France 09/12/2022
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légumes bio

Production et consommation, entre "je t'aime" et "moi non plus"

Depuis quasiment deux ans, le marché des légumes bio connaît une crise qui s'accélère cette année. La filière entre dans le dur et va devoir faire des choix pour pérenniser l'existant, sans perdre trop de valeur.

La restauration hors domicile, avec la loi Egalim et son objectif de 50 % de produits durables, dont 20 % de produits bio, est une piste à travailler pour la filière des légumes bio.

© Crédit photo : CZ

Le bio, et notamment les fruits et légumes bio, sont à la croisée des chemins. Après des années de développement à deux chiffres en volumes et en consommation, sans compter des surfaces qui ont quasiment doublé entre 2014 et 2019, force est de constater depuis deux ans une "pause dans cette dynamique, et c'est même un euphémisme, puisqu'en 2021, la consommation a affiché une perte de 10 % en volume et de 9 % en valeur". Les chiffres étaient donnés la semaine dernière par Philippe Husson, directeur du service 'Valorisation et transfert' du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), qui introduisait la rencontre technique 'Légumes en agriculture biologique' à Balandran (30). Ainsi, après des années de croissance, production et consommation de légumes biologiques suivent désormais des tendances différentes. Les premiers signes de ralentissements sont apparus en 2020, bien que masqués par la situation sanitaire, signes qui se sont poursuivis en 2021. Désormais, la filière est dans le dur et la situation, inédite, se tend.

Reports sur le cœur de gamme

Pour expliquer les raisons de ce désamour apparent, plusieurs causes sont pointées du doigt. Tout d'abord, le développement des démarches 'Zéro', de la Haute valeur environnementale, de la recherche de proximité, qui interroge aujourd'hui la perception par le consommateur des produits bio et de l'importance qu'il leur attache. Ensuite, bien évidemment les tensions sur le porte-monnaie des consommateurs, pressé par l'inflation et le pouvoir d'achat très prégnant. "Le prix est remis au centre des critères d'achat et des arbitrages réalisés", résume sobrement Philippe Husson. Résultat : un consommateur qui se reporte vers le cœur de gamme. Enfin, l'entrée en vigueur de nouvelles réglementations, sur les emballages notamment, et leurs conséquences sur la filière vient aussi bousculer une dynamique que l'on croyait pérenne. La filière légumes bio se retrouve donc devant un mur à franchir et de nombreux enjeux qui l'obligent à revoir son logiciel, et vite.

Des signes avant-coureurs

Pour analyser finement les mécanismes en jeu, Interfel suit des indicateurs, à l'image des surfaces en conversion, "en baisse en 2021. C'est même la première année où l'on observe ce phénomène", détaille Alice Richard, de l'interprofession des fruits et légumes frais. La radiographie pointe également des signaux d'alertes, masqués en 2020 par le retour des consommateurs plus enclins à cuisiner, lors des périodes de confinement. "Mais en dehors de ces périodes, on avait déjà quelques signes avant-coureurs." Résultat : une part des fruits et légumes bio qui se redirige vers le conventionnel : en 2018, 1 % des volumes seulement étaient transférés, contre 7,2 % en 2019 et 7,8 % en 2020. "Ces chiffres sont à mettre en miroir des avis émis par les opérateurs de la filière : ils étaient 73 % à penser que le marché allait croître en 2019. Un chiffre tombé à 58 % en 2020 et même 29 % en 2021."

Concernant les indicateurs de consommation, la baisse des achats constatée n'est pas compensée par l'augmentation des prix. "En 2021, on enregistre une moindre fréquentation dans les magasins, à un niveau équivalent à celui observé en 2018 et 2019." Toutefois, les paniers moyens sont plus gros et un autre phénomène est relevé : "Les consommateurs fréquentent plus d'enseignes telles que on line, hard-discount, magasins de proximité...", résume Alice Richard.

2022 sur la même ligne

Enfin, ces premières données sont à mettre en parallèle des indicateurs de prix, dans la mesure aussi où les facteurs de production ont explosé (énergie, carburant, intrant), dans un contexte d'inflation galopante et de pouvoir d'achat réduit. Des augmentations confirmées par Laetitia Leray, chargée de communication de Forébio. La fédération regroupe 19 organisations économiques de producteurs 100 % bio, parmi lesquelles six sont spécialisées sur les fruits et légumes bio, dont Solebio (13) et Uni-Vert (30).

Dans le réseau, la hausse des emballages atteint actuellement +30 %, idem pour les coûts de transport, alors que l'énergie a doublé voire triplé. "Nous sommes face à un double défi : comment répercuter les hausses de prix alors que ceux-ci sont en baisse et que les Français ne sont pas prêts à payer plus cher ?"

Effet ciseau à contrer

Cette ambivalence va nécessairement modifier les stratégies. "Notre groupement alerte les pouvoirs publics sur ces difficultés, avec un cumul de facteurs déstructurants, une déstabilisation du comportement des consommateurs et des stratégies de production, sans oublier les aléas climatiques et leurs impacts sur les rendements et les volumes." Clairement, producteurs et opérateurs manquent de visibilité aujourd'hui et les conséquences sont déjà visibles pour les filières, sans oublier l'impact de la nouvelle Pac qui a certes maintenu les aides à la conversion, mais cessé les aides au maintien de la production bio.

Pour autant, des perspectives existent et doivent être investies rapidement : la restauration hors domicile pour commencer, avec la loi Egalim et son objectif de 50 % de produits durables, dont 20 % de produits bio, alors que ces derniers plafonnent actuellement entre 5 et 6 %. "Cela représente un potentiel de 1,5 milliard d'euros." D'où la nécessité de travailler sur le maintien de l'existant et sur la conservation de la valeur créée jusque-là, en ayant notamment recours à la planification et à la contractualisation, qui "permettront de sécuriser producteurs et acheteurs", conclut Laetitia Leray. 

Céline Zambujo •

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