Var 04/03/2021
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Millésime 2020 en Provence : “Tout est allé très vite”

Pour sa cinquième édition, la conférence du millésime par la Société du canal de Provence s’est tenue le 11 février, pour la première fois sous la forme d’un webinaire interactif. Retour sur un millésime qui a été aussi celui du Covid, où rien n’a été simple pour la profession.

C’est principalement sur les périodes 2 et 3 – lorsque l’architecture foliaire se met en place et le déficit hydrique apparaît – que le potentiel œnologique du fruit est déterminé. © E. Delarue

Depuis quelques années, les rendez-vous organisés par la Société du canal de Provence (SCP) et Fruition sciences autour du millésime en Provence réunissent vignerons, scientifiques et leaders du secteur. L’objectif est ici d’échanger sur la récolte de l’année précédente, à la lumière des récentes découvertes scientifiques et des nouvelles données disponibles.

Ce millésime 2020 a aussi été celui du Covid, et rien n’a été simple pour la profession. Quand les vignes se réveillaient, la France se confinait. Et, comble de difficulté, un coup de froid s’abattait sur une grande partie des territoires, varois notamment. “Il est essentiel de relire chaque année les trajectoires des millésimes, pour comprendre leurs spécificités et en tirer des leçons. Ces précieuses informations permettent ensuite d’anticiper au maximum et de planifier des investissements, tant pour les vignerons en adaptant leurs conditions d’exploitations, que pour la Société du canal de Provence, avec l’aménagement de ses nouveaux réseaux”, soulignait Alice Ract Madoux, responsable ‘Agronomie et développement de l’irrigation’ à la SCP.

Une méthode séquencée

L’une des grandes caractéristiques du dernier exercice est qu’au printemps, “outre la complexité d’une organisation inédite dans les caves, tout est allé très vite, avec une accumulation rapide du temps thermique. Tout a poussé très rapidement avec un développement foliaire important”, résume la spécialiste. Ainsi, à la lecture des événements climatiques qui ont influencé la saison, les ingénieurs de la SCP et de Fruition sciences retiennent aussi un millésime qui n’a été dégradé ni par les excès de températures, ni par la chaleur avec, in fine, des rendements plutôt bons et une qualité au rendez-vous.

Pour décortiquer l’impact du climat sur les performances du vignoble, les deux partenaires ont mis au point une méthode séquencée, en fonction d’indices physiologiques. Ils permettent de jalonner des changements importants au cours du cycle du développement de la plante et donc, d’anticiper les performances du vignoble.

Pour l’analyse climatique 2020, les experts se sont concentrés sur trois spots : l’appellation Sainte-Victoire, Bandol et le Sud-Luberon.

La période 1, calée entre le 1er janvier et le 1er avril, correspond au repos végétatif et se termine avec le débourrement. En 2020, une pluviométrie moyenne a pu être observée sur les trois secteurs, avec des sols déjà précédemment rechargés. “Par rapport aux hivers secs, on pouvait s’attendre à une bonne minéralisation de l’azote. Les réservoirs racinaires étaient remplis, et l’on anticipait une bonne alimentation de la croissance végétative”, commente Thibaut Scholasch, de Fruition sciences.

Développements végétatifs importants

La période 2, calée du 1er avril au 21 juin, marque le moment de la floraison et de la nouaison. Mais cette phase détermine également l’architecture foliaire de la plante. C’est le temps où les capacités hydrauliques de la plante vont être calées, et le pic d’accumulation en azote atteint.

Sur les trois secteurs, une accumulation de temps thermique (degrés supérieurs à 10°C/jour) supérieure aux années précédentes est observée, avec des disparités entre le Sud-Luberon, un peu plus bas, et Bandol, particulièrement haut.

Sur cette période, les précipitations ont été plus abondantes que la campagne précédente, mais plus faibles qu’en 2018. Sauf peut-être sur le secteur de Bandol, où les accumulations ont été assez modestes sur cette phase printanière. L’indice de sécheresse y était aussi plutôt élevé, comme dans le Sud-Luberon, mais dans la moyenne sur le secteur Sainte-Victoire. On pouvait donc s’attendre à des développements végétatifs luxuriants sur le printemps.

La 3e période observée est généralement marquée par l’apparition du déficit hydrique, et s’achève au moment de la véraison. Cette campagne, elle était calée entre le 21 juin et le 1er août. À noter que plus elle est étroite, plus les éventualités d’un déficit hydrique sont limitées. “Cette période a un impact direct sur le potentiel œnologique du fruit (taille maximale de la baie, quantité maximale de sucres et potentiel polyphénolique, ndlr). Et l’on mesure précisément, jour après jour, la satisfaction des besoins en eau de la plante, ce qui nous permet ainsi de projeter le potentiel œnologique de l’année”, explique Thibaut Scholasch.

Or, très peu de pluies se sont abattues sur la région sur cette période, l’indice de sécheresse étant élevé, tout comme le cumul de temps thermique. “Cet enchaînement de conditions pouvait provoquer, dans certains sites, un risque de déficit hydrique préjudiciable aux précurseurs aromatiques que l’on recherche dans les rosés. Les préconisations – au travers des bulletins techniques – ont été très réactives vis-à-vis de l’irrigation, et d’autres opérations envisageables, comme la réduction de la surface foliaire pour limiter les pertes en eau”, ajoute l’expert.

La véraison et l’accumulation active de sucres caractérisent ensuite la période 4, située entre le 1er août et le 15 septembre cette saison. Il s’agit d’une phase très importante dans le contexte du réchauffement climatique, où il est important de décorréler le suivi de la concentration en sucres de l’accumulation de la charge en sucres. La photosynthèse demande aussi à ne pas être perturbée, pour assurer le bon chargement des baies. Les conditions climatiques ont été, sur cette période, marquées par des précipitations plutôt faibles, mais elles sont arrivées en toute fin de période. L’indice de sécheresse était plutôt élevé, avec une consommation d’eau forte et des températures maximales dans la moyenne de 2018-2019.

Pas de perturbation de la charge en sucres

“Dans le contexte du millésime, cette aridité atmosphérique basse laissait préjuger d’un millésime favorable, au maintien de l’intégrité hydraulique des plantes. À l’exception de certains sites, on n’a pas observé de perturbations de la charge en sucres d’une manière générale, contrairement à l’année précédente, marquée par des épisodes de canicules et d’effet ‘four’ très intenses”, ajoute Olivier Garcia, agronome œnologue à la SCP.

Ainsi, d’après les experts, ce millésime 2020 a été marqué par la sécheresse et non par l’aridité atmosphérique, contrairement à 2019.

Enfin, dernier stade, la période 5 (du 15 septembre à la fin des vendanges) se caractérise par un pic d’accumulation physique d’anthocyanes. C’est aussi une période où les fluctuations de l’aridité atmosphérique, plus que de l’état hydrique, peuvent affecter les pertes de rendements, les dégradations de couleur et l’augmentation du degré alcoolique.

Sur la période, il y a eu parfois beaucoup d’eau, comme dans le Sud-Luberon. Les jours ont commencé à rafraîchir, avec un indice de sécheresse très bas et des températures maximales également plus faibles que les années précédentes. Ces conditions ont été, au final, très favorables à l’obtention de niveaux de rendement élevés, de fréquences de dessèchement plutôt faibles et d’une production de grosses baies.

Emmanuel Delarue

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