André Bernard, président de Chambre régionale d'agriculture Paca (à droite), était présent lors de la rencontre avec le préfet Pierre-Étienne Bisch (1er en partant de la gauche), coordinateur interministériel du plan de réduction de l’utilisation des
Après Auvergne-Rhône-Alpes, c’est en Provence-Alpes-Côte d’Azur, et plus précisément à la préfecture de Région, à Marseille, que le préfet, Pierre-Étienne Bisch, a fait étape en fin de semaine dernière. L’objectif de sa venue était de rappeler les engagements du gouvernement en matière de diminution des intrants, et de prendre le pouls de la profession agricole. Durant deux jours, le coordinateur interministériel, en charge du plan de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires et de sortie du glyphosate, a multiplié les réunions avec des représentants de l’État (en particulier la Draaf), de la Région, des chambres consulaires (régionales et départementales) et les dirigeants d’une exploitation de Sénas, membre du réseau Dephy ‘fruits à pépins’. L’occasion, pour le préfet, de rappeler que le gouvernement n’était pas prêt à faire marche arrière concernant sa décision d’interdire le glyphosate d’ici quatre ans. “L’échéancier est calé par rapport à la durée d’utilisation européenne du glyphosate, à fin 2022. Le gouvernement veut que durant les trois premières années (2018-2020), on fasse l’essentiel du chemin de réduction de l’emploi du glyphosate, afin qu’en 2022 on puisse s’en passer, sauf en cas d’impasse technique ou parce que le type d’exploitation ne permet pas de s’en affranchir”, a ainsi martelé le préfet.
Ce dernier - auquel André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture Paca, reconnaît “des qualités d’écoute, de synthèse et d’analyses” - a tout de même concédé que “la dynamique des groupes de fermes Dephy (16 en Paca, soit 184 exploitations, dont un tiers en bio, ndlr) était un peu lente”. Pour le préfet Pierre-Etienne Bisch, “on pourrait accroître le nombre de groupes. Mais le gouvernement souhaite respecter cette façon de procéder, basée sur le volontariat. À partir du moment où un exploitant agricole est personnellement convaincu, il fera du bon travail et prendra des risques”.
Une diminution de produits vendus en Paca
La question de l’importance des moyens financiers mis en œuvre par l’État, pour encourager l’évolution vers l’agro-écologie, a également été évoquée. Mais l’essentiel des discussions, selon le préfet Bisch, “a davantage porté sur l’évolution climatique dans les questions agricoles, et les questions de zones de non-traitement. Je n’ai pas rencontré en Paca de résistances particulières sur les questions Écophyto”. Pour lui, la raison en est simple : “On a fait, en Paca, le choix de produits plutôt haut-de-gamme dans les fruits et légumes : c’est une façon de se positionner dans la concurrence internationale. La réduction des intrants est, de ce point de vue, plutôt un bon argument commercial, avant d’en être un pour la santé”.
Si cette position est globalement partagée par André Bernard, ce dernier apporte tout de même des bémols et pointe “un désengagement de l’État dans le domaine de la recherche pour réduire l’utilisation des intrants de synthèse d’une part ; et, d’autre part, un financement du plan Écophyto, pourtant aujourd’hui intégralement payé par la profession agricole : en effet, le plan est financé pour moitié via l’Agence de l’eau et l’Agence française de la biodiversité, et c’est un retour de taxes sur les pollutions diffuses que paient les agriculteurs ; et l’autre moitié est abondée par les ressources propres des Chambres, via la TFNB. La seule agriculture au monde à avoir ce mécanisme de financement est la France, et cela représente 140 millions d’euros au niveau national. Donc ce n’est pas un cadeau de l’État ! Non, l’État décide et la profession agricole paie. Et c’est le réseau des Chambres, et leurs partenaires sur le terrain, qui les mettent en œuvre”.
