Marquixanes
Grenades, figues, châtaignes, romarin, thym, lavande, rose de Damas, immortelle...
À Marquixanes, l'arboricultrice Valérie Pauco s'est lancée dans la distillation il y a quelques années. Entre tradition et recherche, elle réinvente un territoire où la nature et la volonté se mêlent comme les notes d'une huile essentielle.
C'est la saison de la cueillette du romarin pour Valérie Pauco.
© Crédit photo : AV
Dans la lumière rasante de la fin d'après-midi, le champ de romarin s'étend en vagues bleutées. Entre les rangs, un papillon blanc se pose sur une fleur. Valérie Pauco, accroupie, cueille à la main : "Comme il a poussé ! Il a pris presque dix centimètres en quelques semaines", sourit-elle en caressant la plante. Après deux années de sécheresse, les pluies d'automne ont réveillé la nature.
À Marquixanes, dans ce coin du Conflent où le Canigou veille au loin, la famille Pauco cultive la terre depuis le XIIIe siècle. Fille d'un arboriculteur et d'une professeure issue d'une longue lignée d'enseignantes rurales, Valérie a grandi entre les vergers et l'école. Quand son fils Raphaël est né, en avril 2011, elle a construit un cabanon de bois dans le champ pour qu'il soit toujours à ses côtés. "Il dormait là pendant que je travaillais. C'est mon père qui le gardait sur place." Trois générations réunies, sur la terre familiale.
En 1985, la filière viticole traverse une période de forte mévente. Dans le Conflent comme ailleurs, certains producteurs peinent à écouler leur vin. L'État propose alors une prime d'arrachage. Les vignes de la famille Pauco disparaissent ainsi, emportant avec elles une part d'histoire.
Les parcelles, laissées en repos, se referment peu à peu, gagnées par la végétation... jusqu'à ce que Valérie les défriche en leur imaginant un nouvel avenir : y faire pousser des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), plus adaptées au sec et porteuses d'un projet cohérent pour l'exploitation.
En 2020, elle se lance. Les anciennes vignes laissent place au romarin, au thym, à la lavande officinale, à la lavande aspic, à l'immortelle et à la rose de Damas. Des cultures sobres, adaptées au climat. De ces terres abandonnées, elle fait naître un nouvel élan. Chaque choix, chaque culture répond à la même idée : celle d'une adaptation patiente et lucide, née de la curiosité et des constatations empiriques.
En 2021, Valérie réalise ses premières distillations et met en vente ses produits bruts : hydrolats et huiles essentielles. L'année suivante, elle se forme à la cosmétique naturelle auprès de Valérie Paolinetti, qui lui enseigne l'art des dosages, des textures, de la stabilité des formules. Sa marque s'appellera 05, clin d'œil à son jour de naissance - le 5 avril 1974 - comme un porte-bonheur discret.
Face à la pression constante du contexte climatique, Valérie observe, teste, compare. Elle prend des notes à chaque récolte sur les réactions des plantes et sur les rendements.
Sur ses parcelles, elle a remarqué que les romarins les plus vigoureux sont ceux qui bénéficient d'un peu d'ombre dans la journée. De ces observations est née une idée simple : repenser l'organisation du champ. Elle prévoit désormais un rang d'oliviers tous les cinq rangs de PPAM, pour créer une ombre portée. Elle réfléchit aussi à un arrosage ponctuel après la coupe, limité à une fois par an, pour aider les plantes à se régénérer sans compromettre leur résistance naturelle. Rien d'automatique : juste des adaptations basées sur l'observation.
Pour Valérie, la recherche permanente est une pierre angulaire de son activité : "Être agriculteur, c'est un métier passionnant quand on est curieux. On est toujours en train de chercher une solution à nos problèmes. Par exemple, les changements de climat ont toujours influencé l'agriculture et elle s'est toujours adaptée", dit-elle calmement en évoquant la sécheresse de 1926. "C'est l'avantage d'avoir des ancêtres qui ont pratiqué la même activité que moi : j'ai l'historique", ajoute-t-elle dans un sourire.
Dans l'atelier de Valérie, chaque distillation devient un apprentissage. L'alambic fonctionne à petite échelle, dans un esprit de sobriété et de précision. À chaque passe de distillation, Valérie charge environ 25 kilos de fleurs : elle en tire 25 litres d'hydrolat et quelques dizaines à une centaine de grammes d'huile essentielle seulement, selon la plante et les conditions (NDLR : l'huile essentielle se mesure en kilogramme et non en litre).
Les rendements varient selon les années, la plante et le moment de la coupe, mais le geste reste le même : patient, précis, presque méditatif. "Il faut beaucoup de matière, de temps et de respect pour faire peu. C'est pour ça que c'est si précieux", résume-t-elle simplement.
Pendant longtemps, elles n'étaient que deux : Valérie et sa mère, Marie-Jeanne, qui continue de l'aider aux champs, saison après saison. Mais depuis quelques temps, un petit noyau s'est formé autour de Valérie : des producteurs du département animés par la même envie de donner une structure à la filière des PPAM dans les Pyrénées-Orientales. Chacun travaille à sa manière, mais tous partagent la même éthique : bio, artisanal, exigeant. Ensemble, ils envisagent de mutualiser le matériel, de se répartir les tâches, de faire circuler les savoirs.
"Jusqu'à présent, la filière n'était pas structurée, parce qu'il n'y avait pas de volume", explique Valérie. "L'idée est de créer une dynamique commune, de produire davantage en s'unissant, sans perdre l'âme du métier."
L'association en devenir pourrait un jour disposer d'un alambic collectif et même d'une marque commune, tout en préservant les identités de chacun.
Pour Valérie, cette démarche n'est qu'un prolongement naturel du métier. Elle parle volontiers de solidarité, d'entraide, de ce fil invisible qui relie les agriculteurs entre eux. "Plus on échange, plus on gagne du temps et de l'expérience", affirme-t-elle. "C'est déjà compliqué alors, si en plus on ne s'entraide pas, on ne s'en sortira pas."
La coopération, elle l'a toujours connue : "Autrefois, on vendangeait tous chez l'un, puis on allait tous chez l'autre. Il y avait une vraie communauté. C'est ça, la beauté de notre métier."
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