Aude, Gard, Hérault 04/08/2020
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Nathalie Caumette : “La diversité est un véritable atout pour notre appellation”

L’ODG Faugères était en assemblée générale le 22 juillet dernier. L’occasion de faire un point d’étape sur l’appellation avec sa présidente, Nathalie Caumette, ainsi que sur sa stratégie future.

Nathalie Caumette, présidente de l’ODG Faugères : “Il pourrait y avoir 2 000 ha à planter dans l’appellation. L’idée est d’avoir du vin à vendre.” © FG

Où en êtes-vous de la stratégie ‘Faugères, Grands vins nature’, initiée il y a deux ans à présent ? Et pourquoi avoir choisi cette voie, d’ailleurs ?

Nathalie Caumette : “‘Faugères, Grands vins nature’ est un plan décennal lancé en juin 2018, qui vise à l’abandon, à terme, des insecticides et pesticides. À Faugères, cette démarche ne date pas toutefois d’hier. Avec 45 % des surfaces engagées en bio ou en conversion alors que la moyenne régionale est autour de 11 %, et 80 % des producteurs avec au moins un engagement agroenvironnemental (AB, HVE, biodynamie, confusion sexuelle, enherbement, etc.), allant au-delà de ceux imposés par le cahier des charges, l’AOP Faugères est l’une des rares appellations à s’inscrire dans les objectifs du plan Écophyto 2018, qui vise à réduire de moitié l’usage des pesticides. Ici, c’est le territoire qui t’engage. Soit tu l’aimes, soit tu le quittes. Si nous y sommes aisément parvenus, c’est par-ce que notre engagement en matière d’agroécologie est ancien et très ancré sur notre territoire. C’est, en fait, une priorité pour nous.”

w Quand vous parlez de l’ancienneté de cet engagement, pouvez-vous être plus précise ?

N.C. : “C’est la première AOC viticole à avoir fait inscrire dans son cahier des charges des mesures agroenvironnementales. C’était en 2011. Parmi ces mesures, on peut, par exemple, citer l’obligation de l’enherbement permanent des tournières et celle de la pratique des couverts végétaux, au moins pendant la période de végétation de la vigne. La pratique de la confusion sexuelle est, par ailleurs, massive ici alors que le Département n’apporte plus de soutien financier à celle-ci. Tout cela pour dire que notre engagement est ancien, et se nourrit aussi du constat que l’on ne peut pas continuer comme cela, sinon, on ira droit dans le mur. 

Avec le plan ‘Faugères, Grands vins nature’, on rend “lisible” ces pratiques agroécologiques déjà existantes chez nous, et on peut s’en servir pour créer de la valeur ajoutée. Et, pourquoi pas, du fait de notre antériorité, prendre le leadership en matière d’agroécologie ? Et d’autant plus qu’ici, ce qui domine, c’est la diversité des pratiques et celle des écosystèmes. On peut trouver du bio, de la biodynamie, des couverts végétaux temporaires ou permanents, des MAE un rang sur trois, du labour, etc. La diversité est un véritable atout pour notre appellation.”

L’engagement agroenvironnemental et bio est une priorité à Faugères, on l’a compris. Mais aviez-vous vraiment le choix ?

N.C. : “Le terroir est à la fois la “contrainte” et la “solution”. C’est donc, en effet, une question de survie, mais aussi d’appartenance à un lieu, d’affection apportée à une terre et à un paysage. Ici, la Nature s’impose et impose. Et les vignerons composent. Il n’y a donc pas d’autre alternative que de penser nos pratiques “avec” la Nature, et non “sans”, et encore moins “contre”. L’histoire nous donne raison aujourd’hui, mais elle est loin d’être finie. Autrement dit, répondre aux défis qui sont aujourd’hui devant nous impose d’explorer le champ des possibles et d’expérimenter autant que faire se peut afin de transmettre aux générations futures. Nous avons donc décidé de faire appel à des experts, qui nous ouvrent les yeux sur le sol et les racines. L’idée est de faire de l’appellation un laboratoire à ciel ouvert. Il faut donc tenter, essayer, échouer parfois et recommencer.”

À quoi sert la lettre d’engagement que vous avez signée en août 2019 avec l’ensemble  des communes de l’appellation et la communauté de communes ? 

