Pyrénées-Orientales 16/07/2026
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INCENDIES

Après le feu, la soif

Tuyaux d'irrigation endommagés, récoltes perturbées et menace du goût de fumée sur les futures cuvées... Dans les Pyrénées-Orientales, l'incendie de Trévillach est désormais maîtrisé, mais les agriculteurs doivent maintenant gérer les contrecoups du sinistre et faire face à des conséquences indirectes complexes. Derrière les parcelles calcinées, se cachent des difficultés techniques et logistiques qu'il va maintenant falloir surmonter.

L'incendie de végétation qui a débuté le 4 juillet vers 19 h 30 aux abords de Trévillach, Montalba, Tarérach, Rodès et Ille-sur-Têt a été déclaré "fixé" le 11 juillet à 18 h 30. En une semaine, le feu a parcouru près de 5 000 hectares.

© Crédit photo : CA 66

"Au-delà des parcelles brûlées, les fumées, la chaleur et l'impossibilité d'irriguer pendant plusieurs jours vont entraîner des pertes directes et indirectes importantes." C'est par ces mots que Bruno Vila, président de la FDSEA des Pyrénées-Orientales, a alerté la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard. Car le feu n'a pas seulement détruit des cultures, il a désorganisé tout un territoire.

Dans son premier état des lieux, la Chambre d'agriculture fait état de vergers incendiés, de bâtiments agricoles détruits, de matériel calciné et de réseaux d'irrigation endommagés.

Un effet de ricochet dévastateur

Gérard Majoral, président de la Fédération des Pyrénées-Orientales de Groupama Méditerranée et membre du conseil d'administration de la FDSEA, témoigne de la violence du sinistre. Sur le terrain, il rapporte la destruction de serres et de plusieurs hectares de pêchers durement touchés, "soit directement par les flammes, soit par la chaleur dégagée par l'incendie".

Mais le coup d'arrêt le plus brutal concerne l'accès à l'eau. Dans des secteurs critiques comme celui de Bouleternère, les arbres ont été privés d'arrosage durant plusieurs jours, une éternité sous des températures extrêmes couplées à un vent violent. "Avec les conditions climatiques actuelles, l'absence d'irrigation est fatale aux cultures au bout d'une journée pour du maraîchage et deux à trois jours pour de l'arboriculture", alerte la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales. "Au-delà de la production de cette année, c'est le moment où les quelques arbres non touchés font les pousses pour la production de l'année prochaine", rappelle la structure. L'absence d'alimentation en eau s'explique par un double verrouillage technique : "Les systèmes d'irrigation ont été fortement endommagés, voire calcinés", explique Gérard Majoral, "et le réseau électrique local étant coupé, le secteur a dû basculer sur un fonctionnement précaire sur groupe électrogène".

Cette destruction matérielle engendre des conséquences indirectes majeures, qualifiées de "dommages collatéraux" par le représentant agricole. En effet, le destin des parcelles saines est intimement lié à l'état de la tête de station d'irrigation. Si celle-ci se trouve dans une zone préservée, le système reste opérationnel : il suffit d'isoler les parcelles sinistrées pour continuer à arroser le reste. En revanche, si la tête de station est touchée, c'est l'ensemble du réseau qui s'effondre. Bien que totalement préservés des flammes, des dizaines d'hectares de vergers sains se retrouvent instantanément coupés de leur ressource vitale, presque logés à la même enseigne que les terres calcinées. Gérard Majoral qualifie cette réaction en chaîne d'"effet de ricochet dévastateur". Privés d'eau sous une chaleur écrasante, des arbres qui ont échappé au feu se retrouvent ainsi condamnés à une agonie hydrique silencieuse, illustrant comment un sinistre localisé peut paralyser une zone beaucoup plus étendue.

Dès que les voies d'accès ont été rouvertes à la circulation, une course contre la montre s'est engagée pour acheminer les secours techniques.

