L'Aude à table
Une nouvelle structure logistique, baptisée 'L'Aude à table', va voir le jour dans l'Aude. En réponse aux attentes des producteurs et des collectivités, elle vise à faciliter l'approvisionnement local en produits agricoles du département.
Producteurs et élus réunis à la Chambre d'agriculture de l'Aude pour poser les bases d'une nouvelle logistique alimentaire territoriale. Officiellement constituée en assemblée générale le 22 juillet, la SCIC est présidée par Laurent Poloni.
© Crédit photo : Élodie Sabatier
Manger local est sur toutes les lèvres, mais quand il est question de logistique, il n'y a plus personne ? Ça, c'était avant. Après plusieurs années de réflexion, 'L'Aude à table', une Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), s'apprête en effet à concrétiser un projet de logistique alimentaire territorial, afin de structurer une filière locale de distribution entre producteurs audois et restauration collective, tout en s'ouvrant à d'autres débouchés.
Mercredi 28 mai, s'est tenue une réunion publique auprès des agriculteurs qui a rassemblé une trentaine de participants dans les locaux de la Chambre d'agriculture de l'Aude. Une structure qui se positionne en partenaire, avec La Coopération agricole et le Département. Préfigurée en 2021-2022 dans le cadre du Projet alimentaire territorial (PAT) départemental, l'étude initiale s'est articulée autour de cinq axes : l'offre agricole, la demande en restauration collective, la logistique, le modèle économique et la gouvernance. "Les producteurs nous disaient que la logistique était trop compliquée pour aller dans tous les établissements scolaires du département, tandis que les collèges exprimaient un besoin croissant en produits locaux", résume Élodie Sabatier, cheffe d'équipe valorisation à la Chambre d'agriculture départementale, une des pilotes du projet.
Face à ce double constat - offre dispersée et demande peu structurée -, la décision a été prise de créer une plateforme logistique physique, en complément d'Agrilocal, outil numérique en place depuis 2016, où circule déjà plus de 800 000 euros de chiffre d'affaires. Pour rappel, ce dernier facilite la mise en relation entre producteurs et acheteurs publics, mais ne gère ni livraison ni regroupement des commandes. "Les producteurs n'avaient pas toujours le temps de répondre aux consultations et ils rataient les marchés", souligne la cheffe d'équipe. Avec la SCIC, l'ambition est de passer à une organisation d'achat-revente : la plateforme collectera les produits, préparera les commandes, et assurera la livraison, moyennant une marge pour couvrir ses frais. "Un commercial sera prochainement recruté pour constituer un catalogue d'offres et démarcher les clients, en priorité la restauration collective, mais sans exclure d'autres circuits ou commerces spécialisés."
Du côté des producteurs, l'intérêt est manifeste. "Depuis la réunion publique, je reçois régulièrement des appels", confie Élodie Sabatier. Le bulletin de souscription de parts sociales a été diffusé et de nouveaux agriculteurs devraient rejoindre la SCIC au fil du temps, certains comme associés, d'autres simplement comme apporteurs de produits. L'assemblée générale constitutive de la SCIC s'est tenue mardi 22 juillet. À date, 31 associés se sont réunis autour du projet pour un capital de départ d'un montant de 21 500 €. Sur sept collèges, cinq sont d'ores et déjà ouverts. "Celui des salariés arrivera prochainement, et celui des collectivités sera déployé à l'automne, le temps que ces dernières puissent réaliser les formalités administratives nécessaires", précise Élodie Sabatier. Carcassonne a cependant déjà annoncé prendre des parts. Le conseil coopératif est quant à lui composé de neuf associés et est présidé par Laurent Poloni, apiculteur à Montséret et représentant de la Chambre d'agriculture.
Prochaine étape : le recrutement du salarié pour la partie commerciale et mise en relation avec les producteurs, puis la participation, cet automne, au showroom de la restauration hors domicile qui se tiendra à l'Arena de Narbonne le 1er octobre.
