n'avait rien d'improvisé. Décidé depuis plusieurs semaines, il est né d'une accumulation de dossiers explosifs : la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), les accords commerciaux du Mercosur, le projet de ligne THT, la crise économique persistante ou encore les difficultés croissantes rencontrées par les manadiers pour assurer les festivités taurines. Autant de causes qui ont fini par mobiliser l'ensemble du monde agricole en cette fin d'année.

Vendredi 12 décembre, à l'appel de la FNSEA 13, des Jeunes Agriculteurs 13, de la Fédération des manadiers, de la Fédération départementale ovine 13, du Comité de foin de Crau et du Syndicat des riziculteurs, les agriculteurs ont souhaité alerter à la fois les autorités et le grand public sur la gravité des crises auxquelles ils font face.

Détonateur d'une colère nationale

La mobilisation arlésienne s'est inscrite dans un contexte national déjà extrêmement tendu. La veille au soir, en Ariège, les forces de l'ordre avaient pris le contrôle d'une ferme occupée par plusieurs dizaines d'opposants à l'abattage d'un troupeau de vaches, après la détection d'un cas de dermatose nodulaire contagieuse.

Les images de cette soirée sous haute tension, largement diffusées, ont contribué à donner au mouvement du 12 décembre à Arles une résonance particulière. Pour de nombreux éleveurs, ces heurts ont ravivé un profond sentiment d'incompréhension face à la gestion de la crise sanitaire par les pouvoirs publics.

"C'est toute la Camargue qui est rassemblée"

Le point de départ du rassemblement était fixé au Centre français du riz, à Gimeaux. De là, le cortège s'est dirigé vers les arènes d'Arles. Sur place, la mobilisation était massive. "C'est toute la Camargue qui est rassemblée", assurait Bertrand Mazel, président des riziculteurs.

Éleveurs, manadiers, gardians, près de 300 agriculteurs ont convergé vers le parvis des arènes, dont environ 200 à cheval, offrant une image forte et symbolique de l'attachement du monde agricole à son territoire et à ses traditions.

Aux côtés des professionnels, de nombreux citoyens, habitants du territoire mais aussi élus locaux, avaient fait le déplacement. Tous partageaient les inquiétudes et soutenaient les causes défendues par le monde agricole, conscients que, derrière les exploitations et les troupeaux, l'équilibre économique et culturel de tout un territoire est en jeu.

Au-delà des symboles, les revendications exprimées sont profondes et convergentes. Agriculteurs et éleveurs demandent avant tout de pouvoir vivre dignement et sereinement de leur travail. Ils dénoncent une complexité administrative devenue ingérable, une multiplication des normes et des contrôles, et réclament une véritable simplification.

Ils exigent également plus de justesse commerciale et dénoncent une concurrence jugée déloyale, tant au sein de l'Union européenne qu'avec des pays tiers. Ceux qui nourrissent la population estiment mériter davantage de clairvoyance stratégique et de protection pour leurs fermes, leurs troupeaux et leurs cultures.

Dans l'adversité, les crises ont été clairement nommées et dénoncées. Mais à Arles, le message se voulait aussi fédérateur. Malgré les difficultés, le monde agricole entend rester uni et faire front commun. L'arrivée massive, mais calme, des manifestants autour de l'amphithéâtre d'Arles en a été la démonstration.

"Le Mercosur, on n'en veut pas !"

Au micro, les représentants des filières ont tour à tour exprimé cette colère. Laurent Deville, maraîcher à Saint-Rémy-de-Provence et représentant de la FNSEA 13, a donné le ton : "Aujourd'hui toutes les filières agricoles sont en crise. Arrêtez de nous enfumer et prenez vos responsabilités. Le Mercosur, on n'en veut pas ! Macron, reviens à la raison. Aujourd'hui, nous sommes venus avec des chevaux à la veille de Noël pour interpeller les pouvoirs publics. Si nous ne sommes pas entendus, demain nous reviendrons avec les chevaux sous le capot !"

Menace sanitaire et économique majeure

Au cœur des préoccupations exprimées lors de cette mobilisation, la dermatose nodulaire contagieuse occupait une place centrale. Cette maladie représente une menace majeure pour les élevages, avec un impact sanitaire direct sur les troupeaux et un risque économique significatif pour les exploitations.

