France 22/07/2026
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LABEL ROUGE HORTICOLE

La qualité veut prendre racine

Déjà solidement installé dans l'alimentation, le Label rouge peine encore à s'imposer dans les jardineries. Pourtant, derrière ce signe officiel de qualité se cache une véritable stratégie de différenciation pour une filière horticole confrontée à la concurrence internationale et aux nouvelles attentes des consommateurs.

"Nous en sommes aux balbutiements des Labels rouges horticoles, mais nous avons déjà des résultats très encourageants", souligne Mélina Blanc, de l'Inao.

© Crédit photo : GL

Pour une majorité de Français, le Label rouge évoque spontanément une volaille, une viande ou encore un produit alimentaire reconnu pour sa qualité. Beaucoup ignorent qu'il existe aussi des végétaux Label rouge.

C'est pourtant sur ce terrain que l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao) et les professionnels de l'horticulture ont décidé de s'engager, avec une conviction simple : la qualité peut devenir un véritable levier de compétitivité dans une filière soumise à une concurrence toujours plus vive.

"L'Inao et les professionnels ont fait un pari audacieux en lançant les Labels rouges dans l'horticulture", rappelle Mélina Blanc, responsable du pôle dédié de l'Inao. Car derrière ce signe officiel d'identification de la qualité et de l'origine se cache bien davantage qu'un simple logo. Créé au début des années 1960, le Label rouge certifie qu'un produit présente un niveau de qualité supérieur à celui des produits comparables habituellement commercialisés. Une promesse qui repose sur des cahiers des charges exigeants, validés par l'Inao, homologués par arrêté interministériel, publiés au Journal officiel, puis contrôlés par des organismes certificateurs indépendants.

La démarche ne s'arrête pas à la certification initiale. Des contrôles réguliers et des tests dans le temps permettent de vérifier que les performances annoncées restent bien au rendez-vous tout au long de la vie du produit. "C'est un outil de différenciation pour les producteurs et une garantie de transparence pour les consommateurs", résume Mélina Blanc.

Des végétaux conçus pour les attentes d'aujourd'hui

Loin d'être un simple argument marketing, le Label rouge horticole répond à une évolution profonde des attentes du public. Les jardiniers recherchent désormais des plantes plus durables, plus résistantes aux maladies, capables de mieux supporter les épisodes de sécheresse tout en conservant leurs qualités esthétiques.

Aujourd'hui, sept catégories de végétaux bénéficient déjà de cette reconnaissance : les bulbes de dahlias, les rosiers de jardin, les géraniums, les sapins de Noël coupés, les arbres fruitiers de jardin, les gazons et les plants de tomate. D'autres dossiers sont en cours d'instruction.

"Nous essayons avant tout de répondre aux attentes des consommateurs", explique Mélina Blanc. Les critères recherchés concernent autant la tenue des plantes que leur floraison, leur vigueur, leur parfum, leur productivité ou encore leur capacité à mieux résister aux maladies et aux aléas climatiques.

Dans un contexte où les végétaux importés à bas coût, notamment des Pays-Bas ou du Kenya, occupent une place importante sur le marché, cette montée en gamme devient également un enjeu économique majeur. Mais si le Label rouge bénéficie d'une excellente image auprès des consommateurs, son application au monde horticole reste encore largement méconnue.

Une notoriété qui reste à construire

"Nous en sommes aux balbutiements des Labels rouges horticoles, mais nous avons déjà des résultats très encourageants", souligne Mélina Blanc.

Les freins sont nombreux. Pour les producteurs, entrer dans une démarche suppose des investissements supplémentaires et des contrôles plus exigeants. Les distributeurs hésitent parfois à référencer des végétaux affichant un prix supérieur, alors même que leur valeur ajoutée reste encore insuffisamment connue du grand public.

L'ensemble de la filière s'est donc engagé dans un véritable plan d'action, afin d'accélérer le développement du dispositif.

Faire émerger le Label rouge au milieu des rayons

Pour Sylvie Robert, déléguée générale d'Excellence végétale, organisme de défense et de gestion de l'ensemble des Labels rouges horticoles, le principal chantier reste celui de la visibilité. "Nous avons aujourd'hui un déficit de notoriété sur l'existence des Labels rouges en horticulture", constate-t-elle. L'autre chantier majeur est celui du changement climatique, qui oblige également les Labels rouges horticoles à évoluer. L'Inao et Excellence végétale ont d'ailleurs engagé un important travail de révision des cahiers des charges, afin de les rendre plus adaptés aux nouvelles réalités de production. L'objectif n'est pas d'abaisser le niveau d'exigence, mais de simplifier certaines dispositions et d'intégrer plus rapidement les innovations variétales ainsi que les attentes émergentes du marché.

Le paradoxe est d'autant plus marqué que certains produits disposent déjà d'un solide historique. C'est notamment le cas du gazon Label rouge, créé dès 1987, dont le cahier des charges a progressivement évolué afin d'intégrer les nouvelles préoccupations environnementales. Avec les épisodes de sécheresse qui se multiplient, proposer des gazons plus résistants répond désormais aussi bien aux attentes des particuliers qu'à celles des collectivités ou des gestionnaires d'espaces sportifs.

Toute la difficulté réside cependant dans le caractère très saisonnier de nombreuses productions. Les géraniums, par exemple, ne bénéficient que d'une courte période de commercialisation. Cette saisonnalité complique la fidélisation des consommateurs tout au long de l'année.

Pour gagner en visibilité, Excellence végétale a développé des kits de communication communs à l'ensemble des Labels rouges horticoles. L'organisme travaille également avec les jardineries spécialisées, afin d'améliorer la mise en avant des végétaux certifiés, qui restent encore trop souvent noyés parmi les produits standards. L'implication de la distribution constitue d'ailleurs l'un des enjeux majeurs des prochaines années. Le plant de tomate Label rouge, lancé il y a seulement trois ans, illustre parfaitement cette difficulté. Malgré ses qualités techniques, il peine encore à trouver sa place dans les rayons.

Afin d'accélérer cette dynamique, l'Inao travaille avec les distributeurs sur plusieurs initiatives. Parmi elles figure notamment l'organisation d'une future semaine nationale de la qualité dédiée à l'horticulture, proposée par l'enseigne Botanic. En parallèle, un important travail est engagé sur l'évolution des cahiers des charges afin de les rendre plus souples, tout en maintenant le haut niveau d'exigence attendu par les consommateurs.

Le sapin de Noël montre la voie

Parmi tous les Labels rouges horticoles, le sapin de Noël apparaît aujourd'hui comme l'exemple le plus abouti. Avec environ 3% du marché national, il reste un produit de niche, mais affiche une progression régulière portée par une clientèle fidèle et par une demande croissante de la distribution.

Sa réussite repose sur des exigences de production très précises : contrairement aux sapins standards, les sapins Label rouge ne peuvent être coupés avant le 21 novembre et leur commercialisation ne débute qu'au premier week-end de décembre. 

Emmanuel Delarue •

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