JA Occitanie
Lors de leur assemblée générale annuelle, les Jeunes agriculteurs Occitanie ne pouvaient pas passer à côté des difficultés actuelles rencontrées par toute la profession agricole, en raison du manque d'eau.
De g. à d. : Pierre Hylari, président des JA des Pyrénées-Orientales ; Romain Deloustal, président des JA Occitanie ; et Baptiste Imbert, son secrétaire général.
© Crédit photo : FG
L'épanouissement des agriculteurs, tel était le sujet que les Jeunes agriculteurs Occitanie souhaitaient mettre en avant, lors de leur assemblée générale, le 5 mai dernier, à Castelnaudary (11). C'était même le thème de leur table ronde, intitulée "L'agriculteur résilient et épanoui". L'envie était donc forte, mais rester dans un esprit positif s'est révélé mission impossible compte tenu de l'impact de la sécheresse sur tous les départements de l'arc méditerranéen, notamment en région Occitanie, dans les Pyrénées-Orientales.
Un département dans lequel le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, s'est rendu le lendemain pour rencontrer les agriculteurs et apporter son soutien face à la sécheresse exceptionnelle qui sévit (indemnisations plus rapides qu'habituellement pour les pertes subies à cause de la sécheresse, exonération de la Taxe sur le foncier non bâti et report des cotisations sociales sont les principales mesures annoncées par le ministre, ndlr).
"La crise dans les Pyrénées-Orientales est telle que rester positif est au-dessus de nos forces, même si la visite du ministre de l'Agriculture dans ce département, ainsi que dans l'Aude, apporte une note d'optimisme, car ce sera l'occasion de lui répéter que la sécheresse concerne l'ensemble de l'Occitanie", relève le président des JA Occitanie, Romain Deloustal.
Sachant déjà, par ailleurs, qu'une grande partie des Pyrénées-Orientales passait, à compter du 9 mai, en situation de crise, et que les tensions continuent à se multiplier autour du partage de l'eau, le président des JA des Pyrénées-Orientales, Pierre Hylari regrette, dès sa prise de parole à la tribune des JA Occitanie, qu'au sujet du partage de l'eau, "ce sont toujours les mêmes qui sont sacrifiés, nous". S'exaspérant du fait que les canaux gravitaires - servant autant à l'agriculture qu'à l'eau potable - et les barrages sont remis en question dans son département, il interpelle alors les représentants des pouvoirs publics et des collectivités pour savoir "quand un débit sera réservé à l'agriculture ?".
Avant de passer à l'attaque : "N'attendez pas d'être à un an des élections pour nous dire que vous nous soutenez. Votre soutien, c'est maintenant que l'on en a besoin. Il faut que la ressource en eau puisse être stockée. C'est indispensable pour que l'on puisse continuer à produire et nourrir le pays. Nous sommes donc en droit de vous demander des comptes."
D'autant que la vitalité des territoires et l'autonomie alimentaire nécessitent de vraies ambitions. "Vous vous êtes engagés à accompagner les jeunes agriculteurs dans leur installation, mais comment réussir à conforter celle-ci avec le manque d'eau auquel nous sommes confrontés ? Alors, faites ce qu'il faut pour que cette politique réussisse, d'autant que si en tant qu'élu vous êtes de passage, nous nous sommes bien ancrés dans nos territoires", enchaîne Baptiste Imbert, secrétaire général des JA Occitanie.
La priorité, pour l'heure, est bel et bien de définir la stratégie à dérouler sur la ressource en eau. À ce sujet, le président de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles Occitanie, Philippe Jougla, propose de la décliner autour de "trois temporalités". La première est de "gérer l'urgent, car nous sommes dans le dur cette année. Il faut être sans tabou sur la façon dont on va pouvoir gérer la campagne à venir avant qu'il ne soit trop tard pour les cultures et les agriculteurs", recommande-t-il. La deuxième étape est de "réparer les dégâts", autrement dit d'indemniser les pertes de récolte et de fonds liées aux mesures de restriction de l'irrigation. Il semblerait que la Région ait commencé à réfléchir sur le sujet. Enfin, "quand ce cap-là sera passé, il faudra vraiment s'interroger pour faire en sorte que les choses se passent mieux la prochaine fois où l'on sera confronté à une même crise, ce qui ne manquera pas d'arriver au vu du dérèglement climatique. Il faudra alors reparler des moyens à mettre en place pour le stockage de l'eau", termine-t-il. À condition que les projets, dont ceux validés par l'État, puissent être menés à leur terme, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui dans différents départements, et sur quoi sont également revenus les jeunes agriculteurs.
