Occitanie
Alternant blocage des autoroutes et actions coup de poing, les agriculteurs du Gard, de l'Hérault et de l'Aude maintiennent la pression depuis la semaine dernière.
Dans toute l'Occitanie, la mobilisation est intense, et mêle désespoir et colère.
© Crédit photo : Anthony Loehr
À Nîmes, le mouvement a débuté avec force, jeudi 25 janvier, avec le blocage de l'autoroute A9 au niveau de l'échangeur autoroutier de Nîmes-Ouest, et du rond-point kilomètre delta. "Nous sommes l'un des plus gros rassemblements d'agriculteurs de France, avec plus de 1 000 personnes et environ 600 véhicules", décrit David Sève, président de la FDSEA du Gard. Déterminés, des centaines d'agriculteurs se sont relayés pour maintenir la pression, jour et nuit, dans l'attente de l'annonce de mesures concrètes.
Des femmes, des hommes, toutes générations confondues, de toutes les formes d'agriculture, mais avec une même revendication : pouvoir vivre dignement de leur métier.
"Je perds 2 023 € par mois, que je paye de ma poche pour sauver mon exploitation !", s'insurge un viticulteur récemment converti en agriculture biologique. "On nous a encouragés à nous tourner vers le bio, et maintenant on nous laisse tomber. Il faut que l'État fasse quelque chose ! Il faut savoir si on veut manger propre ou pas !" En ligne de mire, les importations de produits étrangers, qui permettent aux Français de se nourrir à bas coût. "On nous fait laver plus blanc que blanc en France, alors que les autres pays ont le droit d'utiliser des produits interdits chez nous, et ont un coût de la main-d'œuvre inférieur au nôtre. Nos produits ne peuvent être que plus chers", rappelle un autre viticulteur, alors que David Sève explique le choix du lieu de blocage. "Nous sommes sur l'autoroute qui symbolise toute l'entrée des marchandises d'Espagne, vins et fruits et légumes, qui nous tuent."
Le réseau secondaire a lui aussi été fortement impacté par la manifestation. À Gallargues-le-Montueux, les agriculteurs ont par exemple filtré l'arrivée de camions étrangers et ont vidé leurs marchandises. Quelques manifestants ont également durci le mouvement en mettant le feu au bureau des douanes, à Nîmes, vendredi 26 janvier au soir. Signe que les annonces du Premier ministre, Gabriel Attal, n'étaient pas à la hauteur des attentes des agriculteurs. "Nous pensons qu'il va falloir maintenir plus longtemps la pression pour avoir de vrais résultats", prévoyait déjà un petit groupe installé sur le barrage de l'autoroute vendredi matin. Même si certains d'entre-eux n'attendaient pas grand-chose de cette prise de parole, la déception se lisait sur les visages, à l'issue de l'allocution du Premier ministre.
Pour le moment, "on ne nous fait que des déclarations. Nous voulons de véritables mesures sur l'eau, sur l'assurance récolte, sur les marges de la grande distribution...", explique David Sève, qui rappelle que plus de 140 mesures ont été envoyées au gouvernement.
Sur les points de blocage, il n'y a pas que des agriculteurs. Un vendeur de matériel agricole est ainsi venu apporter du soutien aux manifestants, vendredi 26 janvier, sur l'autoroute. "Je vois très clairement une dégradation du moral des agriculteurs. Il y a dix ans, nous avions des agriculteurs heureux. Aujourd'hui, nous ressentons leur désespoir", regrette-t-il. Plusieurs restaurateurs ont aussi apporté des repas aux agriculteurs. De quoi leur permettre de tenir moralement et physiquement dans cette "lutte pour la survie."
Les agriculteurs de l'Hérault ont également paralysé Montpellier vendredi 26 janvier. Au péage de Saint-Jean-de-Védas, près de 700 véhicules, dont la moitié étaient des tracteurs, étaient rassemblés."Quand on voit le nombre de manifestants qui étaient présents, on peut facilement dire que ce rassemblement est une grande réussite", reconnaît Jean-Pascal Pelagatti de la FDSEA de l'Hérault. La ville de Montpellier était donc paralysée durant cette journée, sous l'acclamation de la population et des automobilistes qui ont clairement affiché leur soutien. Drivés par Cédric Saur, secrétaire général de la FDSEA 34, et son mégaphone, les manifestants ont pu échanger avec le préfet venu à leur rencontre, pour écouter leur témoignages, comme ce jeune éleveur de Pégairolles-de-l'Escalette. "Le matin, quand on se lève, on ne sait pas dans quel état on va retrouver nos bêtes. Avant c'était la prédation, maintenant la FCO (fièvre catarrhale ovine) et la MHE (maladie hémorragique épizootique) qui nous pendent au nez. Cette incertitude n'est pas supportable."
