BASSIN DE THAU
Dans le cadre du contrat de filière conchylicole Occitanie, le Comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM) a lancé une série d'actions, dont une sur la table conchylicole du XXIe siècle, qui vise à lutter contre la malaïgue de chaleur. La première année d'essai montre un impact de l'oxygénation sur les conditions du milieu, mais les tests doivent se poursuivre.
La profession travaille sur la mise au point de tables conchylicoles du XXIe siècle, visant à réduire les problèmes de malaïgue en été.
© Crédit photo : DR
Jusqu'aux années 2010, le bassin de Thau était eutrophe et subissait une malaïgue à peu près tous les cinq ans. En cause : l'agriculture et l'urbanisation. "Il y a eu beaucoup d'argent investi dans l'assainissement autour du bassin de Thau par les pouvoirs publics, l'Europe, les professionnels, les collectivités, les communes et l'Agglo. Aujourd'hui, il n'est donc plus eutrophe, il est même oligotrophe, pauvre en azote et phospore. L'eau est très claire et vous voyez le fond à cinq mètres", indique Denis Regler, directeur du Comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM). Les malaïgues dues à l'eutrophisation, que l'on connaissait jusqu'en 2006 ont donc disparu. En revanche, le changement climatique a provoqué un nouveau type de malaïgue, qui est apparu en 2018 : les malaïgues de chaleur. En effet, le milieu marin dans le bassin de Thau est devenu plus salé en été (jusqu'à 42 grammes pour 1000 de salinité, alors que la mer est à 37 g pour 1000) et plus chaud avec des températures qui peuvent dépasser 30°C, deux conditions qui augmentent la sensibilité du milieu au phénomène de malaïgue. Même si le bassin de Thau est "une oasis de vie", les fortes chaleurs actuelles peuvent provoquer des mortalités. Pour les éviter, un remède : le vent. "Mais le vent vient quand il veut, et on se rend compte que depuis 10 ou 20 ans, on a beaucoup moins de vent du Nord. On avait à l'époque beaucoup plus de mistral et de tramontane, des vents violents qui balaient régulièrement." La réflexion logique des conchyliculteurs a donc été d'apporter eux-mêmes l'oxygène dont le milieu marin a besoin : ainsi est né le projet de table conchylicole du XXIe siècle, qui fait partie du contrat de filière mis en place par le CRCM, avec les partenaires de la profession. Si des essais avec des groupes électrogènes ont été testés par le passé, se retrouver avec un bassin farci de groupes électrogènes n'était pas du goût des professionnels. "Ce serait contraire à notre volonté de qualité écologique et contraire à l'image de marque de la conchyliculture dans le bassin de Thau." La profession s'est donc tournée vers une ressource renouvelable : le photovoltaïque. "Le solaire c'est logique : c'est l'été qu'on a le plus de risque de malaïgues et qu'il y a le plus de soleil." Dans le cadre du contrat de filière conchylicole Occitanie (un programme d'innovation de recherche et de développement de la profession soutenu par l'Europe, la Région, le Département, l'Agglo du Bassin de Thau), le CRCM a lancé une série d'actions, dont une pour l'adaptation au changement climatique avec les expérimentations autour de la table du XXIe siècle. "C'est un peu ronflant comme titre", sourit Denis Regler. "Il s'agit d'un programme dans lequel nous avons mis tout ce qui nous paraissait utile pour élever les coquillages dans les meilleures conditions et de façon durable dans le contexte du changement climatique". Des appels d'offres ont été lancés pour obtenir des réponses de la part d'entreprises spécialisées au niveau des équipements solaires à installer sur les tables conchylicoles, au niveau du système pour insuffler de l'air dans le milieu marin sous ces tables, et au niveau de l'effarouchage des oiseaux. Certains oiseaux, migrateurs ou locaux, ont parfois tendance à passer la nuit sur les tables conchylicoles, protégées par le statut Natura 2000 de Thau. Ils peuvent alors abandonner leurs fientes au moment de leur envol matinal, ce qui peut constituer un risque pour la qualité microbiologique du milieu.
Les propositions des entreprises Inergys et Duday (groupement d'entreprises piloté par un spécialiste local, Alain Duday) ont été retenues.
Si la seconde (deux systèmes : Airlift et Venturi) n'a pu être testée à cause d'un problème d'approvisionnement de composants électriques, la première a été testée du 3 août à la mi-septembre. Alimentée par 12 panneaux solaires, la technique d'Inergys consiste à insuffler de l'air sous pression dans les tables. Des bulles d'air de tailles différentes, et qui ont chacune leur intérêt, sont ainsi diffusées par de grandes "raquettes" rondes pour brasser et oxygéner l'eau. Des sondes positionnées sur les deux tables d'élevage pleines de coquillages permettent de suivre la qualité de l'eau en continu, et de tester les propositions des deux entreprises. Les résultats d'Inergys sont "encourageants". "Il n'y a pas eu de malaïgues cette année, mais quelques baisses du taux d'oxygène pendant le mois d'août, et nous avons constaté que leur système a presque comblé ce déficit. On voit donc que l'aération a un impact. C'est une expérimentation qui va durer, car il y a des améliorations à apporter. Les tests seront donc réitérés l'été prochain. Les professionnels seront alimentés en informations, car le but est de les inciter à s'équiper largement de système d'aération." Le but de cette expérience étant de pouvoir proposer aux professionnels des kits pour équiper leurs tables, qui correspondent à leurs besoins, avec des coûts, des amplitudes et des caractéristiques différents.
Le bassin de Thau subit des anoxies (plus d'oxygène dissout dans l'eau) dues à l'eau chaude et salée de la période estivale, et au manque de vent. "Une partie des algues meurt, et comme les feuilles des arbres à l'automne, elles se déposent au fond et se décomposent ; l'humus ainsi créé consomme de l'oxygène. Et dans des étangs conchylicoles, cela étouffe les poissons et en particulier les coquillages", détaille Denis Regler. Ce phénomène naturel existe depuis toujours et il est renforcé par deux facteurs : l'eutrophisation du milieu1 marin et le réchauffement climatique.
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