COMPAGNIE DES AMANDES
La nouvelle casserie de la Compagnie des amandes marque une étape décisive pour la relance de l'amande française. Outil industriel de pointe, pensé pour fédérer producteurs et marchés, elle symbolise une stratégie de relocalisation agricole et industrielle assumée.
Pour cette première campagne, 65% des amandes traitées à Brignoles provenaient de producteurs indépendants.
© Crédit photo : ED
Sur la zone de Nicopolis à Brignoles dans le Var, la Compagnie des amandes - présidée par Arnaud Montebourg et dirigée par François Moulias - a franchi une étape majeure avec l'inauguration officielle, lundi 13 avril, d'une casserie de haute technologie unique en France. Derrière le bâtiment flambant neuf, toute une stratégie de relocalisation prend forme, combinant production agricole, transformation et commercialisation.
L'histoire de cette casserie est celle d'une résilience face aux obstacles et d'une obsession pour la précision technique. Le projet, initialement prévu à Signes, s'est finalement implanté à Brignoles, dans un bâtiment neuf adapté à l'installation d'une ligne de transformation performante. L'investissement (2,5 millions d'euros) a été soutenu par des banques solidaires comme La Nef et le Crédit Coopératif, ainsi que par le plan France 2030. Un pari assumé pour structurer une filière française encore embryonnaire mais en pleine croissance.
L'inauguration devait initialement se dérouler en présence de la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard. Mais quelques jours avant l'événement, les organisations professionnelles agricoles du Var - FDSEA, Jeunes agriculteurs et Coordination rurale -, réunies en intersyndicale, avaient appelé à une mobilisation forte pour alerter sur la situation dramatique de l'agriculture varoise. Ils espéraient profiter de la venue ministérielle pour échanger. Finalement, la ministre a modifié son déplacement.
Pour Arnaud Montebourg, l'événement restait symbolique : "Il s'agit d'une relocalisation. L'agriculture, comme l'industrie, se déplacent sur la planète. Les outils de transformation suivent la production. Nous avons voulu montrer qu'il est possible de relocaliser en France une filière intégrée, de la culture à la transformation."
Jusqu'ici, la transformation des amandes françaises reposait sur des structures artisanales, souvent insuffisantes en termes de volumes pour répondre aux exigences des industriels ou des chocolatiers. Faute d'outil adapté ou absent localement, de nombreux producteurs envoyaient leurs récoltes en Espagne, dans des conditions parfois peu maîtrisées.
La casserie de Brignoles marque un changement d'échelle. Dès l'arrivée, les lots sont contrôlés. Le taux d'humidité doit être inférieur à 6% pour éviter tout risque de développement de champignons ou d'aflatoxines. Le parcours industriel enchaîne ensuite avec un pré-tri, un égoussage, un cassage et, enfin, une séparation par soufflerie.
Les amandes sont ensuite calibrées puis passent dans un trieur optique ultra-performant, avant un dernier contrôle humain sur tapis. L'objectif est de diviser par 100 le taux de corps étrangers, pour descendre sous les 0,01%. Une performance qui permet de répondre aux cahiers des charges de la grande distribution.
"C'est la seule casserie en France qui respecte ces exigences de tri et de calibrage", affirme Arnaud Montebourg. L'outil vise par ailleurs la certification ISO 22000, une première pour une casserie française.
La Compagnie des amandes n'a pas conçu cet outil pour ses seuls vergers. "Nous avons créé une entreprise de filière pour aider les agriculteurs à réimplanter l'amandier à grande échelle", explique Arnaud Montebourg.
Cet hiver, 65% des amandes traitées provenaient déjà de producteurs indépendants. La casserie a cassé 120 tonnes dès sa première saison, preuve de l'attente du terrain. Des producteurs de la Crau, de la Drôme, des Alpes-de-Haute-Provence, ou encore du Languedoc-Roussillon ont rejoint la dynamique. Dans le Vaucluse, deux casseries répondent aux besoins.
La Compagnie des amandes exploite aujourd'hui 230 hectares de vergers, mais 500 ha supplémentaires de producteurs indépendants ont été agrégés en 2025, et 1 000 ha pourraient être traités dès la récolte 2026. Cette logique collective permet également de structurer la commercialisation. "C'est parce que nous fédérons de nombreux agriculteurs que nous pouvons assurer la valorisation collective", insiste le président.
La relance de la filière intervient dans un contexte favorable. La consommation française d'amandes ne cesse de progresser : en 2018, les Français consommaient 40 000 ton- nes par an. Huit ans plus tard, la consommation atteint 51 000 t. Pourtant, 98% des volumes restent importés.
La production nationale suit la même tendance : 650 t récoltées en 2018 contre 1 800 t aujourd'hui, avec un objectif de 3 500 t d'ici cinq ans. Cette dynamique attire la grande distribution.
Chez Carrefour, les volumes sous la marque 'Reflets de France', où la Compagnie des amandes apparaît sur les emballages, passent de 11 t en 2025 à 16 t cette année. Les volumes ont été multipliés par deux chez Grand Frais, et un contrat de cinq ans a été signé avec Système U lors du dernier Salon de l'agriculture.
La ligne actuelle sera doublée cet été. L'objectif est d'atteindre 10 t d'amandes en coque par jour, soit 2,5 t d'amandons avec une seule équipe. Avec deux équipes de huit heures, la capacité annuelle pourra atteindre 5 000 t. Car la casserie est d'ores et déjà dimensionnée pour accompagner l'entrée en production des vergers plantés ces dernières années. "Sur les grands volumes, nous casserons aux prix espagnols", assure Arnaud Montebourg, qui mise sur la compétitivité pour soutenir la filière française.
Le chiffre d'affaires prévisionnel sur les quatre premiers mois de fonctionnement devrait atteindre trois millions d'euros. Un démarrage rapide qui conforte la stratégie de relocalisation.
Les CHIFFRES clés-
ICI
Votre encart
publicitaire !
Vignerons coopérateurs
GROUPE ICV
viticulture

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

10/05/2023
28/04/2023
06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner