Aude
La coopérative la Cavale de Limoux et Agriculteurs français et développement international (Afdi) ont réalisé un partenariat avec une coopérative de Côte d'Ivoire, afin d'aider les producteurs à développer la filière de la noix de cajou.
Durant ces dix jours d'échanges, l'Afdi a réalisé de nombreuses visites auprès des partenaires locaux et des instituts techniques de la filière de la noix de cajou.
© Crédit photo : Serge Grillères
Les coopératives n'ont visiblement pas de frontières pour valoriser de nouvelles filières. C'est dans le district autonome de Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire que se sont rendus deux adhérents de la coopérative la Cavale, Serge Grillères, président de Afdi Aude, et Jérôme Soulère, dans le cadre d'une mission d'installation de partenariat avec la société coopérative des producteurs d'anacarde (ou noix de cajou) de la région des Lacs (Socooparlacs). "Ce voyage a permis de rencontrer tous les acteurs du territoire qui gravitent autour des questions agricoles, notamment de la filière de la noix de cajou", explique Serge Grillères. Sur place, l'interprofession la Centrale de la Cajou accompagne la Socooparlacs qui fédère plus de 348 membres (dont 111 femmes et 115 jeunes) organisés en six sections, pour construire et valoriser sa filière au niveau local à travers des sous-produits de l'anacarde. "Dans la majorité des cas, ils ont les solutions adéquates sur place. Notre rôle est simplement de réaliser un état des lieux pour leur apporter des idées pour l'amélioration de la production, la transformation, mais aussi pour les enjeux sociaux", souligne Jérôme Soulère.
Située près de Yamoussoukro, la coopérative subit de lourdes pertes de production depuis 2021, passant de 999 tonnes à 315 t en 2023. Pour cause ? La région a essuyé de fortes vagues de chaleur, qui ont tout simplement asséché les fleurs et donc empêché la floraison du fruit. Dans ce contexte, la question agronomique est mise sur la table, afin de trouver des pistes d'adaptation et de résilience.
Dominée par une agriculture paysanne, la culture de l'anacarde côtoie souvent le cacao, le café, les bananes, ainsi que le manioc et la patate douce. Une organisation bien éloignée de nos systèmes agricoles européens, mais qui leur permet de subvenir à leurs besoins, quand la production de la noix de cajou n'est pas au rendez-vous. Ces modèles, que l'on pourrait apparenter aux modèles agroforestiers, voire même de forêt-jardin, ont une grande richesse de biodiversité, mais ne permettent pas d'amener les cultures de rente à une production optimale. Cette forte diversité, certainement bénéfique pour l'ensemble du système, va donc prochainement évoluer. "Ils sont actuellement en train de réaliser un travail de taille sur les arbres, ainsi que de défrichement pour redresser le potentiel de production." Ce programme d'élagage des plantations a déjà permis la création d'une entreprise de prestation qui, in fine, a favorisé la création de neuf emplois pour des jeunes. Défrichement, réflexion commune sur la densité de plantation, réintroduction de variétés locales en collaboration avec les instituts techniques locaux... tout ce travail permettra, à termes, de mieux s'adapter au climat, mais aussi d'augmenter la production, en espérant passer de 5 kg par arbre actuellement à plus de 20 kg.
Au-delà de la production, la coopérative désire également diminuer sa dépendance aux intrants. "Sur ce sujet, le recours au compost et à l'entretien mécanique des plantations pourrait permettre aux producteurs de se passer d'engrais azotés et de désherbage chimique", estime le président de l'Afdi, ajoutant que "le problème majeur n'est pas le manque de savoir-faire, ce qui est problématique, c'est la circulation de l'information". En effet, le jour où un projet pilote intéressant émerge, l'interprofession locale se porte garante, afin de le dupliquer vers les autres régions du pays pour avoir plus de producteurs qui puissent retrouver la valeur ajoutée de leur travail.
Le deuxième grand défi pour la coopérative locale est la commercialisation des sous-produits. Malgré le fait que la Côte d'Ivoire soit le premier producteur mondial de noix de cajou, la valeur ajoutée perçue grâce à la transformation est captée par les pays où la récolte est exportée, à savoir le Vietnam et l'Inde. "Il arrive souvent que des acheteurs se présentent au coin des parcelles pour acheter en gros, et donc à bas prix, la récolte des paysans qui, par besoin de trésorerie, bradent leur production", rapporte Jérôme Soulère.
Afin de pouvoir capter cette valeur ajoutée, la coopérative cherche à transformer le produit dans son ensemble. Actuellement, elle transforme la pomme de cajou en jus, liqueur et vinaigre et ambitionne prochainement de transformer la noix de cajou en pâte pour la cuisine. "Il faut bien comprendre que toute la filière et les voies de valorisation sont à créer. On part de zéro", estime Serge Grillères.
Pour l'heure, une petite presse mécanique permet de transformer 70 li- tres de jus par jour, mais comme le souligne le président de l'Afdi, "l'enjeu serait d'avoir un entrepôt d'un hectare, du matériel, des équipements plus performants et un besoin de formation pour développer la filière". Ici, le rôle de la coopérative de la Cavale est de partager son expertise concernant la réutilisation de la pomme pressée en alcool industriel, ainsi que la coque de noix pour produire de la chaleur, via la gazéification.
Durant cette mission d'installation, le sujet social a également pris une place importante. Avec le concours de la MSA Grand Sud, l'Afdi souhaite pouvoir instaurer une couverture mutuelle universelle ivoirienne (CNP), qui existe d'ores et déjà pour les salariés, mais pas pour les agriculteurs indépendants. "Cette démarche sera proposée d'ici la campagne 2025", assure le président de l'Afdi.
Malgré des terres cultivables à perte de vue, la question de l'installation est aussi un enjeu important. Pour répondre à cette problématique, une aide à l'installation des jeunes, grâce à un crédit pour l'aménagement d'un hectare, ainsi que des fonds de réserves dédiés pour des actions sociales, sont déjà mis en place au niveau local. "La coopérative a créé une caisse de solidarité, qui verse une aide financière aux paysans qui en ont le plus besoin, pour financer la rentrée des classes de leurs enfants. C'est un exemple qui montre que la coopérative a une vraie réflexion de solidarité avec ses adhérents", souligne Jérôme Soulère.
Reste que les difficultés d'installation sont communes tant en France qu'en Afrique. D'après son constat sur place, "l'agriculture ne fait pas tellement rêver", souligne le président de l'Afdi. La coopérative fait ainsi son maximum pour apporter une solution aux jeunes : un métier, une formation et une couverture sociale, afin d'installer un maximum de nouveaux agriculteurs, mais aussi pour lutter contre l'immigration, fléau que de nombreuses personnes ont souligné.
À retenir-
Cette première visite a permis de rencontrer les acteurs locaux de la filière de l'anacarde et de réaliser un état des lieux de la situation. Le deuxième semestre 2024 sera dédié à la réalisation d'une étude de marché sur le potentiel de la mise en place d'une filière, afin de juger à quel niveau peuvent être développées des unités de transformation et de commercialisation. La prochaine mission organisée en 2025 permettra de travailler entre autre sur le volet social, avec la réflexion autour de la mise en place d'une CMU.
ICI
Votre encart
publicitaire !
Aude
Caves coopératives
ARTERRIS

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

10/05/2023
28/04/2023
06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner