NOUVEAUX INSTALLÉS
À l'occasion de ses 70 ans, l'Acta - représentante du réseau des instituts techniques agricoles - révèle les résultats de l'étude Ipsos-BVA sur les nouveaux installés en agriculture, lors d'une conférence-débat. Comment se forment-ils ? Comment s'informent-ils ? Quelles sont leurs attentes ? Tour d'horizon.
Le 3 juin dernier, Ipsos-BVA dévoilait en avant-première les résultats d'une enquête réalisée en avril sur le profil des nouveaux agriculteurs installés il y a moins de cinq ans.
© Crédit photo : Acta
Le 3 juin dernier, à l'occasion de la conférence-débat marquant les 70 ans de l'Acta - l'association qui anime et représente le réseau des instituts techniques agricoles -, Damien Barnier, directeur d'Ipsos à Lyon, présentait en avant-première les résultats d'une enquête inédite réalisée auprès de 307 agriculteurs installés depuis cinq ans ou moins.
L'image du jeune "héritier" reprenant la ferme familiale n'est plus la seule valable. Si un peu plus d'un nouvel installé sur deux a des parents agriculteurs, 35% viennent de milieux ruraux non héritiers et 10% sont des reconvertis issus de classes moyennes ou supérieures. Ces exploitations sont aussi plus grandes : "92 hectares de SAU en moyenne, contre 69 ha à l'échelle nationale." Un tiers des nouveaux installés conduit son exploitation en agriculture biologique (le double de la moyenne nationale), et 34% n'ont aucune formation initiale agricole.
Pour Édouard Barkhausen, néo-vigneron en Dordogne et ingénieur de formation, la reconversion s'est faite au fil de sa carrière de consultant auprès de la filière viticole : "Ça m'a donné envie de passer de l'autre côté de la barrière." Il a repris une petite exploitation d'un vigneron sans repreneur il y a trois ans. "Il est un peu mon ange gardien, j'ai tout à apprendre car, même si j'ai la théorie, je manque encore d'expérience terrain", reconnaît-il. Car oui, les nouveaux agriculteurs ont un besoin d'information important.
Près de trois nouveaux installés sur quatre s'informent via des supports digitaux, en mobilisant en moyenne 3,7 supports différents. Les réseaux sociaux dominent : Facebook en tête (72% des utilisateurs de réseaux sociaux), devant Instagram (39%) et YouTube (22%), avec des usages variant selon les profils. Facebook est davantage plébiscité par les héritiers, Instagram par les reconvertis.
Pourtant, la connectivité ne se traduit pas en satisfaction : la note moyenne attribuée à l'information disponible pour piloter l'exploitation atteint 6,7/10, et à peine un nouvel installé sur dix se dit "très satisfait". Les griefs sont variés : information trop générale, pas assez adaptée au terrain, parfois perçue comme biaisée commercialement. Les besoins restent centrés sur le technique - météo, itinéraires, santé animale, fertilisation -, la gestion économique ne pointant qu'en 6e position.
Malgré cette insatisfaction, deux signaux positifs se dégagent. Près d'un nouvel agriculteur sur deux se dit prêt à payer pour une information de qualité. "Il y a un besoin de complément et de validation scientifique (...). Je suis prêt à payer pour avoir une information indépendante, afin de rester autonome dans ma prise de décision", confirme Jean-David Chevallier, polyculteur-éleveur laitier en Côte d'Or.
"92% des nouveaux installés estiment qu'il est important de se former en continu", poursuit Damien Barnier. Parmi eux, 49% voient même la formation continue comme "très importante" et 65% ont déjà suivi au moins une formation, proportion montant à 85% chez les reconvertis. Les attentes portent en priorité sur le perfectionnement technique, quelle que soit la filière. "Je fais aujourd'hui un métier qui demande de savoir faire plein de choses. Il faut se former et être en mesure d'adapter le contenu à son propre cas", souligne Édouard Barkhausen, ajoutant "que le timing des formations n'est pas toujours opportun pour le présentiel".
"Devenir agricultrice n'était pas du tout le projet de départ", se souvient Géraldine Marichal, éleveuse de poules, quoique son mari soit polyculteur-éleveur bovin. Sur l'exploitation, la création de ce nouvel atelier a nécessité de se former mais, "plus encore que la production, j'étais intéressée par les formations de gestion et de management. J'en ai notamment suivi une sur le leadership féminin". Pour cette néo-éleveuse, il y a un manque global de formations permettant aux agriculteurs de travailler en autonomie : "On nous vend des services. (...) Et on ne parle pas assez du fait que travailler en famille n'est pas si simple", ajoute-t-elle, suscitant un bruissement d'approbation dans la salle.
Quant au rapport à l'avenir, il tranche avec le reste de la profession : la neutralité prédomine, quand 32% des nouveaux installés se déclarent optimistes, contre 36% pessimistes. Une situation "qui contraste avec la population agricole globale", relève Damien Barnier : le pessimisme atteignait 71% selon l'étude'Agri-Express 15' d'Ipsos publiée en 2024.
POUR ÊTRE précis -
Spontanément, les nouveaux installés pensent d'abord aux Chambres d'agriculture (45%), aux groupements d'agriculteurs (28%) et aux coopératives (20%) pour s'informer sur le pilotage de leur exploitation. Les instituts techniques n'arrivent qu'en 4e position, cités spontanément par 15% des répondants seulement, d'après l'étude Ipsos. Mais le tableau est contrasté : 49% parviennent à citer spontanément au moins un institut technique, mais 32% confondent les instituts avec d'autres institutions, et 22% n'en connaissent aucun. Parmi ceux qui les connaissent, la consultation est en revanche régulière : 85% les consultent au moins une fois par mois, et 32% une fois par semaine.
Interrogés sur les innovations techniques les plus porteuses d'espoir pour leur métier, les nouveaux installés placent l'agroécologie très largement en tête (48% la citent en premier), devant la maîtrise des modes de conduite des cultures ou des élevages (31%), le progrès génétique (23%), les progrès de l'agroéquipement (22%) et la robotique (20%). Numérique et intelligence artificielle ferment la marche avec seulement 15%. Un résultat cohérent avec les pratiques déclarées : un tiers des nouveaux installés conduit son exploitation en agriculture biologique, et 36% en agriculture raisonnée. L'aspiration à des systèmes à moindre impact semble précéder, ou du moins accompagner, l'installation elle-même, bien avant que les outils numériques ou la robotique ne s'imposent dans l'horizon des priorités. Pour Émeric Pillet, directeur général de l'Idele, la position de l'agroécologie est "une preuve de bon sens" quand la position du numérique peut surprendre, quoique robotique, IA, numérique et agroéquipement pourraient se rejoindre. Il est, d'après lui, davantage question de voir comment le numérique accompagnera la transition des exploitations.
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