La campagne est détrempée, les flaques inondent la route. Les limons sur le bitume témoignent de la violence de l’épisode. De chaque côté, les vignes baignent dans l’eau, plus ou moins selon les parcelles, plus ou moins selon la pente. À mesure qu’on se rapproche des rivières, le chaos prend le pas. C’est un événement exceptionnel qui s’est déroulé dans la nuit du 14 au 15 octobre dans l’Aude. Il y avait déjà eu un épisode pluvieux, le 7 octobre, qui avait apporté une centaine de millimètres d’eau selon les secteurs. Puis l’alerte orange en début de week-end. La routine : c’est l’automne, les épisodes méditerranéens sont habituels. Le département panse encore les plaies infligées à son agriculture, lors des orages dévastateurs du printemps et de l’été, sur le Limouxin et l’Ouest en général. En quelques heures, les nuages bloqués contre la Montagne noire ont déversé un véritable déluge : près de 300 mm sur la ville de Trèbes, plus de 200 mm au Nord-Est de Carcassonne, plus de 100 mm ailleurs en moyenne. Au lever du jour, le 15 octobre, l’ampleur de la catastrophe s’étend, à mesure que le bilan humain s’alourdit. Quatorze personnes tuées dans l’épisode par la furie des eaux. C’est d’ailleurs d’abord vers les victimes de ces inondations que le monde agricole s’est tourné. Les représentants des différentes filières n’avaient que ce mot d’ordre à la bou-che en début de semaine. Enterrer et pleurer les morts, prendre soin des vivants, le reste viendra après.
Trop tôt
Le reste ? Le 17 octobre, il était encore trop tôt donc pour dresser un bilan de l’épisode. D’autant que l’eau ne s’était pas encore retirée par endroit, que les 500 kilomètres de routes endommagées par le ruissellement ne facilitaient pas les déplacements dans les zones les plus touchées. “Le choc est fort. Le drame humain est le plus important pour le moment. Ensuite, nous verrons les dégâts. Les contacts que nous avons pu avoir avec les vignerons, dans de nombreux secteurs touchés, montrent que les dégâts sont très nombreux dans le vignoble et dans les caves”, réagissait Jean-Marie Fabre, président des Vignerons indépendants de l’Aude, le 15 octobre, en fin d’après-midi. Frédéric Rouanet n’avait pas d’autres mots. “C’est encore trop tôt, il faut penser aux morts. Mais oui, il y aura beaucoup de dégâts, c’est évident, nous sommes tous plus ou moins touchés.” À Montbrun, Alexandre They, vice-président des Vignerons indépendants de l’Aude, a fini de nettoyer sa cave. L’eau est entrée, mais n’a pas provoqué de dégâts. D’autres alentours ont eu moins de chance : ils ont vu des cuves emportées par les flots. Dans les vignes, c’est autre chose. “Nous râlons souvent ici parce qu’il n’y a pas d’eau et qu’on ne peut pas irriguer. Quand on voit ce qui s’est passé, finalement, ce n’est pas un mal.” Pour lui, l’épisode se traduit par la perte de 2 hectares de carignans qu’il n’avait pas encore vendangé ; la faute à une série de circonstances qui lui a fait prendre du retard. “Nous avons vendangé ce qu’on a pu, à la machine et à la main, jusqu’à dimanche en fin d’après-midi. Ensuite, il pleuvait trop, nous avons renoncé.”
Sols couverts de limons
Globalement, et heureusement, la vendange audoise était à l’abri dans les chais, même si certains ont subi des dégâts. Dans le Limouxin, la vallée du Lauquet a été particulièrement touchée, et les dégâts sont importants sur les infrastructures. Vigneron à Leuc, Henri Cases, du Domaine Saint-Martin, témoignait sur Facebook dès le 15 octobre, en publiant des photos impressionnantes du passage de l’eau dans la vallée, et jusque dans son chai. Dans la vallée, des vignes sont parties avec le flot. Dans la basse plaine de l’Aude, le fleuve a débordé largement, couvrant complètement les vignes à Coursan. De part et d’autre des cours d’eau, les vignes sont couchées, les sols couverts de limons. Seules celles plantées dans le sens du courant présentent encore une mine correcte. Dans le Minervois, Marie Vidal-Vigneron témoignait : “Nous n’arrivons pas à faire un point pour l’instant. L’eau ne s’est pas retirée partout. Il y a des endroits qui restent inaccessibles, mais nous aurons malheureusement toute la palette habituelle des dégâts, à la vigne ou au chai.”
Yann Kerveno
Lég : Dans les parcelles touchées un gros travail sera nécessaire pour la remise en état.
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