Aude
Enraciné à Bize-Minervois, ce professeur d'histoire s'est peu à peu tourné vers la terre. Aujourd'hui, Jean-Marie Orrit cultive une vingtaine d'hectares d'oliviers, produit son huile, expérimente des recettes originales comme la bière à l'olive, et défend une agriculture diversifiée et orientée vers le circuit court.
Jean-Marie Orrit
© Crédit photo : AL
C'est avec l'accent chantant que Jean-Marie Orrit aime rappeler ses racines. "Je suis natif de Bize-Minervois, donc j'ai toujours un peu baigné dans l'olive", confie cet homme qui, avant de se consacrer à l'oléiculture, a longtemps enseigné l'histoire dans plusieurs collèges de l'Aude. Pour lui, la passion de la terre a sauté une génération. "Mon père était pharmacien et mes grands-parents viticulteurs." Son attachement à la terre ne vient donc pas de nulle part. Après ses études d'histoire, il plante ses 7 premiers hectares d'olives dans les années 1990 près de Bages, puis le virage agricole se confirme au fil du temps. À partir de 2008, il reprend les terres familiales et agrandit progressivement son exploitation. Avec l'aide de la Safer, il procède à un remembrement qui étend son oliveraie de 3 ha de plus. "Entre Bize-Minervois et Narbonne, on cultive aujourd'hui plus de 18 hectares, sans compter quelques hectares de garrigues."
C'est de ses grands-parents que naît l'histoire agricole. "C'était des bergers andorrans que l'on appelait aussi les bergers des vignes. Ils se sont installés ici dans les années 1910 lors de la transhumance. Le grand-père élevait aussi des abeilles et cultivait la vigne, une forme de polyculture comme il se faisait avant." Le père, lui, choisit la pharmacie, mais garde un lien avec la terre, en mettant des parcelles en fermage. De cette lignée, l'enseignant-oléiculteur a hérité le goût des activités multiples. "On a toujours fait un cumul d'activités dans la famille", avoue-t-il d'une fierté sereine.
Au fil de son apprentissage, il constate que la sécheresse s'installe, bouleversant ses pratiques. Il comprend dès lors que, très tôt, le défi de demain sera l'eau. "J'ai remarqué qu'il fallait changer un peu les variétés, alors j'ai opté pour des variétés catalanes, de l'arbequine, qui donne de bons rendements réguliers avec peu d'entretien et peu d'eau." Cette variété, originaire d'Espagne, lui permet de maintenir une production stable malgré la pression climatique. À côté, il cultive aussi une variété locale, l'olivière, variété typique de l'Aude, dont les olives ont une forme de goutte d'eau, belle esthétiquement, mais plus exigeante en terme agronomique.
Malgré ses efforts, le climat n'épargne pas ses parcelles. L'été 2021, 2 ha partent en fumée lors d'un incendie. Ailleurs, les inondations ravagent une partie de ses plantations. "On a eu des hauts et des bas", résume-t-il sobrement. Mais l'homme avance, convaincu que la diversification est la clé.
Dans un petit moulin aménagé depuis 2 ans, il presse désormais sa propre huile. "Auparavant, il y avait un moulin tous les 25 kilomètres. Aujourd'hui ce n'est plus vraiment le cas même s'il subsiste par ci par là quelques structures qui travaillent bien." Ses bouteilles se déclinent en plusieurs gammes. Autour de l'huile, il a développé toute une gamme de produits : tapenades aux cèpes, girolles, tomates, courgettes, olivades classiques, ou encore huiles parfumées à la truffe qu'il récolte sur sa propre parcelle. "C'est mon père qui a initié les plantations de chênes truffiers dans les années 1970. Aujourd'hui les arbres sont toujours là et produisent la truffe que l'on incorpore dans notre huile. En parallèle, nous ne manquons pas l'occasion d'aller récolter des truffes sauvages."
Son idée la plus originale reste sans doute la bière à l'olive. Avec un brasseur de Cuxac-d'Aude, il expérimente l'infusion d'olives dans le malt et le houblon. "On fait brasser 600 litres à chaque fois, soit environ 1 800 bouteilles. On a ajouté de la spiruline locale pour la couleur et ça a donné une bière iodée. C'est tout nouveau et ça marche plutôt bien." Une innovation qui bouscule les idées reçues et ouvre la voie à l'originalité.
Afin de faire connaître son travail, il n'hésite pas à le faire savoir, notamment en organisant des animations directement au sein du magasin de vente. Les circuits courts, il en a fait une priorité. "Je ne fais que de la vente directe, que ce soit sur les marchés ou directement au magasin. Il y a beaucoup de monde, beaucoup de questions intéressantes. Chose qu'on ne voyait pas dans les années 1980."
À l'heure où les modèles agricoles se cherchent, il plaide pour la polyculture et le local. "Je pense qu'il faut miser sur la polyculture : des animaux, des cultures, un peu de tout pour que le système tienne en place et soit résilient au mieux. Pour un jeune aujourd'hui, si on n'a pas de foncier ni de matériel, c'est quasiment mission impossible. Mais sur de petites surfaces, avec plusieurs activités, ça peut être viable."
L'avenir passe selon lui par la diversification, mais surtout par l'agritourisme. "Avant, c'était l'agriculture qui attirait le tourisme. Aujourd'hui, c'est le tourisme qui attire l'agriculture", observe-t-il sans toutefois ignorer les difficultés, qu'elles soient climatiques, foncières ou administratives. Néanmoins, il garde une forme d'optimisme, surtout à court terme. "Le problème, ce n'est pas vendre, c'est produire et au prix juste." Dans cette équation complexe, il a trouvé sa voie, celle d'un enseignant resté fidèle à l'histoire, mais qui écrit désormais la sienne dans les oliviers du Minervois.
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