fromagerie roumanille
Quand les difficultés surviennent et s'accumulent, difficile de sortir la tête hors de l'eau. La famille Chapeau vit à ses dépens une situation invraisemblable, dont elle n'a plus la maîtrise. Une démarche solidaire lui redonne le moral depuis peu.
Mélanie et Élise continuent de s'occuper des animaux, de la nourriture à la traite, en passant par les soins quotidiens, alors que leur production de tommes est à l'arrêt.
© Crédit photo : ED
La famille Chapeau élève des chèvres et produit du fromage dans les Alpilles depuis 11 ans. Mélanie et Jean-Marc ont démarré leur élevage en 1999, d'abord de vaches dans la Haute Vallée de l'Aude et dans les Pyrénées-Orientales, avant de venir s'installer à Saint-Rémy-de-Provence. Ils y élèvent des chèvres de race Alpine chamoisée, une race laitière rustique et bonne productrice qui correspond à ce qu'ils voulaient développer. Avec son mari, Mélanie a toujours été tournée vers les circuits courts.
Élevée dans cet environnement passionnant, leur fille de 22 ans, Élise, les a rejoints dans leur activité il y a deux ans. Une fois son apprentissage terminé, elle a intégré la structure en tant qu'associée. Fabrication des fromages, vente, mais aussi traite et soin des animaux... "Élise est la plus polyvalente chez nous", assure Mélanie, la maman.
Quand ils étaient tous les deux, Mélanie et Jean-Marc élevaient une quarantaine de chèvres. Avec leur fille, l'élevage s'est étoffé jusqu'à 92 bêtes l'année dernière. C'était avant qu'un incident sur leur cave à fromages ne vienne quasiment stopper net leur quotidien.
Au moment du Covid, la famille a parfaitement su s'adapter, durant le premier confinement, en permettant, par exemple, à des amis producteurs et artisans d'écouler leurs productions dans leur magasin. Avec le retour à la normale, le rythme a vite été repris.
Alors qu'Élise intègre l'élevage familial, les éleveurs font construire un nouveau bâtiment pour accueillir plus de chèvres et développer la production. Les investissements sont certes importants, mais la dynamique de croissance est là.
Sans prévenir, la guerre en Ukraine impose à la famille des hausses de charges conséquentes sur les prix des matières premières. La facture de leur projet d'extension s'alourdit. Les fondations étant faites, difficile de faire marche arrière.
Mais un accident vient enrayer bien plus gravement leur activité : en novembre dernier, l'évaporateur de leur cave à fromages - principal outil de fabrication de leur production -, remplacé pourtant en mars 2022, tombe définitivement en panne. La descente aux enfers commence pour les exploitants. Les charges se décuplent et leur chiffre d'affaires s'amoindrit de jour en jour.
Pourtant, la cave leur permet d'affiner dans des conditions optimales les tommes et d'en assurer la vente tout au long de l'année. Entièrement isolée, cette partie du bâtiment - construit en brique d'une capacité de stockage de 40 m3 - fonctionne à l'aide d'un évaporateur. Ce dernier permet de maintenir une hygrométrie de 95 à 98 % et une température entre 8 et 14°C. Quand les installations se sont arrêtées de fonctionner, le couple pense que leur remplacement se fera rapidement. Mais le dépannage ne se passe pas comme prévu : pour remplacer le matériel hors service, un délai de deux mois est demandé aux éleveurs. Inenvisageable pour Mélanie, qui voit arriver les périodes de Noël avec une cave pleine de fromages. Mais le couple, convaincu que le matériel est encore sous garantie, n'est pas au bout de ses peines. La perte de marchandises, plus de 700 kg de fromages, est très lourde. Les éleveurs se tournent alors vers leur assurance pour prendre en charge le préjudice.