Déjà fortement sollicités par les contrôles sanitaires et les obligations liées à la PAC, les éleveurs alertent : ils ne peuvent gérer seuls une telle crise. La perte de production et la perturbation des circuits commerciaux pèsent lourdement sur les trésoreries, fragilisant encore davantage des exploitations déjà sous tension.

Face à cette situation, la filière attend une intervention rapide pour sécuriser les élevages et éviter un décrochage économique. Le Groupement de défense sanitaire département (GDS 13) a formulé une demande de vaccination des troupeaux, soutenue pleinement par les éleveurs et leurs organisations syndicales, qui y voient aujourd'hui la solution la plus efficace pour protéger les cheptels et limiter la propagation de la maladie.

Cette action préventive est également perçue comme essentielle pour accroître les chances de préservation de la race Camargue, emblématique du territoire.

Parallèlement, une demande a été déposée auprès de la Direction générale de l'alimentation, pour un montant de 210 000 euros, correspondant à la période de blocage sanitaire des manades prévue en décembre 2025. Cette démarche vise à assurer la continuité économique des exploitations et à compenser les pertes engendrées par les restrictions sanitaires.

"Le vaccin existe, il doit être accessible"

Pierre-Henri Callet, éleveur de bovins sauvages et président de la Sica abattoir de Tarascon, a insisté sur l'urgence de la situation. "Le vaccin existe et les éleveurs en Camargue doivent y avoir accès. On nous dit que la dermatose n'est pas aux portes de notre département, ce qui est totalement faux. Il est primordial que les éleveurs bovins, éleveurs de taureaux de combat et de Camargue puissent vacciner. Peut-on imaginer que la saison reprenne dès février ou mars et dire à telle ou telle manade de ne pas sortir ?"

Manadiers, gardiens d'un territoire et d'une économie

Au-delà des enjeux sanitaires, c'est tout un modèle territorial qui est menacé. Emmanuel Lescot, président de la Fédération des manadiers, l'a rappelé avec force : "Manadiers, éleveurs, agriculteurs sont les gardiens de la Camargue, les piliers de l'économie locale, les défenseurs de la biodiversité et de l'environnement. Nous sommes confrontés à de nombreux défis : concurrence internationale, réglementations inadaptées, aléas climatiques, incertitudes économiques. Nous restons déterminés et résilients, mais nous demandons des politiques agricoles justes et adaptées à nos réalités."

Pendant que la mobilisation se poursuivait sur le parvis des arènes, une délégation composée de Romain Blanchard, président de la FNSEA des Bouches-du-Rhône, de Clément Lajoux, pour les JA 13, et de représentants des syndicats et fédérations agricoles du territoire, était reçue en sous-préfecture d'Arles. L'objectif était de faire remonter officiellement les attentes des professionnels, tant sur les questions sanitaires que sur l'ensemble des dossiers jugés préoccupants.

Autre mobilisation le lendemain

La colère agricole ne s'est pas arrêtée à Arles. Le lendemain, à Saint-Martin-de-Crau, une nouvelle action a été menée à l'appel de Rémi Benson, éleveur ovin et président du GDS 13. Une centaine d'agriculteurs, notamment issus de la Coordination rurale 13, ont manifesté pour dénoncer la gestion de la dermatose bovine.

Un important dispositif de sécurité a été déployé sur la RN 113, à l'entrée de la commune. Les manifestants, qui tentaient d'atteindre le péage, ont dû jouer au chat et à la souris avec les forces de l'ordre.

"On ne pouvait pas rester sans rien faire, c'était une action de solidarité", explique Aurélie Bagnis, éleveuse caprine à Aureille. "Aujourd'hui ce sont les vaches ; demain on ne sait pas quel éleveur sera touché par un problème sanitaire. Nous souhaitions simplement interpeller les pouvoirs publics et le grand public. Ce qui a été choquant, ce sont les moyens considérables des forces de l'ordre qui ont été déployés pour nous chasser, alors que nous ne voulions bloquer personne ni casser quoi que ce soit."

Entre inquiétude sanitaire, pression économique et sentiment d'abandon, le message du monde agricole est limpide. En Camargue comme ailleurs, les agriculteurs demandent à être entendus, respectés et soutenus. Et ils l'ont montré. S'ils savent manifester dans le calme, ils sont plus que jamais prêts à se mobiliser pour défendre leur avenir. 

Emmanuel Delarue •

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