Pêche-Abricot
La 'variété' est un levier de plus grande résistance ou de tolérance aux principaux bioagresseurs de la pêche et de l'abricot. Pour apporter des éléments de décisions à la filière, le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) évalue, en réseau et avec des partenaires, la sensibilité des variétés commerciales.
La pression de la cloque est assez forte depuis deux ans sur la pêche, sur le site de Balandran.
© Crédit photo : ED
La réduction de l'usage des produits phytosanitaires en pêche et en abricot est une problématique majeure pour les producteurs. Des essais sont mis en place dans le cadre des projets Écophyto Dephy 'Mirad', sur abricot, et ÉcoPêche 2, sur pêche, et conduits dans les parcelles du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) de Balandran. Ils ont pour objectif de concevoir et d'évaluer des systèmes de conduite associant des combinaisons de leviers permettant, in fine, de réduire l'utilisation des produits phytosanitaires de synthèse. La génétique doit aussi pouvoir répondre à cet objectif.
Il n'existe pas de variétés tolérantes à toutes les maladies et ravageurs étudiés. La plupart du temps, ces variétés présentent une moindre sensibilité à une ou plusieurs maladies ou ravageurs, mais rarement à tous.
Les niveaux de sensibilité sont complexes à appréhender et à mettre en évidence, car de nombreux facteurs interviennent dans l'expression des symptômes : la phénologie, les conditions climatiques, la pression de l'inoculum, etc.
Par ailleurs, la connaissance de l'épidémiologie des bioagresseurs en verger reste lacunaire. Les résistances génétiques sont partiellement, voire non identifiées, et la création variétale est un processus long, qui court sur 10 à 20 ans.
Aussi, pour fournir les éléments à la production à court terme, l'identification des niveaux de sensibilité variétale commerciale nécessite un dispositif spécifique. Dans le cadre du réseau d'évaluation des variétés - coordonné par le CTIFL -, des vergers dédiés ont été implantés à cette fin. Le réseau s'est focalisé sur les bioagresseurs qui deviendront de plus en plus problématiques, soit par leur développement, soit par la suppression des substances actives qui permettaient jusque-là de juguler la pression.
Sur pêches-nectarines, les maladies et ravageurs à l'étude sont la cloque, le thrips méridional et californien et la tordeuse orientale. Sur abricot, il s'agit essentiellement du monilia sur fleur et fruit, de l'Enroulement chlorotique de l'abricotier (ECA), de la rouille, de la tavelure, de l'oïdium et de la cicadelle.
Avec leurs partenaires de la Centrex, de la Sefra et SudExpé, les experts du CTIFL, Claire Crestin et Julien Ruesch, ont donc sélectionné les variétés le plus prometteuses en raison de leurs performances agronomiques qualitatives au moins égales, si ce n'est supérieures, aux témoins commerciaux pour les placer dans une parcelle. Une fois le verger établi, aucun traitement n'est réalisé contre les bioagresseurs ciblés.
Comme l'explique Claire Crestin, la cloque et le monilia sont bien présents sur les rameaux. D'ailleurs, la pression de la cloque est assez forte depuis deux ans sur la pêche. Le dispositif a déjà pu mettre en évidence, par exemple, que la variété assez ancienne Benedicte® développe moins de dégâts sur des années à forte pression.
Dans ce dispositif, 72 variétés ont été évaluées depuis 2012. "On cherche à identifier des variétés très sensibles et très peu sensibles aux principaux bioagresseurs. On a, par exemple, observé que la variété Royal Maid® présente une moindre sensibilité à la cloque, dans des conditions de forte pression", indique Claire Crestin.
Sur abricot, c'est la deuxième année que les variétés sont observées en réseau. Les premières acquisitions démarrent sur 43 variétés, implantées en 2018 et 2020.
Un protocole de comptage des rameaux a notamment été mis en place pour suivre le monilia sur fleur. À la floraison de chaque variété, les stades des fleurs sensibles au monilia sont quantifiés, pour repérer environ 100 rameaux fleuris sur les charpentières. Les comptages de symptômes de monilia sont réalisés ensuite sur ces mêmes rameaux, pour établir le rapport entre le nombre de rameaux présentant des symptômes de monilia et le nombre total de rameaux.
Comme le monilia est fortement impacté par les conditions environnementales, tout ce travail est conduit sur quatre sites, pour engranger des années de plus ou moins forte pression et pour comparer les résultats.
Cette année, sur ce verger à Balandran, des pluies et des températures autour de 10°C, mais aussi des températures à 20°C qui favorisent le développement du monilia ont été observées sur la dernière semaine de février, en pleine floraison.
En termes de pourcentage de rameaux moniliés, les réponses ont été différentes en fonction des variétés. Mais quand on compare deux années sur le même site, elles peuvent être aussi complètement opposées. C'est pourquoi cette année, une autre variable a été introduite - la différenciation des rameaux courts et rameaux longs - pour pouvoir observer la surface exposée.
"L'objectif est d'aller plus loin, en caractérisant au maximum les fleurs au moment de la potentielle infection d'une part ; et les conditions de développement du monilia d'autre part. Le but est d'essayer de trouver des parts explicatives de ces résultats. Il ne s'agit pas de 'condamner' des variétés, mais bien d'apporter aux producteurs des informations sur la sensibilité au monilia", explique la référente filière abricot-pêche du centre technique.
Pour cette campagne, toutes les informations relevées à Balandran - comme sur les autres sites- ont maintenant été recueillies et croisées, pour continuer d'identifier des comportements se reproduisant dans des conditions de forte pression environnementale du développement du monilia.
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