France 23/12/2022
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GARD 

Un "cap à passer" pour les Vignerons coopérateurs 

La coopération agricole gardoise n'échappe pas aux handicaps cumulés, et en appelle au soutien de la Région et à l'intervention de l'État pour aider les caves coopératives à traverser cette période de turbulences, mais pas insurmontable, selon Anthony Bafoil. 

Anthony Bafoil, président du comité territorial Gard des Vignerons coopérateurs d'Occitanie, avec Christophe Groppi, animateur territorial, à la Maison des vignerons, à Nîmes, le 13 décembre. 55 caves coopératives gardoises y adhèrent.

© Crédit photo : PhD

Les prises de paroles se suivent et se ressemblent inlassablement dans le mundillo viticole. Et les problèmes subis par la filière sont sensiblement les mêmes pour les structures. Crise du Covid, hausse, voire flambée des charges, aides post-gel 2021, disponibilités des matières sèches et approvisionnement du verre sous tension, frustrations économiques liées aux promesses de la HVE...

"On est économiquement viable", tient à rassurer le président du comité territorial des Vignerons coopérateurs du Gard, Anthony Bafoil. D'où des leviers "sur-mesure" souhaités par La Coopération agricole, afin d'envisager plus sereinement le passage vers 2023, tant sur le plan de la distillation, du stockage ou de la plantation différée, que sur le positionnement à l'export ou de la vente du bio. Des réponses rapides et ajustées sont attendues "d'ici fin janvier", prévient Anthony Bafoil. 

Des interventions de l'État attendues 

À l'issue de déclarations de récolte, le Gard n'escompte pas dépasser les 3 Mhl, sous les 3,2 Mhl de la moyenne quinquennale. Les coûts de production supplémentaires (+ 30 %) assumés par les entreprises viticoles ne laissent guère présager une répercussion compensatoire sur le prix de vente. Aussi, les Vignerons coopérateurs sollicitent des actions de l'État pour "travailler sur une boîte à outils, pour passer le cap", attend le président du comité territorial des Vignerons coopérateurs du Gard, qui regroupent 55 coopératives adhérentes. 

Parmi les demandes formulées, ressortent la distillation "ciblée", l'aide au stockage privé et l'arrachage, ou plutôt "la plantation différée", tient à préciser Anthony Bafoil. 

"S'il n'y avait pas eu le Covid et le reste, on vendrait 13 Mhl", avance Christophe Groppi, animateur territorial Gard à La Coopération agricole Occitanie, évoquant de "petites causes, mais de grandes conséquences", alors que les coopératives avaient "pas mal épuré à un prix plus qu'intéressant", ajoute Anthony Bafoil. 

Sur le bassin Languedoc-Roussillon, les stocks disponibles sont estimés à 6,2 Mhl, au 31 juillet 2022. Des volumes "qu'il faudrait avoir régulièrement", soit environ six mois de stock, "rien d'exceptionnel". Quant à l'arrachage, il est envisagé comme une plantation différée, sur huit ans, "pour garder le potentiel de production", annonce Anthony Bafoil, notamment en rouges plus structurés. "Il faut réussir à faire bouger les lignes, notamment par la voie des mesures agroenvironnementales. Il ne faut pas se fermer la porte", faisant allusion à l'interdiction de replanter au même endroit. 

Peser dans la balance

L'augmentation des coûts de l'énergie, des matières sèches ou de l'azote ("multiplié par quatre"), et plus largement l'inflation générale, viennent se heurter aux cours. "À 110 €/hl, ce n'est pas bon, mais si c'était à des cours normaux, cela le serait", signale le président. Observant un retour sur les salons professionnels du vrac, comme le World Bulk Wine Exhibition, référence internationale du négoce, auquel 19 caves coopératives d'Occitanie ont participé, Anthony Bafoil y voit là une carte à jouer. "Les gens sont revenus avec le sourire. On est bon en qualité, et nous ne sommes pas plus chers que le reste du monde. L'État devra y réfléchir, car la production pèse dans la balance commerciale", sans pour autant ignorer l'autre niveau d'intervention, à plus haute échelle, précise Christophe Groppi. "Il faudra convaincre notre gouvernement pour pouvoir notifier à l'Union européenne les aides Covid." La coopération espère se rendre à l'édition 2023 du salon d'Amsterdam avec 25 caves dans sa délégation. 

