VENDANGES EN ROUSSILLON
Les estimations restent modestes, mais après l'effondrement de 2024, l'espoir reprend timidement racine. La récolte semble légèrement meilleure que l'an passé, encore loin d'une année "normale", tandis que la qualité des raisins laisse augurer de belles cuvées.
"Nous avons perdu 25 ans, en refusant le premier projet de raccordement. Sans accès à l'eau, la viticulture catalane ne pourra pas se maintenir", souligne le président du Conseil interprofessionnel des vins du Roussillon (CIVR), Jean-Christophe Bourquin.
© Crédit photo : AV
Dans les Pyrénées-Orientales, les vendanges 2025 s'annoncent un peu plus généreuses que celles de l'an dernier. Selon Jean-Christophe Bourquin, président du Conseil interprofessionnel des vins du Roussillon (CIVR), la récolte devrait atteindre 350 000 à 380 000 hectolitres, contre environ 330 000 hectolitres en 2024, une année considérée comme la "pire de l'histoire viticole locale".
La progression, estimée entre 15 et 20%, reste néanmoins très en deçà d'une campagne habituelle, qui tourne autour de 450 000 hectolitres. "On s'éloigne encore de la normale, mais le volume semble en léger mieux", observe Jean-Christophe Bourquin.
Le raisin a été façonné par une météo extrême. Au mois de mai, juste avant la floraison, le mildiou a touché des vignes. "Ceux qui n'avaient pas anticipé les traitements se sont faits piéger, quand d'autres s'en sont sortis sans gros dégâts", explique le président. L'été, marqué par 2 épisodes caniculaires, a mis à rude épreuve les ceps, surtout là où aucune irrigation n'était possible. Mais les orages de juillet ont permis de sauver une partie de la récolte, notamment dans les rouges.
"Aucun terroir n'a été épargné, mais certains secteurs, comme le Crest de Rivesaltes, Peyrestortes, Espira-de-l'Agly, Baixas, Terrats, ou encore les Aspres, ont particulièrement souffert", regrette-t-il. Pourtant, la qualité générale des raisins semble au rendez-vous. "Les baies sont jolies. Il y a du jus, et c'est indispensable pour faire du bon vin", souligne le président. Les premiers raisins rentrés laissent entrevoir une qualité correcte. "Sur les blancs, notamment les muscats, ça semble bien", estime Jean-Christophe Bourquin. Les raisins destinés aux rosés, eux aussi, paraissent prometteurs. Les rouges, en revanche, subissent encore le contrecoup de la canicule : "Les degrés ne montent pas, ils restent bloqués", constate le président du CIVR.
L'irrigation est la grande inquiétude de la filière. Dans le département, seuls 5% des vignobles sont irrigués. Des projets de stockage d'eau stagnent : "la retenue des Aspres, ça fait 15 ans qu'elle est en discussion" et la profession regarde de nouveau du côté du Rhône : "Nous avons perdu 25 ans, en refusant le premier projet de raccordement. Sans accès à l'eau, la viticulture catalane ne pourra pas se maintenir", avertit le président du CIVR.
L'irrigation, explique-t-il, ne doit pas être perçue comme une pratique systématique, mais anticipée : "En viticulture, l'eau se prévoit." La gestion technique - taille, couvert végétal, orientation des parcelles - devient cruciale pour protéger les ceps des coups de chaleur. Mais sans solution collective sur l'eau, l'avenir de la filière reste incertain. Le CIVR insiste donc pour que l'eau soit placée au centre des politiques publiques agricoles.
Derrière ce millésime légèrement encourageant, se cache une crise structurelle profonde. En 2025, 2 400 ha ont été arrachés dans les Pyrénées-Orientales, ramenant la surface du vignoble à environ 16 000 ha. Le rendement est bas. Le manque de renouvellement pèse lourdement : les vieilles vignes produisent de moins en moins, et peu de jeunes ceps viennent prendre le relais.
"Le vignoble vieillit, mais les viticulteurs ne replantent pas, faute de moyens", déplore Jean-Christophe Bourquin. Le coût d'une plantation - 15 000 à 18 000 € par hectare sur 5 ans - décourage nombre d'exploitants. D'autant qu'une vigne ne produit réellement qu'au bout de 4 ou 5 ans, à condition d'avoir accès à l'eau.
À cela s'ajoute une équation économique intenable. En 5 ans, les charges d'exploitation ont augmenté de 20 à 30%, tandis que le prix du vin n'a pas progressé. "En 2024, année catastrophique, les prix étaient même plus bas qu'il y a 5 ans", déplore le président. Dans les caves coopératives, la facture d'électricité a plus que doublé entre 2022 et 2023, passant de 14 000 à 32 000 euros.
Résultat : de nombreux vignerons produisent à perte. Les stocks de vins rouges s'accumulent depuis 2 ans, faute de consommation suffisante. Pour relancer la demande, Jean-Christophe Bourquin propose de nouvelles pratiques, comme "une consommation plus fraîche des rouges, pour s'adapter aux canicules". Côté restauration, il milite pour un système de droit de bouchon, afin de limiter les marges excessives et rendre le vin plus accessible en salle. Il suggère également de banaliser le geste d'emporter sa bouteille entamée, grâce à de petits sachets spécialement conçus pour le format 'bouteille' et distribués aux restaurateurs. "Il faut écouter ce que ressent le consommateur pour imaginer des solutions adaptées. Si on additionne plein de petites choses, on peut sans doute améliorer un peu la situation."
Dans un contexte également marqué par les taxes américaines qui menacent les exportations, le moral des vignerons oscille entre lassitude et combativité. Face à ces difficultés, Jean-Christophe Bourquin lance un appel à la résilience collective et à la solidarité entre producteurs et consommateurs. Aux vignerons, il adresse un message clair : "Ne rien lâcher, continuer à croire en son métier et progresser techniquement... car il faut toujours se remettre en question dans la vie." Aux consommateurs, il recommande de privilégier le local, d'explorer aussi bien les domaines indépendants que les coopératives "qui recèlent souvent de très belles cuvées méconnues".
Si les volumes progressent légèrement et que la qualité rassure, la vendange 2025 ne suffira pas à inverser la tendance. Derrière un millésime porteur d'un modeste espoir, la viticulture catalane joue toujours sa survie. Sans eau, sans renouvellement et sans prix rémunérateurs, l'avenir du vignoble pourrait bien se dessiner en pointillé.
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