Pour mener à bien cette démarche, la logistique sera confiée à la structure d'insertion d'Emmaüs Lespinassière, située au cœur de la Montagne noire à 30 km au nord de Carcassonne. Ce partenariat original permettra à des personnes en réinsertion de s'investir dans un projet économique porteur. Le tout appuyé par Benoît Mestre, ancien grossiste carcassonnais, qui mettra à disposition une partie de ses locaux et accompagnera le développement du volet logistique. Situé à Carcassonne, ce bâtiment de 200 m², équipé d'une chambre froide et de bureaux, sera loué par Emmaüs. "Le local pourra s'agrandir si besoin, car le site dispose de 2 800 m² de chambres froides aux normes", précise Élodie Sabatier. Pour l'heure, il s'agit d'une phase de lancement, pensée en flux tendu. "On ne stockera pas des palettes entières sans savoir à qui les vendre. On commande parce que les produits sont déjà réservés par les clients."
Outre le dépôt central, Emmaüs organisera des tournées de ramassage afin d'éviter que les producteurs doivent eux-mêmes acheminer leurs produits jusqu'à Carcassonne chaque semaine. "L'idée, c'est de leur faire gagner du temps et de limiter leurs déplacements." À chaque passage dans des zones, les chauffeurs récupéreront les marchandises auprès des agriculteurs. Les producteurs ciblés seront ceux capables de proposer des volumes en demi-gros à des prix professionnels. Ce modèle exclut donc les micro-exploitations orientées uniquement vers les marchés ou les Amap (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), mais vise les exploitations qui ont déjà structuré leur production à plus grande échelle. "Un producteur qui vend sa tomate à 3€ en vente directe ne pourra pas y ajouter 25 % de marge", explique la cheffe d'équipe.
Côté financement, le Département apporte une aide de 20 000 € la première année, reconductible sur 2 ans. D'autres soutiens sont envisagés par le biais de partenariats avec les établissements publics de coopération intercommunale du territoire, invités à prendre des parts sociales dans la SCIC qui porte la plateforme. Le projet vise la viabilité économique à l'horIzon de six ans. "Les trois premières années seront cruciales. Il faudra trouver l'équilibre rapidement, car les subventions publiques se font rares", rappelle Bastien Benet, animateur du PAT au sein du Département de l'Aude.
Pour renforcer la viabilité, le Département agit aussi en facilitateur, avec un besoin d'harmoniser les pratiques au sein des 21 cantines concernées. "Une réforme est en cours pour harmoniser les pratiques, avec une tarification sociale unique prévue pour l'automne", esquisse l'animateur. L'ambition de la loi Egalim, aussi bénéfique puisse-t-elle être, fait face à la réalité budgétaire qui freine les ambitions. "Aujourd'hui, certaines cantines n'ont que 2€ par repas pour acheter les denrées. C'est peu", estime Bastien Benet.
Le futur dispositif d'aide à l'achat local, qui sera détaillé prochainement, vise à avancer sur ces difficultés. À terme, la plateforme pourrait bien devenir un maillon essentiel du développement agricole local, tout en répondant aux exigences croissantes de qualité dans les assiettes des collégiens.
LE SAVIEZ-VOUS ?
La plateforme s'inscrit dans une dynamique collective via le réseau Appro (Association des plateformes de producteurs de la Région Occitanie), qui regroupe plusieurs plateformes, situées dans les Pyrénées-Orientales (Local 66), en Ariège (Terroir Ariège Pyrénées), ainsi que dans les départements de la Haute-Garonne, le Tarn-et-Garonne, l'Hérault, le Gard (Le Mas des agriculteurs), et enfin l'Aveyron. "Ce réseau permet de mutualiser les compétences, d'échanger les bonnes pratiques et de répondre de façon concertée aux marchés publics", détaille Élodie Sabatier.
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