GARD
À Lussan, Luc Hincelin, éleveur de brebis, perpétue un pastoralisme ancestral en garrigue. Ancien président de la Fédération départementale ovine et élu de la Chambre d'agriculture, il a en parallèle développé une passion pour... les poneys shetland. Rencontre.
Luc Hincelin est éleveur de brebis et de poneys Shetland à Lussan.
© Crédit photo : JB
"Il ne faut jamais aller vers eux, ce sont eux qui viennent vers toi", explique Luc Hincelin, éleveur de brebis à Lussan. En ce mois de janvier, ça gambade partout dans la bergerie. Dans les cases d'agnelage, les agneaux nés cette nuit. "Il va naître 280 agneaux cette année", précise-t-il. Tarasconnaises pour la majeure, il y a parmi ces brebis reconnaissables à leurs cornes quelques bêtes croisées, avec des rouges du Roussillon. "C'est un peu ma marque de fabrique", lance-t-il en pointant du doigt l'une d'entre elles, blanche aux tâches marrons.
Originaire de Ganges, Luc Hincelin, 66 ans, baigne dans l'élevage de brebis depuis l'âge de 12 ans. "Je me suis installé une première fois hors cadre familial à Ganges en 1980 jusqu'en 1986", raconte-t-il. "Puis j'ai fait un break de 10 ans suite à des problèmes de foncier." Cadre supérieur dans le recrutement et la formation, l'appel des brebis se fait cependant trop fort et il se réinstalle en 1998, en reprenant une petite exploitation céréalière. "Il n'y avait pas de brebis, j'ai tout recréé et j'ai fait de la reconquête pastorale", se souvient-il.
Alors qu'il commence avec 200 brebis, le "berger-éleveur" en a géré jusqu'à 500, jusqu'à 2022, année de grande sécheresse qui l'a contraint à vendre sur Le bon coin 180 tarasconnaises. "Vendre une partie du cheptel est une obligation pour maintenir le reste du troupeau en état", disait-il à l'époque auprès de nos confrères d'Ici Gard Lozère.
Passionné de pastoralisme, Luc a de suite pratiqué ce mode d'exploitation naturelle. Les 260 bêtes actuelles pâturent 350 ha de garrigue. "Six mois de l'année, je les garde. Les brebis sont deux mois en bergerie à l'agnelage et après elles passent quatre mois en parc dans les bois", précise-t-il, témoin de trente années de confiance avec la mairie et les propriétaires privés pour entretenir le milieu.
Si sa façon de garder a légèrement évolué avec le parcage des bêtes, qui permet de "faire des économies en restant sédentaire", pour lui, rien n'a changé. "Mis à part un peu plus de mécanisation, le métier de berger reste le même depuis des millénaires."
Derrière sa carrure imposante et son franc-parler, Luc Hincelin s'est beaucoup investi pour le collectif. Président de la commission élevage à la Chambre du Gard pendant deux mandats, il a également présidé la Fédération départementale ovine (FDO) pendant une douzaine d'années. "J'aime bien m'occuper des autres et j'ai donné beaucoup de temps en délaissant un petit peu mon travail. C'était par conviction", avoue-t-il. "J'ai travaillé sur beaucoup de sujets, comme la prédation, et cela m'a permis de rencontrer des personnes intéressantes au niveau national."
Si l'envie de s'investir est réelle, elle se heurte parfois aux difficultés de la réalité. Sécheresse, dégâts causés par les sangliers, il était aussi sur le pont au moment de la fermeture de l'abattoir d'Alès en 2015. "J'ai également participé à rendre éligible les parcours boisés et peu productifs. Mais se faire entendre, c'est compliqué. J'ai proposé des choses, peut-être trop tôt. L'idée de lancer une marque pour l'agneau du Gard, je l'avais proposé il y a 15 ans, mais ça n'a jamais abouti car les gens n'étaient peut-être pas prêts. Je souhaite qu'elle fonctionne", espère-t-il, évoquant la marque Pastre, inaugurée fin novembre dernier1.
Si le collectif l'a animé pendant de nombreuses années, Luc Hincelin est également tombé dans une passion bien singulière, celle de l'élevage des poneys shetland.
"Elle, c'est une jument d'origine hollandaise avec sa pouliche de l'année", présente Luc en montrant du doigt l'équidé. "Ce poulain est un mini shetland, c'est-à-dire qu'il ne va pas dépasser 85 cm. Et celle-ci fait 1,10 m, mais elle est hors standard. Elle ne peut pas faire les concours 'Modèle et allures', mais elle peut faire les concours sport." Luc Hincelin ne s'arrête plus de parler en présence de ses poneys Shetland. "Je viens les voir tous les jours".
Race originaire des îles du même nom situées au nord de l'Écosse, ces poneys sont l'une des plus petites races de chevaux au monde, adaptés à leur milieu rigoureux originel et autrefois utilisés dans les mines des îles britanniques. Sur la parcelle, uniquement des femelles et leurs poulains, pas encore sevrés. "Celle-ci s'appelle Lotus et cette année, c'était une année en P. Je voulais appeler la pouliche ''PQ', mais ma fille m'a dit 'Surtout pas' !", s'amuse-t-il.
Sa passion remonte à une quinzaine d'années. "Un jour, j'ai acheté Sangria pour faire de l'attelage et je suis tombé amoureux du shetland. C'est une race, donc ils sont tous 'plein papier', inscrits au stud-book [registre d'élevage officiel, ndlr]." Le coup de cœur pour la génétique et la rusticité a fait son effet : 22 poneys pâturent aujourd'hui les terres de l'exploitation et les bois de Lussan, en compagnie des brebis. Sur une autre parcelle, l'un des deux géniteurs, Dundee, reconnaissable à ses "oreilles courtes typiques de la race", profite de deux hectares avec une ponette. "Elle est gestante et mettra bas au mois d'avril." À l'âge de trois ans, les poulains, prêts à être débourrés, seront vendus à des particuliers ou à des centres équestres.
Côté gestion de l'exploitation, Luc Hincelin est aidé par sa femme Nathalie pour l'administratif. Il peut également compter sur sa fille Fanny, qui lui donne un coup de main le matin, elle-même éleveuse à La Bruguière. La relève se dessine aussi autrement : son fils Arnaud porte un projet d'agritourisme sur l'exploitation familiale, avec l'idée de faire découvrir les brebis et les poneys shetland.
La passion a été transmise et à 66 ans, Luc Hincelin se prépare doucement à lever le pied. "Encore un an avec les brebis, et après je me consacrerai aux poneys", sourit-il. "Une retraite bien méritée après 40 ans au service de l'agriculture française", sans jamais vraiment quitter les champs. Car chez Luc, qu'il s'agisse de brebis ou de shetland, le lien au vivant ne se met pas à la retraite.
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