"C'est à la famille agricole de leur donner le courage de se relever, car rien ne remplace une main sur l'épaule"

Priorité absolue a été donnée aux spécialistes des réseaux hydrauliques. "À l'heure actuelle, le bilan chiffré reste impossible à établir précisément", déclare Gérard Majoral, l'accès aux parcelles ayant été longtemps interdit et la priorité ayant été donnée aux réparations urgentes.

Une crise en chaîne

La désorganisation est aussi logistique. Sous le coup des évacuations et des mesures de sécurité, de nombreux agriculteurs ont été privés d'accès à leurs terres pendant plusieurs jours, laissant parfois des fruits mûrs sur les arbres. L'activité des stations de conditionnement, véritables maillons de la filière locale, a elle aussi été perturbée. Certaines ont dû ralentir ou interrompre leur activité, à l'image du site d'Ille-Roussillon, temporairement fermé.

"Les pertes ne sont pas seulement liées aux flammes. On pense spontanément aux arbres brûlés, mais il y a aussi tous les dégâts que l'on ne voit pas immédiatement, comme les arbres qui n'ont pas pu être irrigués ou les fruits qui n'ont pas pu être récoltés", insiste Denis Basserie, président du comité technique départemental des Pyrénées-Orientales de la Safer Occitanie et vice-président de la Fédération des Pyrénées-Orientales de Groupama Méditerranée.

À ces conséquences s'ajoute un second sinistre : la canicule qui est venue fragiliser davantage les cultures. "Ces derniers jours, nous enregistrons des déclarations de sinistres liés aux fortes chaleurs. On observe de la défoliation sur certaines vignes, mais aussi des grappes complètement flétries, brûlées par le soleil", explique Denis Basserie. "On pensait partir sur une très belle récolte grâce aux pluies du printemps. Entre l'incendie et la canicule, la situation s'est brutalement dégradée", regrette-t-il.

Le spectre du goût de fumée

Une fois le feu maîtrisé, l'inquiétude des viticulteurs se déplace des parcelles vers les chais. Le danger, désormais invisible, plane sur les grappes épargnées par les flammes mais longuement enveloppées par d'épaisses fumées. Des analyses techniques sont actuellement menées pour détecter la présence du redoutable goût de fumée dans les baies. Ce défaut organoleptique majeur menace de gâcher les vinifications à venir et d'impacter durablement la production bien après l'extinction du sinistre.

Au-delà de la récolte en cours, c'est l'avenir même du vignoble qui se joue sur les parcelles frôlées par l'incendie. Sur ce point, la Chambre d'agriculture recommande la patience et met en garde contre tout arrachage hâtif. Le véritable verdict sur la survie des plantes ne pourra être posé qu'à l'hiver : il faudra en effet attendre le repos végétatif pour tailler les vignes touchées et évaluer leur capacité de régénération. D'ici là, dans les secteurs où le réseau hydraulique a pu être rétabli, l'irrigation immédiate reste le meilleur espoir pour aider les ceps à surmonter le choc thermique et stimuler leur reprise.

L'heure de l'entraide

Face au désastre, la solidarité s'est immédiatement organisée sur tous les fronts. Tandis que les équipes de Groupama déploient des renforts sur le terrain pour accélérer les expertises et l'accompagnement des exploitants touchés par l'incendie, les Jeunes agriculteurs et la FDSEA 66 se sont mobilisés dès les premières heures du sinistre, notamment en ravitaillant les sapeurs-pompiers en fruits et légumes frais.

Mais au-delà des pertes matérielles, le choc est avant tout psychologique. "C'est un traumatisme profond pour les producteurs locaux", confie Gérard Majoral. Pour le représentant agricole, la reconstruction passera d'abord par l'humain : "Beaucoup de jeunes agriculteurs ont été touchés. C'est à la famille agricole de leur donner le courage de se relever, car rien ne remplace une main sur l'épaule. On ne laissera tomber personne. Nous sommes dépositaires de ces valeurs d'entraide que l'on nous a transmises, et cet esprit de soutien doit perdurer." 

Anne Vivien •

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