Malheureusement, après plusieurs expertises et une bataille d'experts des différentes assurances concernées, le dossier révèle un défaut d'installation, que l'assureur de la famille ne peut couvrir. En effet, le frigoriste a installé un matériel proscrit en fromagerie. La panne était alors inévitable. S'ensuit alors une véritable guerre judiciaire entre experts, au milieu de laquelle les éleveurs s'efforcent tant bien que mal de survivre. Assurances, avocats, médiateurs... les éleveurs se tournent vers tout ce qui peut sembler être une issue à leur calvaire, alors que la situation financière de leur exploitation devient plus que préoccupante. Mais rien n'y fait. La cave ne peut être ni réparée, ni remplacée pour le moment. "Et au plan juridique, il ne faut pas compter de résultat au tribunal avant 2027, nous a-t-on assuré. Nous visons une situation surréaliste", déplore Jean-Marc. Leur bataille promet donc d'être encore longue et coûteuse.
Au printemps dernier, ils prennent la lourde décision de "vendre une quarantaine de chèvres, faute de pouvoir travailler et de transformer le lait produit. Nous avons encore malgré tout trop de lait, que nous sommes contraints de jeter régulièrement", explique Mélanie, le cœur gros.
La production et la commercialisation de tommes de chèvre permettaient à l'élevage de générer un chiffre d'affaires de 100 000 €, qui n'existe plus aujourd'hui, alors que les dettes fournisseurs et les charges continuent de courir. "Tant que nous n'aurons pas réglé notre dette, soit 32 000 euros, nous ne pouvons espérer obtenir de nouvel étalement de cotisations", explique Mélanie. C'est sans compter le remboursement des emprunts du nouveau bâtiment.
Élise a alors une idée : "Pourquoi ne pas lancer une cagnotte Leetchi ! On peut au moins essayer pour voir", explique-t-elle à ses parents. Si le concept ne les enchante guère au départ, l'enthousiasme de la plus jeune de la famille finit par les convaincre. Élise a su dépasser "la culture de la mentalité paysanne qui dit qu'il faut se débrouiller tout seul, ou encore la crainte du regard ou du jugement des autres". Toujours est-il que la démarche lancée il y a quelques semaines par la jeune éleveuse a suscité un bel élan de solidarité. Elle a surtout permis à la famille de parler et de ne pas s'enfermer, en lui redonnant un peu le moral.
Grâce à l'initiative, leurs difficultés sont ébruitées sur les réseaux sociaux avec le partage de la cagnotte. La famille est pourtant plongée dans le marasme depuis des mois. "Plein de gens sont contents de nous aider et nous disent : on ne savait pas. Mais il était difficile pour nous d'exposer notre situation sur tous les toits", reconnaît Élise. La cagnotte en question a déjà pu récolter à ce jour une quinzaine de milliers d'euros, et la participation de plus de 200 personnes.
Actuellement l'exploitation tourne à 50 %. Quand ils ont vendu leurs chèvres, les éleveurs ont pris quelques brebis pour diversifier un peu leur gamme. Ils produisent des yaourts, des glaces et du fromage frais. Des productions qui ne compenseront pas malgré tout le chiffre d'affaires de l'activité tomme. En plein désarroi après 24 ans de métier, Mélanie et Jean-Marc vivent à leurs dépens une situation invraisemblable. Les éleveurs se refusent pour l'instant de planifier quoi que ce soit. Ils verront avec le temps quelle autre orientation ils devront prendre, mais Mélanie songe à chercher un emploi et à sortir de la structure familiale.
Avec le recul, elle constate que "dans tout ce que l'on doit entreprendre dans notre métier, il faut vraiment être expert de tout, ne pas négliger quoi que ce soit. Ce qui est quand même inadmissible quand on fait appel à un professionnel", insiste-t-elle. "Le montant que nous pourrons récolter nous aidera toujours dans tous les cas", confie Élise. Pour sa part, Jean-Marc souhaite "simplement pouvoir vivre du métier. Un métier astreignant mais passionnant".
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