Plus localement, les Vignerons coopérateurs comptent sur un nouveau plan régional pour soutenir l'export et l'aval plus généralement. Les 7 M€ précédemment versés ayant été engloutis en six mois, la demande porte sur un nouveau montant par semestre. "Ce sont des leviers, et non pas des aides directes", souligne Christophe Groppi. 

Solidaires du reste de la filière, comme des Vignerons indépendants plus fortement concernés par les PGE (Prêts garantis par l'État), les Vignerons coopérateurs appuient la demande du rallongement à dix ans du remboursement, les coopératives faisant "office de gros amortisseurs", considère l'animateur territorial. Conscients qu'ils n'auront pas gain de cause sur toute la ligne, le contexte n'aidant pas, les coopérateurs demandent "des leviers conjoncturels sur-mesure pour accéder aux marchés et éviter de perdre 10 €/hl", répondant à des exigences de valeur et de rentabilité, pour assurer l'indispensable renouvellement des générations. 

À la conquête d'autres marchés 

Pour parvenir à jouer sur "cette variation de production", les Vignerons coopérateurs visent des solutions innovantes, pas seulement des réponses au coup par coup. "Il ne faut pas juste faire sauter les souches, mais aller chercher d'autres marchés", plaide Anthony Bafoil. D'autant que la filière, pendant la parenthèse désenchantée du Covid, a "continué à travailler, à payer les taxes foncières, sans coûter d'argent à l'État", glisse le président de la section Gard. 

Dans ce contexte inflationniste et international défavorable, avec une perspective du prix du verre à la hausse de 25 % supplémentaires, il convient, selon Christophe Groppi, de "suivre les mouvements, mais les chiffres ne sont pas si mauvais". Alors que l'Argentine est frappée par une inflation de 70 % ou que l'Australie a perdu le marché viticole chinois, la part d'export, selon les segments IGP, varie entre 25 et 40 %. Il y a 30 ans, la présence de la production des coopératives en grande distribution atteignait 75 %, pour à peine représenter 30 % aujourd'hui sur les vins tranquilles. 

Si des efforts ont là aussi été concédés par les viticulteurs et les structures coopératives pour cocher les cases de la HVE (Haute valeur environnementale), "le prix convenu n'y est pas", réitère Anthony Bafoil. "Aujourd'hui, les coûts de production de 3 à 3,50 €/hl en plus sont bouffés sur les exploitations. Ce n'est pas suffisant vu les efforts fournis depuis dix ans."

Pertes dues au gel : 120 entreprises éligibles au dispositif aval 

Déplorant que des négociants ne soient pas allés "chercher les marchés", dans la crainte d'un manque de volumes suite au gel de 2021, les exploitations agricoles ont pu bénéficier du dispositif dédié à l'aval, d'abord pour la filière fruits et légumes, pour la viticulture ensuite. Une aide liée à la perte directe de l'exploitation, en cas de récolte altérée. "La variable d'ajustement, c'est la rémunération", indique Anthony Bafoil. Destinée à l'exploitant, l'aide est conditionnée au cumul de l'étendue du gel, des pertes de récolte et d'EBE (Excédent brut d'exploitation). Ainsi, il faut être touché à 65 %, avoir subi des pertes d'au moins 20 % et de 30 % d'EBE, et que la coopérative puisse avancer les frais, alors qu'en cas de pertes, les frais fixes (divisés par le nombre d'hectolitres rentrés) sont diminués. L'idée étant de faire payer ces frais au montant habituel et ceux liés aux hectolitres manquants, en tant que perte. Payée pour moitié par l'État et par les coopératives, cette aide concernerait entre 120 et 130 structures coopératives potentielles en Occitanie. "Qui ira ? Je ne sais pas", répond Christophe Groppi, car il faut "avoir la trésorerie pour financer à hauteur de 50 %", en pleine explosion des factures. 

Malgré sa viabilité affichée, la coopération alerte cependant si les pouvoirs publics venaient à faire la sourde oreille dans les mois, voire les semaines qui viennent. Outre un possible mouvement de gronde dans les rues de Nîmes, sans réponses, le marché risque de s'affaisser "en mars, avril", prévoit Christophe Groppi. 

Philippe Douteau •

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