COMMISSION SÉNATORIALE
Le pastoralisme, pilier économique et écologique des territoires ruraux, est menacé par le loup et le climat. Les sénateurs proposent 13 mesures urgentes pour sauver ce modèle fragile, entre protection des troupeaux et valorisation des produits.
Parmis les 13 mesures proposées, l'une d'elles porte sur la demande de simplification d'installation de retenues collinaires pour l'abreuvement des animaux et la lutte contre les incendies.
© Crédit photo : Cerpam
Au-delà des images d'Épinal, le pastoralisme joue un rôle économique majeur pour les filières agricole et touristique, anime les territoires de montagne et ruraux et participe à l'ouverture des milieux, et au maintien de la biodiversité. "Mais le modèle pastoral est en pleine transformation, en raison du changement climatique et des contraintes qui pèsent sur lui", posait en préambule Dominique Estrosi Sassone, présidente de la commission sénatoriale, le 3 juin dernier.
"Si le métier de 'gardien de troupeau' attire de nouvelles générations, la trop faible valorisation des produits et services rendus par le pastoralisme a aujourd'hui des conséquences qui ne sont pas neutres pour les territoires concernés", poursuit la sénatrice des Alpes-Maritimes.
Des raisons qui justifient le lancement de cette mission "portée de façon transpartisane" et votée à une large majorité, avec une seule abstention : celle des Écologistes. Les sénateurs l'ont annoncé : ce texte viendra amender le projet de loi d'urgence agricole, votée à l'Assemblée nationale et qui sera débattu au Sénat fin juin.
"Le pastoralisme est une véritable activité, avec des particularités qui lui sont propres et un poids économique que peu connaissent", pose le sénateur vauclusien, Lucien Stanzione : 35 000 exploitations élevant 27 millions de ruminants et occupant 20% du territoire, un poids économique estimé à 8,5 milliards d'euros par an, et même 10 Mds€ en intégrant les services rendus. "C'est loin d'être anecdotique, en particulier pour les zones concernées, souvent des zones déshéritées." D'autant que le pastoralisme répond aux nouvelles attentes des citoyens : bien-être animal, impact environnemental, ouverture des milieux, stockage du carbone, défense des fôrets et lutte contre les incendies... "Mais c'est un modèle fragile soumis à des contraintes croissantes, avec un effet ciseau entre les contraintes - eau, prédation, prix du foncier - et une valorisation insuffisante des produits et des services rendus, le tout accentué par le changement climatique galopant."
Pour les bergers et les troupeaux, la première contrainte est celle du loup. La détresse des éleveurs et des bergers était d'ailleurs palpable "lors des 28 auditions que nous avons menées", pointe sans fioriture le sénateur du Puy-de-Dôme, Jean-Marc Boyer. "Ils nous ont adressé un terrible cri d'alarme que nous ne pouvons nier. Il faut trouver des solutions sécurisant l'activité du pastoralisme", qui enregistre +10% d'attaques lupines et +15% d'animaux victimes dans les 67 départements désormais impactés en France. "Attention : réguler ne veut pas dire anéantir, mais bien réguler les populations. Et la France ne peut le faire seule. L'État français doit avoir le courage de demander à l'Union européenne le retrait du loup de la liste des espèces protégées, car la dynamique de population actuelle n'est pas soutenable pour l'avenir du pastoralisme", résume le sénateur du Puy-de-Dôme.
Actuellement, les politiques de protection contre le loup représentent 43 millions d'euros par an, issus du budget du ministère de l'Agriculture, auxquels s'ajoutent 5 M€ du ministère de l'Environnement. "C'est clairement déséquilibré. Nous proposons donc que les actuels 20% de reste à charge aux éleveurs pour le déploiement des mesures de protection soient désormais financés par le ministère de la Transition écologique", présente Jean-Marc Boyer.
C'est l'une des 13 mesures proposées par la commission1. Surtout, l'une des cinq dédiées au soutien envers les éleveurs pour leur permettre de défendre leurs troupeaux face au loup. La mission propose ainsi l'inscription - dans la loi d'urgence agricole - de l'autorisation, sous conditions, des lunettes à visée thermique aux éleveurs et à leurs mandataires dans le cadre des tirs de défense ; l'autorisation des tirs d'effarouchement et de défense dans les réserves naturelles et les parcs nationaux où la chasse est déjà autorisée ; et "le remboursement des frais liés aux conditions d'exercice des missions confiées aux lieutenants de louveterie, qui sont, rappelons-le, des bénévoles". Les rapporteurs proposent également de "fiabiliser l'estimation de la population lupine", en inscrivant le recueil des indices génétiques de présence du loup parmis les missions des Fédérations départementales des chasseurs ; et en "développant un programme de coopération transfrontalière avec l'Espagne, l'Italie et la Suisse".
Mais ces propositions ne pourront, seules, sauver le pastoralisme. Huit autres mesures sont ainsi avancées par les sénateurs. Trois pour lever les contraintes et autres fragilités qui pèsent sur le pastoralisme. Deux pour mieux prendre en compte les spécificités de cette pratique dans le cadre de la prochaine programmation de la PAC, dont "le maintien, voire le renforcement, de l'indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN)", résume fermement le Morbihannais, Yves Bleunven. Et trois autres, enfin, pour "mieux valoriser les produits et les services rendus par le pastoralisme", en préservant notamment les outils de transformation locaux que sont les abattoirs et en valorisant les produits sous le label existant des'Produits de la montagne'.
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