À l'issue de cette journée, "les annonces vont dans le bon sens, mais il en manque pas mal", estimait Jean-Pascal Pelagatti.
Mercredi 31 janvier, le gouvernement a annoncé un fonds d'urgence de 80 millions d'euros pour des aides à la trésorerie et un appui structurel pour aider les viticulteurs à se reconvertir vers d'autres productions (lire page 3).
Au niveau viticole, sur le court terme, certaines mesures pourraient calmer les esprits, comme l'année blanche sur les emprunts et la simplification des paiements de la distillation."Là où ils doivent commencer à travailler dès maintenant, c'est ce qui concerne la question de l'arrachage sanitaire temporaire, avec la possibilité de pouvoir transmettre les autorisations de droit de plantation à des jeunes qui veulent s'installer, ou qui n'ont pas ces droits."
Pour soutenir leurs collègues présents au salon Millésime Bio, la FDSEA 34 et les JA 34 ont décidé d'arrêter les blocages vendredi dernier, mais ils restent néanmoins actifs sur des actions ponctuelles, comme dimanche 28 janvier, à Vendargues, où des manifestants ont bloqué la plateforme logistique de Système U, ou lundi 29 janvier au matin à Béziers, où des contrôles de camions ont été réalisés, devant la centrale d'Intermarché, ainsi que devant le négoce Castel, avant de se rendre devant la sous-préfecture pour y entamer une discussion avec le sous-préfet. "C'était important pour nous que tout le monde puisse s'exprimer, pour qu'il comprenne la situation sur le terrain."
Dans l'Aude, au petit matin du 26 janvier, les tracteurs se sont rassemblés sur les axes autoroutiers de Trèbes, Lézignan-Corbières et Narbonne. Tout d'abord réunis sur l'autoroute A9, certains manifestants se sont vite divisés aux quatre coins de la ville, en commençant par se rejoindre devant les portes de Carrefour de Narbonne et d'y brûler une barricade. C'est ensuite le bâtiment de la MSA Grand Sud qui a été partiellement incendié. "Ce qui s'est passé est incompréhensible". Pour Sophie Bonnery, présidente de la MSA Grand Sud, "c'est la maison des agriculteurs qui a brûlé". Conjointement avec le directeur, le choix a été fait, la veille, de laisser les portes closes pour tous les salariés concernés, en raison des mouvements attendus. "Ce mouvement ne représente absolument pas le syndicat. Je condamne les violences qui sont pour moi criminelles, mais je soutiens le mouvement de façon pacifiste."
En parallèle de la mobilisation, des dégradations ont été également commises aux abords de la sous-préfecture de Narbonne, ainsi que dans les locaux de l'Office français de la biodiversité, à Trèbes. Des mises à feu éparses ont affecté des réseaux routiers secondaires et les autoroutes A9 et A61. Le soir même, un camion contenant des produits agricoles, de provenance étrangère, a été retourné et vidé sur la voie publique. "Concernant les dégâts, les proportions sont devenues intenables, il est important de ne pas céder à l'ultra-violence", assure le président des Jeunes agriculteurs de l'Aude, Fabien Mariscal. Quelles seraient donc les mesures qui pourraient faire retomber la colère ? "Nous demandons la suppression du plan Ecophyto car, d'ici 2026, nous perdons beaucoup de matières actives qui vont nous empêcher de pouvoir travailler convenablement." Sur les questions du revenu, la loi Egalim laisse perplexe. "Il faut absolument une meilleure rémunération des agriculteurs", clame le président, reconnaissant que"dans un espace de libre-échange européen, nous ne pourrons pas changer les règles des importations du jour au lendemain".
Sans lien avec les évènements selon lui, ce père d'enfants en bas âge a laissé lundi 29 janvier, après quatre ans de présidence, sa place à deux co-présidents : Léo Gasc et Loïc Escourrou.
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