GARD
Amoureux de l'agriculture et des bons produits, Essaïd El Moussaoui a mis toute son énergie pour développer une belle exploitation viable, qu'il espère transmettre à un passionné comme lui.
28/02/25 - Portrait Essaid El Moussaoui, producteur de fraises à Sommières (30)
© Crédit photo : VH
Près d'Aspères dans le Gard, les serres d'Essaïd El Moussaoui sont posées au milieu de champs de vignes, fraîchement taillées et pas encore débourrées. Sous un joli soleil d'hiver, ses plants de fraisiers bien abrités attendent un peu plus de chaleur. Il a planté 20 000 pieds de cléry et murano entre Noël et le jour de l'An. Il en attend dix tonnes. Sa production de fraises est complétée par des planchons cultivés avec une variété plus tardive : la joly, qui démarre en mai sur des parcelles en plein air et qui devrait lui apporter 6 ou 7 t supplémentaires. Les fraises sont en retard cette année. D'habitude début mars, elles sont encore vertes, mais avec un diamètre d'un centimètre au moins. "Il y a eu beaucoup de froid. Seules quelques fleurs ont perdu leurs étamines."
Essaïd El Moussaoui produit le plus possible sans traitement. Il ne fait pas de hors-sol et ses serres ne sont pas chauffées. Sans être "bio", il ne lui viendrait pas à l'idée de cultiver des produits qu'il ne mangerait pas lui-même. La certification HVE lui convient bien, un label qui respecte en premier lieu l'être humain. Il est l'un des derniers à produire de la fraise dans le secteur : "Trop de concurrence du Sud et pourtant, il y a tellement de terres irriguées et non cultivées !", déplore cet amoureux de la terre et des bons produits. Pour éviter au maximum l'utilisation de substances chimiques, il cultive ses plantes en rotation. Dans ses serres, les fraises seront cueillies entre fin mars et mi-juin. Ensuite, il fera trop chaud et les fraisiers seront arrachés et remplacés par un mélange de navets et de sorgho, qui sera plus tard incorporé au sol pour servir d'engrais vert.
Sa connaissance des plantes et des bonnes rotations lui vient de ses 35 ans d'expérience et aussi de son goût pour la botanique. "Au Maroc, tout petit, je travaillais dans les terres. Je suis arrivé en 1988, en France, j'avais 22 ans." Avant cela, il venait les étés dans la région pour travailler tout en faisant ses études en botanique à l'université et puis, il est tombé amoureux. "Je me suis marié et j'ai aujourd'hui quatre enfants. Comme j'aimais les plantes et que je connaissais le travail de la terre, j'ai commencé petit à petit à m'installer comme maraîcher." D'abord des melons et des courgettes, vendus aux marchés de gros. Puis progressivement, d'autres produits. Aujourd'hui, il cultive 75 va- riétés de fruits et légumes d'hiver, de printemps et d'été : 25 variétés de tomates, 6 variétés de melons, 7 de choux, des poireaux, des concombres, 3 variétés de pastèques, 4 d'aubergines, 5 de poivrons et 2 de piments, sans compter les céleris-raves, les céleris-branches et 7 variétés de salades, 5 variétés d'oignons, et aussi des artichauts et des côtes de blettes, etc. Très organisé, Essaïd a tout un planning de plantations qui démarre dès le début mars en plein champ, puis une autre série en juillet-août pour les plantations d'hiver. L'exploitation compte aussi cinq hectares d'asperges, mais en retard comme les fraises, à cause du froid. "Il y a eu beaucoup de pluie, c'est bon pour la végétation, mais il faudrait un petit peu plus de chaleur maintenant !"
Dans les serres, les bourdons font leur travail autour des fleurs. Une ruche est posée au milieu de chacune. Une technique de pollinisation naturelle utilisée depuis des années et qui fonctionne très bien.
Globalement sur les fraises, il ne met pas de substances chimiques, préférant de l'engrais organique pour favoriser l'enracinement ou le fer qui empêche le jaunissement des feuilles ; des produits autorisés en bio. "Le bio c'est du marketing. J'ai la responsabilité de nourrir des gens, je ne vais pas les empoisonner", explique ce pragmatique. "Quelquefois pour sauver une récolte, on n'a pas le choix d'utiliser certains produits comme du calcium pour les fleurs de tomates. Contre les pucerons, les produits de contact partent à l'eau."
Son principal débouché est le Mas des agriculteurs à Nîmes, avec lequel il réalise 30 % de son chiffre d'affaires. "Le mas a été une bouffée d'oxygène pour les producteurs. Il joue la carte locale et la solidarité nationale. Par exemple, en vendant des clémentines de Corse et non pas d'Espagne." Lors de sa création, il a été parmi les premiers à s'investir pour son développement aux côtés de Dominique Granier, à l'époque président de la Chambre d'agriculture du Gard. Essaïd El Moussaoui fait d'ailleurs partie du conseil d'administration : "Dans le projet, on avait estimé les ventes à 3,5 millions. On atteint aujourd'hui huit millions de chiffre d'affaires !"
Grâce au Mas, les producteurs sont sollicités pour des contrats. Essaïd travaille notamment avec les cantines de Nîmes depuis 6 ou 8 ans, à raison de 2 gros services qui représentent chacun 700 à 800 kg de fraises d'un coup. À cela s'ajoute de la vente directe dans deux boutiques et deux points de vente en bord de route durant la saison. Pour faire tourner la ferme, Essaïd embauche jusqu'à 17 personnes l'été en plus des 3 permanents.
Du haut de ses 61 ans, Essaïd El Moussaoui aimerait bien trouver un repreneur, quelqu'un à qui il cèderait son outil de production. Ce qui lui importe, c'est de transmettre le fruit de son travail. "Je cherche quelqu'un qui veuille s'installer dans trois ans, quelqu'un que j'accompagne et qui s'intéresse", espère Essaïd. "Et je le garantis, il gagnera sa vie en faisant un beau métier !"
"Mon père est un vrai passionné", confirme une de ses filles, qui tient une des boutiques de fruits et légumes. "Il y a un potentiel énorme dans cette région, de l'eau, de la pluie, mais tout est à l'abandon en Occitanie : 100 000 hec- tares irrigués sont en friche et il y a de plus en plus de terres disponibles avec l'arrachage des vignes !"
Pessimiste pour l'avenir de l'agriculture en France, il reconnaît cependant que les gens ont pris conscience de l'importance de la qualité des produits. Même s'ils sont encore trop nombreux à manger des fraises en hiver. "Les gens ne savent pas vraiment comment on cultive les végétaux. Les fruits surtout ont besoin de soleil, cultiver des fraises en hiver, même en serres chauffées, cela ne peut pas être bon !"
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