Chambre d'agriculture 34
La session de la Chambre d'agriculture de l'Hérault a pris la tournure d'un débat, afin de dialoguer librement sur la mise en application des propositions du gouvernement : élevage, viticulture, semences... Personne n'a été laissé de côté.
Sur toutes les questions qui gravitent autour de la simplification administrative, Jérôme Despey, président de la Chambre d'agriculture de l'Hérault, prévient : "une attestation mal remplie, c'est un agriculteur qui n'est pas payé".
© Crédit photo : AL
Discuter pour mieux avancer. C'est ce que l'on peut retenir de la dernière session des membres de la Chambre d'agriculture de l'Hérault, réunis à Lézignan-la-Cèbe, vendredi 15 mars. Même si toutes les filières semblent avoir du plomb dans l'aile, l'élevage et la viticulture sont particulièrement touchés. Jérôme Despey, président de la Chambre d'agriculture de l'Hérault, le martèle depuis maintenant bien longtemps : "Nous devons retrouver de la dignité dans notre métier." Le constat est pleinement partagé et, pour rassurer l'auditoire, le président admet que "ce qui devait être fait à l'échelle du département a été fait". Néanmoins, dans l'attente de voir ce qu'il adviendra sur les promesses de simplification, du plan élevage, sur la question de l'eau et du fonds d'urgence viticole, les discussions vont bon train.
Que ce soit pour les vignerons indépendants comme pour les coopératives, le marché de l'Hérault reste très hétérogène. Avec les deux tiers du département en arrêté sécheresse depuis les 24 derniers mois, dont l'Ouest biterrois en alerte rouge, les inquiétudes pour la filière viticole ne semblent pas trouver de lendemain radieux. Mais malgré cette situation morose, les choses avancent au niveau du département héraultais et ce, grâce à des services de l'État plus réactifs qu'ailleurs. "Nous sommes l'un des rares départements où la DDTM traite les dossiers d'irrigation aussi rapidement, et où il n'y a pas eu une seule attestation refusée", assure Guilhem Vigroux, secrétaire général de la Chambre d'agriculture de l'Hérault.
Il y a quelques mois encore, à la vue de la complexité administrative du dossier de prime et subvention à l'irrigation, celui-ci a bien failli être abandonné. Pourtant, "nous pensons que c'est une bonne mesure, qu'il faut pousser. À l'heure actuelle, seuls 25 % des dossiers de reconversion qualitative bénéficient du dossier irrigation", détaille celui qui préside également le Comité RQD. "Dans le cadre de la simplification administrative, le montage de ce dossier pourrait être simplifié." Sur cette même question de simplification, Cédric Saur, président de la MSA du Languedoc, n'hésite pas à enfoncer le clou. "Après maintes manifestations et de multiples rencontres avec le gouvernement, quand on partage nos inquiétudes sur les contrôles abusifs, les responsables sur le sujet nous répondent que nous n'en avons pas tant que cela. Ils écoutent, mais dans le dialogue, on voit qu'il y a une perception contradictoire."
Même constat pour Céline Michelon, secrétaire adjoint de la Chambre d'agriculture de l'Hérault et viticultrice, qui juge que "sur les questions de simplification, la DDTM prend sa part, mais la Région et l'Agence de l'eau ne semblent pas se sentir concernées, et préfèrent laisser tout peser sur les exploitations agricoles".
Sur ce sujet, Jérôme Despey reconnaît que "quand on parle de simplification, c'est une complexification. Le sujet de la dématérialisation est une charge en moins pour les services de l'État, mais une charge en plus pour les agriculteurs".
Pierre Colin, vigneron et élu de la Chambre d'agriculture de l'Hérault, rebondit et soulève des inquiétudes concernant la programmation de la nouvelle loi d'orientation agricole, notamment sur un point précis, celui de l'article 1er, qui recentre l'enjeu de la souveraineté alimentaire comme une priorité nationale. Ce statut permettrait selon lui une meilleure instruction des demandes sur la création de stockage de l'eau. Cependant, ce dernier appelle la DDTM "à prendre en compte sérieusement cette directive au niveau du département, car les injonctions environnementales concernant les retenues collinaires peuvent parfois prendre le pas sur ce type de projet".
