LA CRAU
Fille d'agriculteurs, Julie Isnard a attendu la quarantaine pour se reconvertir en viticulture et en arboriculture. Un projet bien réfléchi, qu'elle construit pas à pas, avec le soutien des siens et en s'impliquant dans des groupes de progrès qui l'aident à réfléchir et à affiner ses pratiques.
Julie Isnard, viticultrice et arboricultrice à La Crau.
© Crédit photo : GL
Julie Isnard a grandi dans les serres de roses et les parcelles de vigne de ses parents, à La Crau. Pourtant, sa passion pour la glisse l'entraîne sur une autre voie. D'abord éducatrice à l'école de ski de Tignes, elle travaille ensuite pour des salles et des associations sportives. Devenue maman, elle s'oriente vers les ressources humaines et s'aperçoit rapidement que le bureau n'est pas fait pour elle.
"Mon mari est militaire et moi je faisais beaucoup d'heures en tant que prof de sport. C'était compliqué pour la vie de famille. En tant que conseillère RH, je travaillais aussi beaucoup mais, au moins, j'avais mes week-ends. Et finalement ça a été déclencheur, parce que j'ai vite vu que j'avais du mal à rester enfermée", raconte-t-elle. Elle se décide alors à reprendre une partie des vignes familiales. Un projet qu'il lui a fallu différer en raison de la mutation de son conjoint en Polynésie.
Ce n'est qu'une fois de retour, en 2023, la quarantaine passée et mère de trois enfants, qu'elle se lance enfin pour s'installer officiellement sur cinq hectares de vignes en IGP, au début de l'année 2025. Motivée par le goût du challenge, elle est aussi épaulée par son entourage. "Je savais conduire un tracteur, je connaissais la culture et, franchement, je ne me voyais pas retourner à l'école. Alors, mon père et mon frère m'ont formée sur ce que je ne maîtrisais pas, et je continue d'apprendre avec eux : ce sont les meilleurs instructeurs", raconte la jeune agricultrice. Début 2026, elle saisit l'opportunité de reprendre cinq hectares de Côtes de Provence supplémentaires en bail à long terme et commence à renouveler les vignes les plus vieillissantes. "La rémunération est meilleure en AOP, et ça me permet de diversifier les cépages", apprécie la viticultrice qui, comme son père avant elle, continue d'apporter ses raisins à la coopérative du Cellier de La Crau.
Voyant les cours du vin baisser, elle cherche aussi dès le départ à s'orienter vers une autre production. L'expérience de ses parents en fleur coupée ne l'inspire guère. Installée sur l'aire d'appellation de la Figue de Solliès, elle se renseigne sur la filière, se rapproche de la Copsolfruit pour avoir des conseils et s'assurer un débouché. Elle fait alors le choix d'arracher un hectare de vigne en IGP pour y planter des figuiers. "La figue est un beau fruit plutôt bien valorisé, et il était plus facile d'investir dans cette production que dans d'autres, d'autant que j'avais déjà les terres. Et puis, j'ai bien accroché : le technicien du syndicat de la Figue de Solliès est de bons conseils et la filière est dynamique. Ça me correspond bien", justifie Julie Isnard.
Elle a pu amener ses premiers fruits à la coopérative cette année, avec une grande satisfaction. "Je ne pourrai revendiquer l'appellation que l'an prochain, mais j'ai presque fait une tonne à l'hectare ! Les calibres étaient beaux. J'ai juste été un peu embêtée par la cochenille, mais ce n'est pas grand-chose comparé à d'autres. Je vais traiter et bien nettoyer au moment de la taille, pour limiter le problème. L'année prochaine sera décisive", explique-t-elle avec enthousiasme. Le rythme de récolte a pourtant été soutenu. "Quand on se lève à 1h30 pour vendanger et qu'il faut enchaîner derrière avec la cueille des figues, les journées sont fatigantes. Mais ce n'est que deux mois dans l'année", souligne Julie Isnard.
Si, à terme, elle pourrait être tentée d'augmenter ses surfaces de figuiers, elle préfère avancer avec prudence. "J'ai déjà de quoi bien bosser. Je suis trop jeune installée pour envisager de prendre quelqu'un. Économiquement, ça ne le ferait pas, et puis il faudrait voir selon les perspectives de commercialisation : ça ne se vend pas tout seul !", analyse-t-elle.
Pour l'heure, elle se concentre sur le renouvellement de son vignoble, aidée par le petit revenu qu'elle a pu tirer de ses premières figues. Un hectare de Côtes de Provence a été arraché et sera replanté en deux fois, pour une moitié en rolle en 2027 et pour l'autre en grenache, l'année suivante. Côté figuiers, elle réfléchit particulièrement aux questions d'entretien et d'irrigation. "Ils se portent bien et je les bichonne comme mes enfants", plaisante-t-elle. "Contrairement à la vigne, je n'ai pas le recul car mes parents n'en cultivaient pas. C'est mon projet, ma partie de l'histoire. J'ai envie de bien faire et j'en prends soin", développe-t-elle plus sérieusement. Sur son exploitation certifiée en Haute valeur environnementale, elle n'utilise pas désherbant chimique et privilégie le travail du sol et l'enherbement, qu'elle prévoit de faire évoluer. "Quand les arbres seront moins jeunes, je les laisserai davantage enherbés, pour faciliter l'infiltration de l'eau et pouvoir entrer plus facilement dans les parcelles après la pluie", indique-t-elle. L'arboricultrice est aussi très attentive à la gestion de l'eau en provenance du canal de Provence, et entend optimiser au mieux la pratique, pour avoir des arbres solides dans un contexte de sécheresse et de canicule à répétition.
Poussée par la curiosité et l'envie de s'améliorer, elle est membre de deux groupes de progrès animés par la Chambre d'agriculture du Var. Le collectif est moteur pour la coopératrice. "En vigne, mon père en faisait déjà partie. Pour les figues, ça fait connaître du monde. C'est toujours enrichissant de voir ce que les autres font, et comment ils s'en sortent. Ça aide, sur le conseil, les nouvelles techniques", apprécie Julie Isnard. Si le sport lui manque un peu, le côté physique du métier d'agricultrice compense. Et surtout, la quarantenaire "aime être son propre patron. J'ai toujours beaucoup travaillé, ça ne me fait pas peur. Au moins, je sais pour quoi et pour qui je le fais", se réjouit-elle.
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