En France, à ce jour, le grenadier ne connaît quasiment pas de bioagresseurs fatals aux rendements. Pour la première fois touché par le gel, le verger de Christophe Gourgas a accusé des pertes de 25 %. © DR
C'est le temps de la récolte pour la grenade. En raison des gelées de mars, elle débute avec une semaine de retard dans le secteur de Gallargues-le-Montueux, sur les deux parcelles de Christophe Gourgas. "C'est la première fois que j'observe un gel aussi important en 30 ans !" L'arboriculteur, également viticulteur, n'en revient pas. Plutôt facile à conduire, le grenadier est endémique du bassin méditerranéen depuis des siècles, mais sa culture s'était progressivement amenuisée. Certains irréductibles ont misé sur Punica granatum, car "plus facile à gérer que la vigne", reconnaît Christophe Gourgas, malgré une charge de travail conséquente pour un marché de niche qui conserve ses fidèles amateurs.
Gel : 25 % de pertes
C'est parti pour un mois de récolte. Au rythme de trois tonnes de grenades ramassées par jour, Christophe Gourgas presse les fruits et embouteille le jus le lendemain. Tout est fait sur place, la pasteurisation, le conditionnement et l'expédition à la vente, quand elle ne se fait pas sur site.
Viticulteur coopérateur à la cave de Vauvert, producteur de cerises et d'abricots, il s'est mis grenade en tête en 2010, en plantant un millier d'arbres. "Pas plus, car c'est trop de travail et les débouchés sont compliqués", admet l'agriculteur pourtant convaincu par les vertus du fruit frais "qui s'abîme vite". Aussi faut-il le vendre rapidement avant qu'il éclate. Mais c'est avec les jus que Christophe Gourgas se démarque, soit 80 % de sa production. À la différence des cépages, les variétés de grenades suivent plus ou moins le même calendrier. Wonderful, provence, acco, hermioni, toutes à la même enseigne. Entre les deux parcelles, la récolte moyenne est de 40 kg par arbre. Malgré sa rusticité, le verger n'a pas été épargné par le gel, qui a causé "une perte de 25 %", estime le producteur. "Les feuilles, noires, sont tombées, donnant moins de grenades, car il y a eu moins de fleurs." Pas habitué à un tel épisode, le producteur n'est pas assuré contre le gel, et accuse des pertes sèches.
Un jus "naturellement bio"
Comme le figuier ou le plaqueminier, le grenadier résiste bien à la sécheresse, mais nécessite une irrigation correcte pour produire convenablement. Hormis le labour, Christophe Gourgas ne traite quasiment pas son verger, tout juste deux passages au cuivre après récolte. Non exempts de ravageurs et d'attaques de maladies (mouche, pucerons, acariens, pourriture), le grenadier s'en tire plutôt bien face aux bioagresseurs, qui n'entachent que très faiblement les rendements. "Pour moi, c'est un jus de fruit naturellement bio", avance-t-il. "Tous mes clients en sont contents, car ils retrouvent le goût de la grenade. Comme pour les amateurs d'huîtres, ils savent où aller pour en trouver." Pourtant, le confinement et la période commerciale instable auront touché la vente directe de 50 %, pour cause de fermeture des marchés. Mais le producteur a continué d'approvisionner les grandes surfaces du Gard et de l'Hérault. En direct, la bouteille d'un litre "100 % pur jus" est vendue 7,50 €, et le carton de six bouteilles, à 40 €. Outre les grandes enseignes, il vend ses jus en circuits bio, et au Mas des agriculteurs de Nîmes. Trois kilos de fruits sont nécessaires pour produire un litre de jus.
Si la filière veut s'animer et pour que les agriculteurs plantent plus, il faudra notamment un "soutien des médecins quant aux propriétés de la grenade", souhaite Christophe Gourgas. Car "si les trentenaires ne pensent pas à leur prostate, des plus âgés sont concernés", ajoute-t-il, vantant l'une des nombreuses vertus des rouges arilles.
Philippe Douteau
Contact : Christophe Gourgas : 06 10 30 08 98
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