Selon les chiffres communiqués par la Préfecture de région, la baisse de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques s’est toutefois “amorcée en Paca”, comme le souligne le préfet Pierre-Etienne Bisch : “Les quantités de glyphosate vendues sont plutôt raisonnables, alors qu’elles ont augmenté au niveau national”. La diminution est en effet sensible, avec une baisse des ventes d’herbicides (-7 %), d’insecticides (-12 %) et de fongicides (-14 %) entre 2009 et 2016. Selon les documents fournis par les services de l’État, cette tendance s’explique par un virage vers le bio. La région Paca est, en effet, la première de France, avec 23 % de la SAU cultivée en AB, et près de 17?% des fermes converties à ce mode de culture.
L’interdiction pure et simple du glyphosate serait une aberration
Mais cette évolution, quoique notable, n’est pas la seule explication, estime André Bernard. “Nous n’avons pas attendu le plan Écophyto pour diminuer les volumes d’intrants de synthèse utilisés”, rappelle le président de la Chambre régionale d’agriculture. Celui-ci cite les recherches réalisées depuis les années 90 avec Alt’Carpo par exemple, ou depuis le début des années 2000 avec la mise au point de nouvelles variétés de cépages résistants à l’oïdium et au mildiou, ou encore les progrès réalisés en matière de pilotage et d’anticipation des traitements phytos, “désormais conduits avec une plus grande précision. Nous cherchons depuis plusieurs années comment traiter moins et mieux. Mais cela nécessite des investissements lourds de la part des agriculteurs pour se doter d’appareils plus efficaces, et les renouveler plus fréquemment. Sans compter qu’ils sont désormais sensibilisés et formés sur ces thématiques avec le Certiphyto, et qu’ils disposent de données plus précises via les alertes données par les Bulletins de santé des végétaux”, pilotés par la Chambre régionale d’agriculture.
Quant à l’agriculture bio, présentée comme une alternative aux épandages de produits de synthèse, André Bernard rappelle que celle-ci recourt massivement au soufre ou au cuivre, et que les ventes de ces deux substances progressent, à l’inverse des produits phyto conventionnels. “À haute dose et sur une longue période, ces deux produits sont tout aussi dangereux pour les sols”, s’agace l’élu régional, pour qui “on condamne les agriculteurs sans savoir de quoi on parle !”. Celui-ci pointe également l’absence de chiffres détaillés, jusqu’à récemment, permettant de déterminer avec précision la typologie des acheteurs de produits phytos. “Il serait intéressant de connaître la part des collectivités locales ou de grandes entreprises comme la SNCF dans les volumes achetés”, note le président de la Chambre régionale.
Interrogé sur l’interdiction totale du glyphosate prévue pour 2022, André Bernard se montre moins confiant que le préfet Pierre-Étienne Bisch : “S’en priver serait une erreur. Cela reviendrait à se coller une balle dans le pied. Cela accentuerait le risque de notre dépendance alimentaire, par rapport aux produits d’importation européens ou hors Europe !”.
Julien Dukmedjian
Le plan Écophyto en chiffres - Le dispositif est financé par une portion de la redevance sur les pollutions diffuses, via l’Agence française de la biodiversité (AFB) et l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée Corse. La première finance le réseau d’épidémio-surveillance, à hauteur de de 324 708 € (contre 420 630 € en 2018), les réseaux ‘Dephy ferme’ (560 000 €), l’animation par la Chambre régionale d’agriculture (54 000 €) et les actions de communication régionales (10 600 € en 2019 vs 37 500 € en 2018).
L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée Corse finance, pour sa part, les réseaux de ferme Écophyto 30 000, et les matériels permettant de réduire les usages de produits phytos. L’an dernier, 353 652 € ont été utilisés sur un budget dédié de 740 000 €. Pour André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture Paca, “le process de financement du réseau ‘Dephy ferme’ est inadapté, avec un taux d’intervention qui ne permet pas d’assurer un équilibre financier. L’Agence de l’eau a compris notre position et s’engage à remonter le niveau de financement”.
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