Var 27/05/2020
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Une reprise progressive pour l’horticulture

À force de travail et de pugnacité, la filière horticole relance le commerce de fleurs coupées et plantes en pot, dans des conditions qui restent compliquées. Si, globalement, la situation semble moins catastrophique que les professionnels le craignaient, la filière enregistre néanmoins de lourdes pertes, et craint pour son avenir.

Le Marché aux fleurs de Hyères a fait un travail de fourmi pour relancer le commerce de la fleur coupée, dès la mi-avril, avant de pouvoir rouvrir la vente au cadran au moment du déconfinement.

À Hyères, la Sica Marché aux fleurs a repris, petit à petit, après avoir été stoppée net jusqu’à début avril. “Pendant le confinement, on n’a fait que de la pivoine. Le service commercial du Marché a beaucoup travaillé pour trouver des débouchés, et on a commencé, mi-avril, à avoir de petites commandes par le biais de grossistes. On en a alimenté deux, puis trois, qui expédiaient essentiellement vers l’Europe du Nord, même en Russie, dès lors qu’il y avait des possibilités de transport. Les quantités ont augmenté progressivement, et on a pu remettre en route la chaîne d’emballage, en levant le chômage partiel d’une partie de notre effectif pour préparer les produits. Le marché français ne s’est réveillé que plus tard, la dernière semaine d’avril“, témoigne Michel Gueirard, président de la Sica Maf de Hyères, rouage essentiel de la fleur coupée du Var.

Le Marché a aussi travaillé avec différents réseaux, et mené une opération1 sur une semaine en grande distribution, en lien avec la Chambre d’agriculture. “Ça a été un vrai travail de fourmi, mais ça a permis d’écouler du produit. Cela a aussi permis à certains distributeurs de redémarrer doucement“, souligne Michel Gueirard.

Une relance construite pas à pas à la Sica Maf

Depuis le déconfinement, le 11 mai, le cadran a rouvert, en respectant les mesures barrières. L’accès au site est toutefois limité. Les clients sont installés une table sur deux, en quinconce, gel hydro-alcoolique à portée de main, avec  port du masque obligatoire. Le retrait des marchandises est organisé de sorte à limiter contacts et proximité. Avec la réouverture de leurs boutiques, les fleuristes y ont fait leur retour, même “s’ils achètent avec prudence“, indique Michel Gueirard.

Les apports sont aussi très encadrés : les producteurs peuvent être accueillis le matin, à partir de 9 h, une fois les ventes terminées. “On a pu bien travailler avec les services de la DDTM, pour la réouverture et pendant toute la crise, pour faire remonter un maximum d’informations“, apprécie le président de la Sica.

La mobilisation générale a ainsi permis de sauver les meubles, mais les pertes sont énormes. Depuis le 16 mars, la société enregistre une baisse de 56 % de chiffre d’affaires, tous produits confondus, dont -20 % sur la pivoine, tête de proue de la production varoise. “On a réussi à vendre de la pivoine sans la brader, mais en pratiquant un prix attractif sur la base des prix de l’an dernier. On a perdu la production précoce, qui est la mieux valorisée. On a aussi perdu sur l’anémone, la renoncule, la tulipe… On perd aussi un mois de rose, malgré les efforts des producteurs pour retarder au maximum les cultures et arriver jusqu’à la fête des mères“, ajoute Michel Gueirard.

Pour le président de la Sica, le Marché aux fleurs, en plus de sa mission commerciale, a joué son rôle social. “On est resté en contact avec les différentes organisations professionnelles et les producteurs ; ça aussi, c’est important. Et puis, grâce à la bonne santé de la structure, on a continué à payer les producteurs. Comme on ne peut pas distribuer de l’argent sans avoir de rentrées – et dans la mesure où les entreprises ont accès au prêt garanti par l’État – on a demandé à nos clients de se mettre à jour de leur paiement, pour pouvoir continuer à acheter. Ils le font au fur et à mesure“, explique Michel Gueirard.

L’avenir reste bien incertain. “On a fait tout ce qu’on a pu pour survivre, maintenant il faut que l’État prenne de vraies mesures pour l’horticulture. On parle beaucoup d’environnement, c’est bien. Mais si nos entreprises crèvent, on n’arrivera à rien“, défend-il.

Le local comme moteur du redémarrage chez Ottenwalder

À Fréjus, chez les Frères Ottenwalder, producteurs de plantes en pot, l’année 2020 s’annonçait sous les meilleurs auspices. La crise sanitaire a mis un coup de frein brutal à l’activité. “On a eu une très grosse baisse du chiffre sur la dernière quinzaine de mars et début avril, puis on a recommencé à travailler avec un grossiste et un détaillant, sur la deuxième quinzaine d’avril“, explique Ollivier Ottenwalder. “En plantes en pot, on a pu redémarrer un peu plus tôt que nos collègues de la fleur coupée sur un malentendu : la grande distribution et les jardineries ont eu le droit de vendre des semences et plants maraîchers, ce qui a ouvert des portes. Le gros des pertes s’est surtout fait sur de la plante fleurie de cycle relativement court, qui ne pouvait pas être rattrapée. Sur des plantes plus pérennes comme l’hibiscus – un des produits phares de notre entreprise –, on a d’abord annulé la dernière série de production prévue et, une fois passée la sidération, on a retaillé les précédentes pour les décaler. Du coup actuellement, avec la reprise, on se retrouve en manque de produits. Dès que c’est en bouton, on fait partir. Mais on est quand même pas mal bousculé“, poursuit-il.

Sur les semaines de mars, le producteur a dû jeter pour environ 60 000 € de marchandises. Le chiffre d’affaires habituel du mois a été amputé de 50 %. “On a donné des plantes aux hôpitaux d’Antibes et de Fréjus, ça fait vraiment mal au cœur de jeter...“

La reprise d’activité s’est faite en local chez les frères Ottenwalder. “On a repris avec un grossiste, qui travaille en grande distribution, et un marchand de fruits et légumes voisin, qui a un gros rayon plantes et dont les clients étaient en demande. On voit aussi qu’on travaille davantage avec des clients du secteur, qui ont eu des difficultés d’approvisionnement et qui redécouvrent nos produits. Il faudra voir si ça dure“, observe Ollivier Ottenwalder.

Sur avril, l’entreprise enregistre tout de même une baisse de 25 % de son chiffre d’affaires. Malgré la reprise, mai sera encore en dessous des résultats habituels. “C’est moins pire que prévu, alors finalement on serait presque content, mais ça n’est pas encore ça. Au mois de mai, on fait généralement entre 65 000 et 70 000 euros par semaine. Là, on fait encore moins 10 000 euros par semaine par rapport à d’habitude. On a la chance que la fête des mères arrive tard cette année, on verra ce que ça donne“, déclare Ollivier Ottenwalder, qui espère un retour à une activité plus normale d’ici juillet.

En restant optimiste, l’horticulteur table sur une perte globale de 450 000 €, sur un chiffre d’affaires annuel qui se situe habituellement entre 1,2 et 1,3 million d’euros. L’entreprise a eu recours à un Prêt garanti d’État de 250 000 €. “Si on pouvait être indemnisé sur nos pertes, on pourrait rembourser sur un ou deux ans. Sans ça, il faudra peut-être tirer au-delà des cinq ans prévus, avec les intérêts que cela induirait“, estime Ollivier Ottenwalder. 

Gabrielle Lantes

 

1 Lire notre édition du 17 avril 2020, page 3.

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