En guise de réponse, Fabrice Levassort, directeur de la DDTM de l'Hérault, explique "ne pas pouvoir brader une thématique par une autre. Mon but est d'essayer de trouver un chemin, en prenant en compte tous les enjeux". Sur ce sujet si brûlant, le Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) a récemment émis un avis favorable sur la création d'une retenue collinaire de 15 000 m3 au profit d'un agriculteur. Pour Pierre Colin, c'est une victoire. "Au-delà de la simplification, nous sommes dans un nouveau monde. Il faut le prendre en compte et avancer sur les projets qui soient en faveur de l'agriculture".
L'horticulture et l'arboriculture n'échappent pas à l'attention, même si une poignée de cultures s'en sortent plutôt bien au niveau national.
Ainsi la production de pommes montre un équilibre dans les cours, mais reste tout de même fragilisée par la pression sanitaire et le chamboulement climatique. Même son de cloche pour la grenade, qui semble trouver un marché stable, tout comme l'asperge qui, malgré des coûts de production de plus en plus élevés, garde une place confortable. En revanche, avec une offre trop importante au même moment, le cours du melon a chuté et le prix a dévissé de près de 20 % durant la saison.
Crise sanitaire de 2019, coût énergétique, inflation, main-d'œuvre, l'horticulture ornementale met les producteurs dans une situation compliquée, mais comme le rappelle Marie Levaux, gérante du Cannebeth, présidente de la Fédération Verdir et présidente de la commission Fleurs de France : "Il existe cependant des opportunités, car la filière apporte des solutions face au changement climatique." Reste que la filière fait face à une pression sanitaire et phytosanitaire forte et la présidente rappelle que : "Nous ne souhaitons pas rester sans réponse sur ces questions." Dans une Europe de libre-échange, les clauses miroirs et les questions de traçabilité sont jugées "nécessaires" par la filière, afin de pouvoir retrouver une meilleure compétitivité.
La saison pour les multiplicateurs de semences, telles que le tournesol et le maïs, démarre difficilement. Les cultures de printemps sont fortement touchées par les conditions d'implantation difficiles qu'offre le climat en cette période. En réponse à cela, Bérenger Carrier, céréalier et multiplicateur de semences dans l'Hérault, demande, au plus vite, "une visibilité pour un quota sur les volumes d'eau". Du tac au tac, Jérôme Despey promet une réponse d'ici la fin du mois de mars.
Bien que respectueux de l'environnement, le cahier des charges français, quand on le compare aux augmentations des charges, rend la compétitivité difficile sur les marchés mondiaux. "Le travail réalisé sur les contingents des céréales ukrainiennes est une très bonne chose, car cela nous permet une meilleure visibilité sur les marchés", enjoint-il. Les caractéristiques des grandes cultures dans le bassin méditerranéen étant bien différentes des grandes cultures à l'échelle nationale, Jérôme Despey assure avoir demandé avec force, la création d'un plan de sauvegarde de l'agriculture méditerranéenne, qui permette aux filières, comme les grandes cultures et l'élevage, que soit prises en compte les caractéristiques climatiques liées au département pour un meilleur soutien et une plus grande reconnaissance.
Pour Brigitte Singla, présidente de la commission élevage à la Chambre d'agriculture de l'Hérault, "on ne peut pas dire que la filière élevage soit particulièrement servie". Le plan de soutien à l'élevage, même s'il fut bienvenu, tarde à montrer ses effets, car "soumis au vote de l'Europe". Source d'angoisse également sur la question de la simplification des bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE), notamment en ce qui concerne le ratio des prairies permanentes, où l'inquiétude concerne la mise en place d'un ratio au niveau national. "Très sincèrement, tant que je pourrai plaider, nous n'irons pas vers un ratio national", soutient avec fermeté Jérôme Despey. À l'inverse, la proposition de loi sur les troubles du voisinage est perçue comme "une très bonne nouvelle", et le président espère la voir en application dès le mois d'avril.
À retenir-
Pour l'heure, pas de réponse concernant l'amortissement pour les caves coopératives, le stockage privé, ainsi que l'aide de type aval pour les entreprises agricoles.
Concernant le sujet de l'arrachage, deux options s'offrent aux viticulteurs : la première possibilité est de demander dès le 15 octobre 2024, un arrachage temporaire à 2 500 euros/hectare, où "il y aura la possibilité de replanter à huit ans, afin de s'adapter aux marchés avec le bénéfice de l'aide à la restructuration du vignoble", explique Jérôme Despey, président de la Chambre d'agriculture de l'Hérault.
La seconde consiste en un arrachage pour perte de potentiel de production, dans un but de diversification à 4 000 €/ha. Un appel à manifestation sera réalisé d'ici le mois de mai, afin de prendre en compte le choix de chaque viticulteur concerné.
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