N.C. : “Elle s’intègre parfaitement dans cette démarche agroenvironnementale qui est la nôtre, puisque la viticulture, ce n’est pas juste une parcelle, mais surtout et avant tout un territoire. S’engager à préserver ce bien commun, c’est convoquer l’intérêt général, et donc s’engager de manière collective. Cette lettre d’engagement a, de ce fait, pour vocation de rassembler à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes tous aujourd’hui confrontés. Et, plus la démarche est globale, plus les processus écologiques seront considérés. Ainsi, cette démarche territoriale n’est pas qu’une méthode conseillée, c’est une condition de résultat. Avec cette lettre, on requiert l’engagement politique des élus de notre territoire pour soutenir et participer à la transition agroécologique. Concrètement, on demande aux élus de s’engager à maintenir l’agriculture comme une activité économique majeure de notre territoire et d’œuvrer ensemble au travers de problématiques communes que sont la gestion des ressources naturelles (eau, sol...), de la biodiversité, les ZNT, l’œnotourisme, etc.”

Parmi les orientations futures, certaines concernent-elles des évolutions dans le cahier des charges de l’appellation ?

N.C. : “Nous n’avons pas inscrits de nouveaux cépages, mais nous aurions besoin de faire évoluer certains points de ce cahier des charges, en faisant entrer des cépages patrimoniaux et des cépages résistants. Il serait opportun aussi de faire évoluer les contrôles, qui ne correspondent plus à ce qui se fait sur place. Par ailleurs, s’il faut rester en assemblages obligatoires, il serait judicieux de modifier les proportions de cépages. Les pourcentages définis sont complètement obsolètes, ne serait-ce que, par exemple, pour le mourvèdre atteint par l’esca. Ainsi, pour ce cépage, il serait peut-être intéressant de ne plus le rendre obligatoire du fait de cette maladie, mais nous n’avons pas encore travaillé sur ce sujet.”

En matière de vins rouges, blancs, et rosés, quels sont vos objectifs ?

N.C. : “On va axer les choses sur un rosé de terroir, qui assume sa couleur et qui peut se garder, tout en conservant les volumes produits, soit autour de
10 000 hl. On est donc sur une production qualitative. La proportion de blanc produit, soit autour de 2 000 hl, pourrait augmenter. En revanche, la diminution de la consommation de rouge est bel et bien actée. Nous, on travaille, entre autres, sur la mise en valeur du potentiel de garde des vins rouges. Ce que l’on cherche à Faugères, c’est, comme je le disais précédemment, de mettre en avant nos pratiques agroécologiques pour valoriser nos vins. 

Il pourrait y avoir 2 000 ha à planter dans l’appellation. L’idée est d’avoir du vin à vendre, et d’autant que je ne crois pas du tout que diminuer la production va faire augmenter le prix. Cela ne marche pas comme cela. On le voit avec Bordeaux, aujourd’hui. Baisser les rendements, c’est une folie, selon moi, car le rendement ne peut pas être une variable d’ajustement économique. À Faugères, l’idée n’est donc pas de limiter l’offre, c’est d’aller chercher la demande, de rendre les vins appétents et à des prix qui permettent aux viticulteurs d’être rémunérés de façon correcte, et, enfin, de pérenniser nos pratiques agroécologiques.”

Limiter la production, maîtriser les rendements, comme le préconise votre interprofession, le CIVL, n’est donc pas le bon raisonnement, selon vous ?

N.C. : “Pour moi, le diagnostic est erroné. Ce n’est pas un problème de surproduction, mais un problème de commercialisation. On est vraiment sur un raisonnement de marché erroné. Aussi la mesure proposée, qui consiste à gérer l’offre, ne nous convient pas. Ce n’est pas au producteur de remédier au défaut de commercialisation. Nous avons besoin, par ailleurs, d’avoir des chiffres plus précis, notamment sur l’export, car nous ne sommes que sur des estimations et sans que les appellations ne soient distinguées. Du coup, les données à disposition peuvent être biaisées. Or, il y a un véritable enjeu derrière le vrac notamment, à savoir les contrats. Cela questionne du coup le modèle retenu. Ne serait-il pas plus opportun de revoir nos contrats avec le négoce pour le vrac et les bouteilles ? C’est une question que l’on soulève.” 

Propos recueillis par Florence Guilhem

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