PASTORALISME
Président de l'association des AFP et groupements pastoraux des Pyrénées-Orientales depuis une dizaine d'années, Olivier Gravas dresse l'état des lieux d'un pastoralisme catalan structuré, mais exigeant, en cette 'année internationale du pastoralisme 2026'.
À l'image de ce qui a déjà été fait fin février avec le groupement pastoral de Cerbère et Les Bergers transhumants d'Opoul-périllos, l'association envisage d'ouvrir au public de petites transhumances afin de mieux faire découvrir la démarche.
© Crédit photo : Association AFP-GP
Un quart du département. C'est la surface physique occupée par le pastoralisme collectif dans les Pyrénées-Orientales : 110 000 hectares répartis entre la Cerdagne, le Conflent et le Vallespir, gérés en grande majorité par les 60 groupements pastoraux adhérents à l'association des AFP et GP du département. "On est là pour accompagner le pastoralisme dans sa version collective. Et il est très collectif dans les Pyrénées-Orientales", résume le président Olivier Gravas, éleveur de brebis. L'association fédère.
Contrairement à la viticulture, l'élevage transhumant maintient sa dynamique dans le département. Les transmissions familiales se font, souvent par montée en puissance progressive via des Gaec parents-enfants, avant de passer la main. Des installations hors transmission existent encore. "On n'est pas en Normandie, où il faut aligner trois millions d'euros pour acheter. On est sur des choses beaucoup plus raisonnables en surface et en coût de reprise", observe Olivier Gravas. "Le pastoralisme, pour moi, est une pratique d'avenir, en plus d'être un patrimoine important des territoires."
La question foncière, dans les Pyrénées-Orientales, prend une forme particulière. La pression sur les prix n'est pas le sujet central : c'est la fermeture des milieux qui préoccupe. Depuis la grande déprise agricole des années 70-80, la forêt a reconquis des surfaces essentiellement pastorales. Rouvrir ces espaces est devenu un enjeu structurel. "C'est une thématique qui me tient très à cœur, reconquérir des milieux très fermés, très boisés, qui mériteraient d'être un peu rouverts pour constituer des réserves de ressources supplémentaires", insiste le président. Le changement climatique renforce l'urgence : après trois ans de sécheresse, les éleveurs anticipent le retour des canicules et réfléchissent déjà à trouver de la ressource en sous-bois et à mieux gérer les points d'eau.
Cette reconquête concerne en priorité l'ovin. Jadis très majoritairement ovin, le département a basculé vers le bovin dans les années 80-90. La tendance s'inverse doucement : les enjeux de prévention incendie poussent des communes à installer des bergers sur les piémonts. Mais ces troupeaux ont besoin d'estives l'été. Impossible de tenir un cheptel à Calce en juillet. Une nouvelle surface ovine a par exemple été récemment créée autour du lac de Lanoux, en Cerdagne.
Reconquérir de nouvelles surfaces suppose d'y loger des bergers. Les estives ovines, plus que les bovines, nécessitent une présence permanente. La cabane pastorale est donc un préalable au redéploiement territorial. Depuis une quinzaine d'années, l'association a porté de nombreux projets (rénovations, constructions neuves, yourtes provisoires en attendant mieux) financés jusqu'à 80% via le Feader piloté par la Région Occitanie. L'association s'est auto-imposé un plafond à 140 000 € par projet pour ne pas absorber les enveloppes au détriment du plus grand nombre. Des dossiers longs, coûteux, contraignants sur le plan environnemental, et souvent montés sur du foncier qui n'appartient pas aux éleveurs. "On est dans du domanial, propriété de l'ONF. Et encore, il semblerait que l'ONF voulait nous faire payer une location pour la cabane pastorale qu'on avait créée", illustre le président, dont le propre groupement a investi plus de 120 000 € dans cette situation.
Plusieurs dizaines de bergers-vachers salariés sont embauchés chaque été sur le département pour garder les troupeaux en estive. La création récente d'un syndicat des pâtres affilié à la CGT ouvre une nouvelle perspective (lire encadré).
Entre trois et six loups isolés sont répartis sur quatre à cinq zones de présence permanente (ZPP), sans commune mesure avec les situations de l'arc alpin ou de l'Ariège voisine, où sévit l'ours. En 2025, sur le massif du Carlit, un loup isolé a tout de même enchaîné une douzaine d'attaques sur deux groupements pastoraux. Alerté fin août, le préfet n'a pu mettre en place des tirs de défense que sur le tard. "Le loup, je n'ai rien contre lui, tant qu'il a rien contre moi. Quand il commence à être très spécialisé dans le prélèvement de brebis, il faut faire quelque chose", tranche Olivier Gravas. L'association choisit de ne pas porter ce sujet en étendard. "Je connais des collègues et amis éleveurs qui, dès qu'ils commencent à parler du loup, pleurent. Pour les gens qui ont vécu ça, c'est un traumatisme à vie." Les meutes, pour l'heure absentes du département, se rapprochent cependant, en Lozère par exemple ou encore en Catalogne, à une quinzaine de kilomètres de la frontière.
L'année internationale du pastoralisme, décrétée par l'ONU et la FAO pour 2026, offre un cadre à la pédagogie que l'association mène de longue date. Projet de transhumances ouvertes au public, exposition photo, concert autour des chants de berger au festival Pablo Casals. "Le pastoralisme n'est pas qu'au Tchad, en Mongolie ou au fin fond de la Patagonie. Il est bien présent en Europe, en France, dans les montagnes catalanes", rappelle Olivier Gravas.
La cohabitation avec les nouveaux usagers de la montagne est devenue un enjeu quotidien depuis l'explosion de la fréquentation post-Covid. "Ce public qui vient massivement depuis quelques années n'a pas les codes pour comprendre ce qu'il faut faire ou ne pas faire sur les montagnes." Les chiens de protection cristallisent cette tension. Début mai, l'association est intervenue aux Angles aux côtés de La Pastorale Pyrénéenne pour des apprentis du Greta-CFA Aude Pyrénées-Orientales. "On nous impose un peu les patous. Et après, s'il y a des accidents, que fait l'État, qui est responsable de quoi ?", interroge Olivier Gravas.
Entre 50 et 70 bergers et vachers saisonniers travaillent chaque été sur les estives des Pyrénées-Orientales. Fin avril, une partie d'entre eux a officialisé la création du syndicat des pâtres des Pyrénées catalanes, affilié à la CGT. L'initiative est née dans le sillage de la crise de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) de 2024, qui avait mis en lumière l'invisibilité du salariat pastoral dans les débats publics. Leurs revendications : convention collective adaptée, logements en estive, ravitaillement, formation des chiens de protection hors saison. L'association des AFP-GP n'a pas été associée à la démarche, mais le syndicat les accueille sans réserve. "Qu'il y ait une structuration de la profession de bergers-vachers sur le département, c'est quelque chose qu'on attendait depuis des années", confie Olivier Gravas, son président. "On aimerait travailler à une convention collective adaptée, mais il n'y avait personne en face", poursuit-il. L'existence d'un syndicat ouvre aussi la perspective d'associer les salariés aux projets de cabanes pastorales, que l'association porte depuis 15 ans. "On est ravis de pouvoir enfin discuter, d'avoir des interlocuteurs pour mener à bien des avancées pour eux et pour nous", conclut Olivier Gravas.
ICI
Votre encart
publicitaire !
CHAMBRE D'AGRICULTURE DE L'HÉRAULT
Fabienne Joly
biodiversitÉ

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

10/05/2023
28/04/2023
06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner