CIRCUITS COURTS
Installés à Sainte-Marie-la-Mer depuis une dizaine d'années, Christian Pagnutti et Karine Zullik cultivent plus que des fruits et des légumes. Sur cette exploitation pensée comme un écosystème nourricier, le couple a patiemment construit un modèle singulier, guidé par une approche agroécologique. Une démarche qu'ils prolongent à travers un marché de producteurs engagé.
"Nous avons décidé de créer notre propre marché, qui soit au minimum local et bio." Se tenant toute l'année, jusqu'à une centaine de clients peuvent se croiser aux beaux jours.
© Crédit photo : AV
"Le bio est devenu industriel ", glisse d'emblée Christian Pagnutti. Une observation qui l'a conduit, au fil des années, à affiner sa propre pratique. Terreau, semences, irrigation... chaque choix s'inscrit dans une démarche visant à réduire les intrants et à préserver les équilibres naturels.
Ainsi, le projet des 'Jardins de Pabirans' a grandi pas à pas. "Il y a dix ans, on avait 3 500 m² de jardin. Aujourd'hui, on a 2,5 hectares sur trois terrains. On s'est agrandis pour devenir une ferme qui nous fasse vivre, ainsi qu'un employé à temps plein et un saisonnier", retrace Christian. Au cœur de l'exploitation, une forêt nourricière foisonnante où cohabitent entre 350 et 450 arbres et baies : pêchers, pommiers, nashis, kiwis, cerisiers, cassissiers, mûriers, vignes résistantes aux maladies, mais aussi poivres de Timut ou de Sichuan. Une diversité assumée, pensée pour favoriser les équilibres naturels. Le choix d'aller "au-delà du bio", comme le revendique Christian Pagnutti, implique aussi d'accepter une part d'incertitude. "Dans la forêt, à part les prunes et les raisins, le reste est assez aléatoire", reconnaît-il simplement. Côté maraîchage, la diversité devient même une signature. "Le fait de produire nous-mêmes nos plants nous permet de cultiver de nombreuses variétés en petites quantités : une trentaine d'une sorte, une vingtaine d'une autre. À l'inverse, chez un pépiniériste, les volumes minimums tournent autour de cent plants, ce qui rend ce type de diversité difficile", explique le maraîcher. Une richesse végétale impressionnante : entre 25 et 30 variétés de tomates anciennes, 12 de poivrons, près de 25 variétés d'aubergines, quatre de concombres, cinq de piments doux et forts... À cela s'ajoutent melons, pastèques, haricots verts, gombo réunionnais, mini-légumes, fleurs comestibles ou encore des plantes aromatiques comme le thym orange, la sarriette, le serpolet ou la pimprenelle.
Dans ce contexte, Christian Pagnutti défend une vision très locale de l'agriculture. "À Villelongue, il reste moins de 30 agriculteurs, contre 500 autrefois. Moi, je crois au circuit très court et à une souveraineté alimentaire presque à l'échelle de la commune", propose Christian Pagnutti. "J'ai horreur de voir des fruits et des légumes en provenance d'Espagne partout sur les marchés", confie-t-il. "Alors Karine et moi avons décidé de créer notre propre marché, qui soit au minimum local et bio."
Un projet, sans droit d'entrée pour les producteurs, né simplement avec un apiculteur du coin, puis enrichi au fil du temps : un maître savonnier, un producteur d'amandes "sous toutes ses formes" et d'huile d'olives, un éleveur de cochons, un chevrier, un boulanger en semences paysannes, une productrice d'œufs fermiers... Le marché se tient toute l'année. Aux beaux jours, jusqu'à une centaine de clients peuvent s'y croiser.
Au-delà de l'activité économique, c'est une ambiance particulière qui s'y installe. "On organise aussi ce marché parce qu'il apporte de la vie, une vie qu'on ne retrouve pas dans un supermarché, où l'on ne passe pas une heure à discuter avec une caissière", glisse Christian Pagnutti, avec un sourire complice. "Quand on a imaginé les Jardins, au départ, c'était pour accueillir les gens dans un havre de paix qui leur fasse du bien... et leur proposer des fruits et légumes qui leur fassent aussi du bien."
L'entrée prochaine des 'Jardins de Pabirans' dans le réseau 'Slow Food Farms' vient consacrer cette démarche, à la croisée de l'agroécologie, du circuit court et du lien social. Concrètement, ce réseau international rassemble des fermes engagées dans une même vision : produire une alimentation "bonne, propre et juste", en respectant les équilibres naturels, en valorisant les ressources locales et en recréant du lien direct avec les consommateurs.
Mais cette reconnaissance n'efface pas les fragilités. Cette année, les inondations et la tempête ont durement touché les'Jardins de Pabirans'. Face à ces aléas, la solidarité s'organise. Les habitués ont lancé une cagnotte pour soutenir la ferme. Une manière, là encore, de prolonger le lien. Car ici, le marché est un espace vivant, où se tissent des relations durables et où, saison après saison, se dessine une autre manière de produire, de consommer... et de faire société.
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