LIGNE THT FOS-JONQUIÈRES
Lundi 2 juin à Arles, la Commission nationale du débat public a réuni élus, citoyens et agriculteurs autour des alternatives au projet. Bien décidés à ne pas laisser passer une ligne aérienne au-dessus de leurs terres, les opposants à la ligne très haute tension font bloc.
À Arles, les opposants à la ligne très haute tension ont fait bloc.
© Crédit photo : ED
Le ton était donné dès l'entrée du palais des congrès d'Arles. Tracteurs en cortège, gardians montés sur leurs chevaux, banderoles du collectif 'Stop THT' 13-30, slogans scandés et pancartes brandies. À l'intérieur, la salle était pleine à craquer, remplie de riziculteurs, d'éleveurs, de citoyens inquiets et d'élus remontés. Tous venus pour dire non, une fois de plus, au projet de ligne très haute tension (THT) aérienne porté par Réseau de transport d'électricité (RTE).
Ce projet d'envergure, commandé par l'État, prévoit une ligne de 400 000 volts sur 65 kilomètres, jalonnée de 180 pylônes géants de 50 à 90 mètres de haut. Objectif : sécuriser l'approvisionnement électrique de la région et accompagner la décarbonation du pôle industriel Fos-Berre, deuxième zone la plus polluante de France. Un projet industriel stratégique, donc. Mais une menace existentielle, selon ses détracteurs, pour l'agriculture, la biodiversité et les paysages traversés, notamment le Parc naturel régional de Camargue, la réserve des Coussouls de Crau et plusieurs zones Natura 2000.
À l'intérieur comme à l'extérieur, les voix des opposants s'expriment. Celle de Bertrand Mazel, président du Syndicat des riziculteurs de France, pour qui "le refus de la ligne aérienne et du tracé actuel, destructeur pour l'agriculture, l'agritourisme et la biodiversité" est catégorique. Un avis partagé par tous. Paul Collard, vice-président des Jeunes agriculteurs du canton de Beaucaire, ajoute : "On n'est pas contre les industriels. On comprend les enjeux de décarbonation, mais pas à n'importe quel prix, pas en sacrifiant nos terres".
Au cours de la soirée, dans l'assistance, les opposants affichaient une unité remarquable.
Censée alimenter le débat, la tierce expertise commandée par l'État à Centrale Supélec n'a fait qu'alimenter la défiance. En validant largement la solution proposée par RTE, elle a renforcé la conviction des opposants que la concertation n'est qu'une façade. Les témoignages au micro se sont succédé, dénonçant une "mascarade démocratique", un processus "biaisé", une "fuite en avant technocratique". "Après deux ans de réunions, on a le sentiment que tout est déjà joué", a lâché un éleveur de la Crau, amer.
Même son de cloche du côté de l'élu local. Patrick de Carolis, maire d'Arles, a fustigé l'approche descendante du projet : "Personne ne conteste la nécessité de décarboner ni la volonté d'attirer de nouveaux projets industriels. Mais ce tracé dévastateur n'est pas acceptable. Il faut relire le discours du président Macron à Belfort : les projets doivent être acceptés".
Face à ce rejet massif, les agriculteurs ne se contentent pas de dire non. Ils avancent des alternatives précises et structurées. Ils défendent l'enfouissement de la ligne, mais pas n'importe où. "Elle doit passer sur des terrains appartenant aux opérateurs publics ou sur des emprises industrielles, à l'écart des terres agricoles, afin de préserver l'outil de production", insiste Clément Lajoux, porte-parole des Collectifs des organisations professionnelles agricoles des Bouches-du-Rhône et du Gard, le Copa 13-Copa 30.
La profession réclame également une vraie co-construction du tracé, impliquant pleinement les élus locaux, les agriculteurs, les citoyens et les industriels, dans une démarche de concertation digne de ce nom. Enfin, elle demande la réalisation d'une étude sérieuse et approfondie sur les conséquences économiques et environnementales de cette ligne THT et des projets qu'elle dessert, notamment sur les exploitations, les paysages et l'agritourisme qui font vivre tout un territoire.
Présent dans la salle, Georges-François Leclerc, préfet de région, a tenté de ménager les tensions : "Ce projet vise à répondre à une très forte attente de développement industriel. Mais il doit aussi combiner plusieurs intérêts publics majeurs".
Des propos mesurés, mais qui n'ont pas suffi à apaiser l'auditoire. Romain Blanchard, président de la FNSEA 13, s'est directement adressé à lui : "Si cette ligne est aussi vitale que vous le dites, il est de votre devoir de la protéger des risques climatiques et extérieurs. Donc, enterrez-la !".
Ce qui s'est exprimé à Arles dépasse la simple opposition à un projet d'infrastructure. Il s'agit d'une rupture de confiance entre un territoire et l'État. Ce territoire, qui a accepté des contraintes fortes depuis des décennies - zones inondables, réglementations Natura 2000, protection du patrimoine - refuse aujourd'hui de se voir imposer un équipement massif sans réelle concertation.
"Depuis près de 70 ans, l'État nous a demandé de bâtir un modèle économique auquel contribuent les agriculteurs, fait sur le patrimoine, la nature, l'environnement. On ne peut pas aujourd'hui tout sacrifier au nom de l'industrie", insiste le maire d'Arles.
Alors que la Commission nationale du débat public arrive au terme de sa mission, cette réunion a confirmé l'impasse actuelle. D'un côté, un État déterminé à faire avancer un projet jugé stratégique. De l'autre, un territoire mobilisé, soudé, qui réclame une alternative plus respectueuse et mieux concertée.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Mais à Arles, une chose est sûre, les opposants ne lâcheront rien.
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