Évoquant les derniers projets de retenues d'eau qui ont dérapé, dont ceux de Sivens et de Sainte-Soline, "les casseurs ne sont pas de notre côté. De plus, nous sommes ralentis dans tous ces projets, et d'autres d'ailleurs, par une poignée d'anti", rappelle Rémi Dumas, vice-président national des Jeunes agriculteurs. L'État ne doit pas se soumettre à la pression sociale exercée contre ces projets, et d'autant moins quand il les a validés. "Ce que l'on attend, c'est que l'État applique la loi ! Toutes ces associations environnementales et autres reçoivent de l'argent de l'État, des Régions et d'autres structures. Quand elles dépassent les bornes, pourquoi ne pas les remettre en question ? Il faut arrêter de se laisser marcher dessus", tacle, de son côté, Quentin Le Guillous, secrétaire général adjoint aux Jeunes agriculteurs.
Après avoir rappelé que "l'État ne finance ni des structures illégales ni des projets illégaux, et qu'il est là pour garantir le respect de l'État de droit", le directeur adjoint de la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, Nicolas Jeanjean, reconnaissait aussi que "celui-ci fait avec les moyens dont il dispose. Dans tous les cas, il faut arriver à se concerter bien en amont, car l'intelligence humaine peut l'emporter. Mais il est vrai que c'est un long travail collectif".
Une intelligence humaine que balaie d'un revers de la main le président de la MSA du Languedoc, Cédric Saur, en faisant remarquer au représentant de l'État que "vous sous-estimez le problème, car nous n'avons pas affaire à une minorité d'opposants, mais bien à une majorité. De plus, si les gens sont attachés à l'agriculture, ils le sont comme à l'électricité pas chère produite par les centrales nucléaires, mais à condition qu'elles ne soient pas à côté de chez eux. Enfin, vous sous-estimez aussi la souffrance du monde agricole. Pour une dette de 10 000 €, il y a eu passage à l'acte dernièrement", relate-t-il.
Entre les contraintes administratives, les difficultés économiques et financières, les aléas climatiques, l'agribashing, les jeunes agriculteurs et leurs aînés auraient à l'évidence de quoi désespérer de l'avenir. Mais "si on est ici, et ensemble, c'est que l'on y croit encore. En revanche, la duplicité des discours à notre encontre, on n'en veut plus", alerte Pierre Hylari. Le débat est clos pour les jeunes agriculteurs, au moins sur ce sujet.
IL a dit-
Il l'a dit, il le fera. C'était sa dernière assemblée générale des JA Occitanie en tant que président, le 5 mai dernier. Romain Deloustal a décidé de passer la main, au terme de son mandat. Revenant sur l'année 2022, il restera marqué par deux événements : la guerre en Ukraine, avec l'instabilité économique et politique qui a suivi en France. "Cela a mis à mal nos filières, et donc nos exploitations", s'inquiète-t-il. Le second événement qu'il n'est pas près d'oublier est le procès intenté aux JA de l'Ariège, le 18 octobre 2022. "Se faire traîner au tribunal comme un voleur, c'est inadmissible. Ils ont voulu nous mettre à genoux, ils nous ont rassemblés. Se faire traîner au tribunal, ce n'est pas notre histoire. La nôtre, c'est de défendre notre territoire."
Face aux attaques répétées contre les agriculteurs et les procès entamés par les organisations environnementales autour des projets de retenues d'eau, le président des JA Occitanie, Romain Deloustal, propose aux pouvoirs publics, collectivités et autres partenaires tels que le Service de remplacement, la MSA ou encore le Crédit agricole, de participer au financement d'un organisme composé d'avocats à même de défendre toutes les agricultures et tous les systèmes agricoles. "France Nature Environnement est bien mieux structurée que nous sur ces sujets et a les moyens de se défendre. Il faudrait que l'on puisse réunir au moins les mêmes moyens qu'elle pour constituer une force partisane permettant de faire face aux attaques de ces associations", souligne-il.
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