SAINT-MARTIN-DE-CRAU
À Saint-Martin-de-Crau, Thierry Balestri avance sans illusions mais avec conviction. Engagé aux côtés de son père, il réorganise avec lui l'exploitation familiale pour la rendre plus sobre, plus solide et transmissible, sans perdre le sens humain du métier.
Thierry Balestri, maraîcher sur Saint Martin de Crau.
© Crédit photo : ED
À 33 ans, Thierry Balestri n'a rien du rêveur naïf. Installé aux côtés de son père sur l'exploitation familiale de Saint-Martin-de-Crau, ce maraîcher bio revendique une vision pragmatique du métier. Produire, livrer, calculer, s'engager : son quotidien se partage entre la terre, la route et les responsabilités, avec en ligne de mire une transmission familiale qu'il prépare méthodiquement.
L'été, les serres et les champs de la famille Balestri débordent de tomates, de concombres et de fraises. Mais en ces mois d'hiver, le décor change radicalement : sur l'exploitation, la production se concentre désormais autour de la mâche et du radis devenu, en deux ans, l'une des spécialités de la maison. Un radis bio, cultivé de la fin septembre jusqu'à la fin mai, qui permet d'assurer une activité régulière hors saison estivale et de sécuriser une partie du chiffre d'affaires.
Cette adaptation n'est pas le fruit du hasard : elle traduit une volonté assumée de mieux coller aux réalités économiques, climatiques et humaines du métier. "Avant, on faisait un peu de tout, sans toujours mesurer", reconnaît Thierry. Aujourd'hui, chaque culture est pensée en fonction de ses coûts, de ses débouchés et du temps qu'elle mobilise.
Il y a encore quelque temps, Thierry passait une grande partie de ses journées au volant d'un camion, sillonnant le département pour livrer ses légumes. Une organisation devenue intenable. "Une heure et demie de route aller-retour pour un colis, c'est terminé", tranche le jeune maraîcher, qui a revu sa copie sans état d'âme.
Les semaines restent rythmées par les livraisons, mais elles sont désormais sectorisées. Deux fois par semaine, les lundis et jeudis, Thierry approvisionne la plateforme logistique de l'enseigne bio 'Marcel & fils' à Grans, à une quinzaine de kilomètres de l'exploitation. De là, les légumes sont redistribués vers la quarantaine de magasins de la chaîne dans le département. Un circuit plus court, plus lisible et surtout moins gourmand en carburant, à l'heure où chaque poste de dépense est scruté à la loupe.
Thierry Balestri n'était pas destiné, à l'origine, à reprendre les terres familiales. Comme beaucoup, il a voulu voir autre chose. L'hôtellerie-restauration d'abord, puis la publicité et la fabrication d'enseignes. "Il y a dix ans, mon père m'a demandé de venir l'aider sur l'exploitation", se souvient-il. Il accepte, apprend sur le tas et découvre un métier aussi exigeant qu'essentiel.
L'exploitation d'Alain n'est pas encore officiellement transmise à Thierry, mais le projet est clairement posé. Pour préparer cette succession, le diplôme agricole s'impose. Une démarche amorcée en 2019, stoppée net par la crise sanitaire. Aujourd'hui, Thierry a relancé la machine. Depuis un mois, il suit des cours au lycée agricole de Valabre, pour obtenir son BPREA.
L'histoire des Balestri est intimement liée à celle de Saint-Martin-de-Crau. Arrivés de Marseille dans les années 1970, les grands-parents ont suivi, comme beaucoup d'autres, le mouvement vers le maraîchage après la raréfaction des terres cultivables et les expropriations. Depuis le début du siècle, la famille est solidement installée dans la production légumière, en bio pour le plein sol, en conventionnel pour la fraise hors-sol.
Aujourd'hui, père et fils exploitent deux hectares, dont une multichapelle de 7 200 m². Ensemble, ils ont fait des choix stratégiques parfois à contre-courant pour réintroduire le hors-sol, augmenter la production de fraises, réduire légèrement les surfaces globales. L'objectif est clair : rationaliser, simplifier et stabiliser.
Face à la flambée des coûts de production, Alain et Thierry Balestri ont revu l'ensemble de leur organisation. Carburant, livraisons, emballages, tout est passé au crible. "Avant, on calculait beaucoup moins. Aujourd'hui, on rationalise tous nos postes", explique le père, lucide sur une conjoncture qui ne laisse plus de place à l'improvisation. Les coûts des emballages, notamment, ont quasiment doublé en quelques années.
Côté commercialisation, la simplification est aussi de mise. Pour le conventionnel, l'exploitation a intégré une Organisation de producteurs. Vendre un peu moins cher, certes, mais accéder à des aides européennes compensatrices. En bio, même logique. Les maraîchers veulent travailler avec un seul client pour gagner en lisibilité et en temps. Une stratégie assumée, pensée pour sécuriser l'avenir.
Thierry Balestri ne se fait aucune illusion sur la difficulté du métier. "Nourrir les autres est un très beau métier, humainement aussi, mais qui est rude", confie-t-il sans détour. Son conseil aux jeunes qui veulent s'installer est clair : "Prendre le temps, se former, acquérir de l'expérience chez d'autres exploitants avant de se lancer seul".
Jeune papa célibataire, Thierry s'est aussi fortement investi dans le collectif. Au sein des Jeunes agriculteurs des Bouches-du-Rhône, mais aussi à la MSA, où il est sentinelle. Un engagement volontaire qui consiste à repérer les situations de mal-être et à orienter les personnes vers les bonnes ressources. "Ça donne du sens au métier", souligne-t-il. Et surtout, cela permet de rester connecté aux autres dans un secteur où l'isolement peut vite devenir pesant.
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