CARNOULES
Sur les terres de Michel Giovinazzo, la pivoine a gagné du terrain depuis une douzaine d'années, pour devenir aujourd'hui la production principale de l'exploitation. L'horticulteur y cultive aussi la passion du métier, héritée de son père, qu'il transmet désormais à ses garçons.
Michel Giovinazzo, horticulteur, Carnoules
© Crédit photo : GL
Michel Giovinazzo a 17 ans quand il commence à travailler avec son père, qui lui a légué son prénom et son goût pour l'horticulture. Pour la rose en particulier. "Papa est venu d'Italie en 1961 et, à partir de là, il a toujours travaillé dans la rose et moi j'y ai grandi", retrace l'agriculteur.
La rose, c'est la grande passion de l'horticulteur. Quand il s'installe à son compte en 1992, il investit dans la construction de 2 500 m² de serres, dédiées à la culture, hors-sol et chauffée, de roses pour la fleur coupée. En quatre ans, il double la surface et s'y consacre pendant une vingtaine d'années.
Le choc pétrolier de 2008 change la donne. "Avec le prix du combustible, ce n'était plus rentable. En 2009, j'ai essayé l'éclairage pour augmenter ma production mais, là encore, le coût de l'énergie était bien trop cher", se souvient Michel Giovinazzo. Au début des années 2010, l'horticulteur décide de convertir une partie de ses serres à l'anémone, puis d'arrêter totalement la rose. La mort dans l'âme.
En parallèle, il plante ses premières pivoines et se met au maraîchage. "Les anémones permettaient d'avoir un retour rapide sur investissement dans la mesure où j'avais les serres. Mais ça ne suffisait pas à faire vivre l'exploitation. Alors on s'est diversifié, le temps de planter petit à petit de nouvelles pivoines et d'attendre qu'elles entrent en production", explique le producteur. Les légumes et fruits vendus en direct soutiennent la transition. Mais Michel Giovinazzo mettra un terme à l'expérience maraîchère, "déçu de voir les clients repartir vers les importations et les supermarchés après le Covid".
Entre 2014 et 2022, Michel Giovinazzo se lance aussi dans la boulangerie. Pendant huit ans, il passe ses journées sur l'exploitation et ses nuits au fournil. "J'ai été un peu fou. Et puis, après la rose, je dois dire que j'ai eu du mal à retrouver la même passion pour ce que je faisais. Je me suis un peu cherché", confie-t-il avec le recul.
Il revient pleinement à la fleur pour installer ses fils sur les terres familiales. Michel, le cadet, en anémone ; Romain, l'aîné, en arum et pivoine. Père et fils totalisent aujourd'hui 32 000 rhizomes de 16 variétés différentes de pivoines, dont les plus jeunes sont entrées en production cette année. Accompagné par le groupement de producteurs Philaflor, Michel Giovinazzo les a choisies selon leur qualité, leur rendement, leur potentiel de commercialisation et leur compatibilité avec les conditions de production. À l'écart du littoral, "le climat est optimal" à Carnoules, apprécie l'horticulteur. "L'hiver, on a la chance d'avoir un peu plus de froid que sur Hyères, principal bassin de production, ce qui aide au bon développement de la plante qui a besoin de froid", indique-t-il.
La grande diversité des espèces permet surtout d'étaler et d'organiser au mieux le calendrier de production. En saison, les fleurs sont cueillies une à trois fois par jour, pour les plus précoces. Pour arriver au plus tôt sur le Marché aux fleurs de Hyères, où est vendu l'ensemble de sa production, plus de la moitié des surfaces sont couvertes, de sorte à produire dès la mi-mars et jusque fin mai. Du moins quand tout se passe comme prévu. Cette année, les conditions météo fraîches de début de saison ont quelque peu retardé les cultures, entraînant davantage de concurrence et une baisse des cours.
Aux champs, les pivoines - installées pour une quinzaine d'années - sont plantées après un léger labour et un apport de fumier (généralement bovin), renouvelé chaque année et complété par la ferti-irrigation pilotée selon les besoins. Les cultures sont équipées d'un système de goutte-à-goutte, mais aussi d'asperseurs. "Je préfère le goutte-à-goutte, plus économe en eau, qui freine aussi le développement des adventices. Je n'utilise l'aspersion que pour refroidir les sols si c'est nécessaire, en début de printemps", précise Michel Giovinazzo.
Le même souci d'économie s'applique concernant les traitements phytosanitaires. "Quand on cueille, on se débarrasse des cétoines avec les doigts ou le sécateur, et on laisse fleurir les pivoines pas assez belles pour être vendues pour les attirer", illustre le producteur. "On évite toute intervention inutile ; et quand on doit traiter, contre les othurinques principalement, on attend la nuit pour ne pas faire de dégât sur les abeilles et la biodiversité", poursuit-il.
La gestion de l'enherbement se fait quant à elle mécaniquement entre les rangs, et manuellement sur le rang.
Au fil du temps, Michel Giovinazzo a appris à aimer les pivoines, devenues star de la production varoise de fleurs coupées. Il encourage néanmoins ses fils à se diversifier. "C'est une belle fleur, mais c'est une fleur capricieuse, qui peut donner de grandes satisfactions comme de grandes déceptions. C'est bien en complément ou en fin de carrière, comme moi. Mais aujourd'hui, on ne peut plus se baser sur une seule culture. À part un petit coup de grêle, j'ai eu la chance d'échapper jusqu'ici à un gros aléa. Mais on n'est jamais à l'abri", souligne-t-il en touchant du bois.
C'est dans cette perspective qu'il accompagne désormais ses fils, qui ont chacun de nouveaux projets de plantation. Un hangar photovoltaïque devrait d'ailleurs bientôt abriter une nouvelle salle d'emballage. En attendant, Michel Giovinazzo se réjouit de travailler au quotidien avec ses garçons. "On partage tout, c'est l'avantage de travailler en famille. Surtout, on s'entend tous bien. Même si ça gueule parfois, c'est vite passé", sourit le producteur. "Moi, j'ai fait mon travail, je leur ai transmis le goût de la terre et l'esprit de famille. J'espère que ça se passera bien pour eux", souhaite-t-il sim- plement. Heureux de voir la relève assurée.
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