CHÂTEAURENARD
Du pied des Alpilles aux rives du Rhône, il court les routes avec ses pinces, sa râpe et son savoir-faire. À 33 ans, Jessy Chaix est maréchal-ferrant, un métier ancestral qu'il pratique avec passion, précision et endurance. Portrait d'un homme de fer à la poigne solide et au mental d'acier.
Portrait de Jessy Chaix, maréchal-ferrant dans les Bouches-du-Rôhne
© Crédit photo : ED
6 h 30, démarrage à Beaucaire. Ferrage, demi-ferrure, parage...la journée commence tôt et sur les chapeaux de roues pour Jessy Chaix. L'Arlésien, maréchal-ferrant depuis bientôt quinze ans, aligne les kilomètres et les interventions sans faillir. Après Beaucaire, direction Arles pour un autre cheval, puis Pont-de-Crau, Mouriès, Fontvieille, et enfin Eyragues en fin d'après-midi pour s'occuper d'un cheval de trait. Une véritable tournée express dans le triangle d'or de l'équitation provençale.
"Organiser ses déplacements fait partie des aspects les plus complexes du métier", confie-t-il entre deux coups de râpe. "Et puis il y a les chevaux compliqués... mais parfois, ce sont les propriétaires qui le sont !", ajoute-t-il avec un sourire malicieux. Malgré les embûches, il y arrive. Toujours. Parce que Jessy a la passion dans le sang.
Couper, rogner, râper, ajuster puis ferrer. Chaque geste est précis, technique, et doit respecter la morphologie de l'animal. "La ferrure, c'est une discipline de précision", insiste Jessy. "On cherche la performance, la durabilité, mais toujours dans le respect de la biomécanique du cheval." Dans une époque où le bien-être animal est au cœur des préoccupations, la maréchalerie évolue. Plus de collages de fers, plus de ferrures adaptées, des innovations techniques qui bouleversent les habitudes, sans jamais trahir les fondamentaux du métier.
Formé à Sury-le-Comtal dans la Loire en 2010, Jessy a validé un CAPa de maréchal-ferrant avant d'aller perfectionner son coup de main dans le Nord de la France et jusqu'en Belgique, où il décroche un Brevet Technique des Métiers. Son parcours est celui d'un passionné, mais aussi d'un travailleur acharné. "C'est un métier complet. Forge, anatomie, biomécanique, orthopédie. Et c'est surtout très physique. Le dos, les poignets, les bras... on nous dit qu'on tient 20 ans. Et encore, si on a le mental."
Son terrain de jeu, ce sont les centres équestres, les haras, les manades, les propriétés où chevaux de loisir et de sport cohabitent. Sylvie, propriétaire des écuries Les Enganes à Fontvieille, où il intervenait cet après-midi, ne tarit pas d'éloges. "C'est le seul maréchal-ferrant qui intervient ici. Il est très sollicité. Comme tous les pros sérieux du secteur."
Et pour cause. Dans les Bouches-du-Rhône comme ailleurs, les chevaux sont nombreux, et les maréchaux-ferrants deviennent rares. Chacun crée sa clientèle, sillonne les routes avec son camion équipé et travaille souvent seul. Mais pas toujours. Jessy était ce jour-là accompagné de Ludivine, une jeune professionnelle qu'il a formée et qui est aujourd'hui à son compte. "Je fais parfois appel à elle quand j'ai un coup de bourre. Elle me facture à la journée. C'est un bon compromis." Autrefois en EURL, il a finalement opté pour le statut d'auto-entrepreneur, plus léger et plus souple. Un choix pragmatique dans un métier où les imprévus sont monnaie courante, et où l'adaptation est la clé de la longévité.
Natif d'Arles, Jessy Chaix a grandi au rythme du galop des camargues. Son père est manadier à Boulbon. La manade familiale possède des terres à Raphèle et à Boulbon. Entre chevaux et taureaux, Jessy connaît bien la rudesse du monde de l'élevage. "C'est un métier dur, comme le mien. Et aujourd'hui, avec le coût des assurances pour organiser des abrivados, la vie des manadiers est devenue très difficile. Il faut développer des activités annexes, comme des réceptions, pour faire tourner l'exploitation."
Quand son père prendra sa retraite, il envisage d'y revenir. Un retour aux sources, dans un métier de tradition qui, comme la maréchalerie, exige abnégation et passion.
Aujourd'hui, Jessy a su fidéliser une clientèle annuelle. Fini les débuts un peu chaotiques du côté des Saintes-Maries-de-la-Mer, où son activité était très saisonnière. Mais l'été reste intense. Les chevaux sortent davantage, les fers s'usent, les demandes affluent. Hier encore, il intervenait à Poulx dans le Gard, sur une écurie de 21 chevaux. "Une très grosse journée, à deux."
Le téléphone sonne, le planning se remplit, les bras travaillent. Et pourtant, Jessy garde la tête froide. Il rêve de recruter, de transmettre, de souffler un peu. "Ce serait bien de pouvoir embaucher et travailler moins. Le marteau et la forge, c'est usant. Mais je veux aussi développer les collages, les dispositifs innovants, des méthodes plus confortables pour les chevaux... et pour moi aussi."
Dans un métier où la réputation se forge plus à la râpe qu'au stylo, Jessy Chaix avance sans se plaindre, avec dans la voix une fierté discrète et dans les mains un savoir-faire robuste. Sa journée se terminera tard, probablement avec des courbatures. Mais demain, dès l'aube, il reprendra la route. Pour un ferrage, un parage, un conseil. Toujours au service du cheval, de sa posture, de sa santé. "Il faut s'y tenir", conclut-il. "Et surtout, ne jamais se relâcher." Une leçon de constance, transmise en silence, fer après fer.
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