LE CHAMP DES POSSIBLES
Elles sont trois sœurs à avoir choisi de rejoindre l'exploitation familiale. Aux côtés de leur père Alain Cambres, Valentine, Andrea et Carla incarnent la quatrième génération d'une histoire agricole commencée à Saint-Nazaire, il y a plusieurs décennies. Une relève au féminin qui entend poursuivre l'histoire tout en écrivant son propre chapitre. Avec le développement de l'amandier, elle participe déjà à dessiner l'exploitation de demain.
Aux côtés de leur père Alain Cambres, Valentine, Andrea et Carla incarnent la quatrième génération d'une histoire agricole commencée à Saint-Nazaire.
© Crédit photo : AV
Enfant, Valentine Cambres passait des heures dans les champs aux côtés de son père. "Depuis toute petite, ça m'a toujours plu." Pourtant, au moment de choisir sa voie, devenir agricultrice ne s'impose pas comme une évidence. Les difficultés du métier la font hésiter, tout comme l'idée d'évoluer dans un univers qu'elle perçoit alors comme très masculin. Alain Cambres a cinq filles et, à l'époque, aucune ne semble prête à prendre la suite. Valentine craint alors de voir s'arrêter une histoire commencée plusieurs générations plus tôt. "C'était trop difficile de se dire qu'un jour, peut-être, ce ne serait plus à nous." En 2018, elle est la première des sœurs à franchir le pas.
"J'ai dit à mon père : "Écoute, on essaye, je viens bosser avec toi." Il était super content. Je pense qu'il ne s'y attendait pas." Valentine commence comme salariée et apprend les bases du métier aux côtés d'Alain. Ses appréhensions tombent peu à peu. "On arrive à faire beaucoup de choses sans avoir de gros bras. En rentrant dans le milieu, j'ai aussi vu qu'il y avait de nombreuses femmes."
La bonne surprise ne s'arrête pas là. Andrea rejoint à son tour l'exploitation, puis Carla, la benjamine. Aujourd'hui, les trois sœurs travaillent avec leur père. Valentine et Andrea sont davantage présentes sur les cultures de plein champ, tandis que Carla s'occupe plus particulièrement des concombres et des fraises sous serre. "C'est vraiment un immense plaisir de partager ça avec mon père et mes sœurs", confie Valentine.
Sur l'exploitation, les cultures se succèdent au fil des saisons. Artichauts et abricotiers occupent chacun 27 hectares, auxquels s'ajoutent 2 ha de concombres, 3 000 m² de fraises et, désormais, 40 ha d'amandiers. "Moi, ce que j'aime, c'est produire", résume Valentine. Pour la commercialisation, les Cambres s'appuient principalement sur des coopératives et des partenaires, selon les cultures. Les amandes suivent un circuit particulier : préparées après récolte sur l'exploitation, puis séchées dans le département, elles sont vendues à la Compagnie des amandes, en Provence. Un modèle qui permet aux trois sœurs de rester avant tout concentrées sur les cultures. "On aime ce qu'on fait dans nos cultures, dans nos champs. Vendre, c'est un autre métier."
Mais reprendre une exploitation familiale ne signifie pas forcément continuer à produire comme les générations précédentes. Chez les Cambres, les cultures ont beaucoup évolué au fil du temps. La tomate a laissé place à la salade, puis aux artichauts. L'abricot, qui a occupé jusqu'à 70 ha sur l'exploitation, recule aujourd'hui à son tour. Confrontée à des campagnes difficiles et à une valorisation jugée insuffisante, cette production a progressivement perdu du terrain.
Pour prendre le relais, Alain Cambres et ses filles ont choisi l'amande. "Tout le monde n'y croit pas dans le département, mais c'est le nouveau projet qui nous fait avancer", sourit Valentine. Les premiers arbres sont plantés début 2023. Trois ans et demi plus tard, la famille compte déjà 40 ha d'amandiers, dont une trentaine ont connu cette année leur première récolte significative. Moins irriguée sur l'exploitation que l'abricot et semblant mieux supporter les fortes chaleurs, l'amande présente des atouts face aux évolutions du climat.
Autre avantage de taille : l'amande se prête à une récolte mécanisée, dans un contexte où trouver suffisamment de main-d'œuvre pour les campagnes d'abricots est devenu difficile. Les plus grosses récoltes ont mobilisé jusqu'à 100 personnes, contre quatre aujourd'hui pour récolter les amandes. Valentine et Andrea conduisent elles-mêmes la machine, accompagnées d'une ou deux personnes pour la vider. Cette année, une trentaine d'hectares ont ainsi été récoltés en deux semaines.
Pour Alain Cambres, cette mécanisation est aussi une manière de préparer l'avenir de ses filles. "Mon père cherche toujours à améliorer les choses pour qu'on ait de meilleures conditions de vie et de travail que celles qu'il a connues. Son souhait, c'est qu'on ait une exploitation viable et qu'on soit capable de s'en sortir le jour où il ne sera plus là."
Reste que le pari ne se fait pas sans risque. Entre la plantation d'un amandier et ses premières récoltes significatives, "il faut compter au moins quatre ans", explique Valentine. Une période durant laquelle l'exploitation doit pouvoir absorber le manque à gagner. "La force de notre entreprise, c'est d'avoir d'autres cultures qui nous permettent de faire ce pari, car on ne sait pas à 100% si ça va fonctionner."
Prendre des risques, changer de cap, s'adapter : pour Valentine cela fait partie du métier. "Il faut avoir le cran de miser sur quelque chose. C'est un peu ça, la vie des agriculteurs. Notre métier est fait de rebondissements. Il faut toujours aller chercher d'autres cultures, de l'innovation." Le marché comme le climat imposent parfois ces changements. "Mon père a fait de la salade toute sa vie et, aujourd'hui, tout le monde arrête parce qu'elle ne vaut plus rien. On n'a pas le choix que de se réinventer."
Pour les trois sœurs, l'amande a une saveur particulière : c'est le premier projet qu'elles ont pensé avec leur père, "du début à la fin, de la plantation à la récolte", se réjouit Valentine. Une façon, pour cette quatrième génération, de commencer à écrire sa propre page de l'histoire de la famille.
4 générations se sont succédé sur l'exploitation familiale.
3 sœurs : Valentine, Andrea et Carla Cambres travaillent aujourd'hui avec leur père Alain.
8 permanents : Alain Cambres, ses trois filles et quatre salariés, auxquels s'ajoutent des saisonniers.
27 ha d'artichauts
27 ha d'abricotiers
2 ha de concombres
3 000 m² de fraises
40 ha d'amandiers, plantés à partir de 2023.
4 ans entre la plantation d'un amandier et ses premières récoltes significatives
30 ha d'amandiers récoltés en 2026, en 2 semaines.
4 personnes pour assurer la récolte mécanisée des amandes
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