Sur le rond-point de la Paix, au Cannet-des-Maures, près d’une cinquantaine d’agriculteurs ont répondu à l’appel de la FDSEA et des JA.
À Cuers, Gassin, Fayence, Hyères, comme au Cannet-des-Maures, c’est à grand renfort de tracteurs, slogans et banderoles que les agriculteurs ont voulu faire passer leurs messages à la population, ralentissant la circulation, distribuant des tracts, et allumant par endroit des “feux de la colère”.
Parmi les manifestants, c’est d’abord le sentiment d’un matraquage devenant insupportable qui s’exprime. “Nous en avons marre d’être critiqués et dénigrés comme on l’est actuellement, dès que nous sortons le tracteur sur nos exploitations, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, où l’on se fait insulter à la moindre occasion. Les gens doivent comprendre que l’on croule sous les contraintes, les normes, les réglementations. Si beaucoup nous témoignent de la sympathie, on est face à une classe socio-économique de ‘bobo écolo’ très influente, qui cause énormément de tort au monde agricole”, explique Anthony Sénéquier, président des Jeunes agriculteurs du Var. “Aujourd’hui, on est traité d’empoisonneur et d’assassin par des gens qui font des centaines de kilomètres chaque jour avec la climatisation ou le chauffage dans la voiture pour aller travailler, qui prennent l’avion pour aller faire des marches dans le Tibet, qui s’installent à la campagne sans avoir jamais vu un agriculteur. Ces gens-là nous jugent et nous condamnent sans rien connaître de nos métiers”, déplore vivement Sylvain Audemard, secrétaire général de la FDSEA 83.
Agribashing, ZNT, pesticides, traités de libre-échange… : les nombreuses raisons de la colère
Et la consultation publique – organisée par le gouvernement en vue d’établir des chartes de bon voisinage – est une cruelle déception pour les agriculteurs. Pour Sylvain Audemard, “le débat est biaisé du départ. Cette consultation s’est tenue pendant les vendanges, uniquement sur Internet. Et puis les agriculteurs ne représentent qu’1 à 2 % de la population”, pointe le représentant syndical. “Ces chartes se voulaient concertées entre riverains, agriculteurs et administration. Mais voilà que début juillet, une directive du ministère de l’Environnement a voulu nous imposer des zones de non-traitement démesurées autour des habitations, des horaires pour traiter, et nous obliger à prévenir nos voisins 12 heures avant traitement. On voit l’incompétence des hauts fonctionnaires, qui ignorent que l’on travaille avec la météo, en fonction du vent ou de la pluie. On veut réduire les produits phytosanitaires, mais les gens râlent contre les nuisances quand on traite la nuit, alors que le végétal est plus réceptif, qu’il y a moins de dérive et que cela nous permet de réduire les doses. Ils râlent contre le bruit et la poussière, quand on travaille le sol plutôt que de mettre de l’herbicide. On ne peut pas travailler sereinement dans de telles conditions”, tempête Sylvain Audemard.
“Il faut expliquer ce que sont les pesticides qui peuvent être chimiques ou naturels. On les utilise pour soigner nos productions, au même titre que les gens prennent des médicaments pour se soigner. Sans pesticides, il n’y a plus d’agriculture possible”, défend le secrétaire général de la FDSEA. “D’autant que les agriculteurs sont engagés pour l’environnement et la biodiversité. Le Var est le premier département bio de France. Beaucoup d’exploitations obtiennent la certification Haute valeur environnementale. La Chambre d’agriculture accompagne une vingtaine de fermes pilotes et des groupes de travail et de réflexion, pour porter des techniques alternatives. L’agriculture française est la plus durable au monde. 300 molécules ont été retirées en France, alors qu’elles restent bien souvent autorisées dans d’autres pays européens, sans compter les pays hors Union européenne”, martèle le syndicaliste.
Du côté des agriculteurs, JA et FDSEA restent mobilisés. Une autre journée d’action est d’ores et déjà prévue le 22 octobre.
Gabrielle Lantes
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