DNC
Traumatisés par une épizootie fulgurante, les éleveurs des Pyrénées-Orientales attendaient des explications scientifiques claires. À l'invitation du préfet, l'expert national, Éric Cardinale, est venu lever le voile sur les mécanismes de la dermatose nodulaire contagieuse, les déplacements d'animaux et l'avenir de la stratégie vaccinale.
Au début de l'infection, la charge virale au niveau du mucus est très élevée, ce qui permet des transmissions "mufle à mufle", en particulier au tout début de la maladie.
© Crédit photo : AV
Bovins abattus, exploitations fragilisées, inquiétudes persistantes... La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a profondément marqué les éleveurs des Pyrénées-Orientales. "La DNC a été et est toujours un véritable traumatisme pour nos éleveurs", a rappelé d'emblée Fabienne Bonet, présidente de la Chambre d'agriculture. Les questions sont nombreuses, parfois douloureuses : comment le virus est-il arrivé jusqu'ici ? Pourquoi ce choix d'une stratégie d'éradication ? Et comment éviter de revivre un épisode aussi violent lors des prochaines transhumances ?
Face à l'angoisse et aux zones d'ombre laissées par la gestion de crise, le préfet, Pierre Regnault de Lamotte, a tenu à rouvrir le dialogue. Conscient du traumatisme vécu sur le terrain et du besoin de transparence, il a souhaité organiser une réunion appuyée sur une parole scientifique solide. "Lorsque l'on prend des mesures aussi radicales, la moindre des choses est d'expliquer et d'informer", a-t-il insisté, portant la nécessité d'un échange plus direct avec les éleveurs.
Aujourd'hui, aucun foyer actif n'est recensé dans le département et 99% du cheptel est vacciné. Mais le passé reste lourd : 497 bovins abattus, des familles éprouvées et une filière encore marquée par un sentiment d'injustice. Cette concertation, attendue et parfois redoutée, devait permettre d'y voir plus clair sur les mécanismes de la maladie, sur les déplacements d'animaux et les perspectives de repeuplement. À la tribune, le vétérinaire épidémiologiste, Éric Cardinale, directeur scientifique 'Santé animale et bien-être animal' à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), a apporté son expertise point par point.
La DNC est une maladie virale à incubation variable : 4 à 14 jours en conditions expérimentales, mais jusqu'à cinq semaines en conditions réelles. Autrement dit, lorsqu'un premier animal commence à présenter des symptômes, le virus circule souvent depuis deux à trois semaines dans le troupeau sans être détecté.
Au début de l'infection, la charge virale au niveau du mucus est très élevée, ce qui permet des transmissions "mufle à mufle", en particulier au tout début de la maladie. Ce mode de contamination n'était pas identifié au lancement de l'épizootie, ce qui contribue à expliquer la diffusion rapide du virus dans les élevages locaux.
Les bovins asymptomatiques peuvent être contagieux : un défi majeur pour les éleveurs, car les animaux malades ne sont pas toujours ceux qui transmettent le virus. Selon les travaux disponibles, la morbidité varie de 5 à 45% et la mortalité autour de 10%, même si le terrain montre parfois des taux plus élevés. Bonne nouvelle toutefois : il n'existe pas de porteurs au long cours. Les bêtes "se débarrassent du virus en environ deux mois".
Le virus survit à des températures extrêmes, jusqu'à -80 °C, et 52 jours en milieu extérieur, mais avec une charge virale insuffisante pour infecter un animal via l'environnement seul. Les rayons UV du soleil l'inactivent. En revanche, les milieux fermés comme les étables sont plus à risque.
Les données actuelles montrent que les insectes piqueurs - notamment taons et stomoxes - sont les principaux vecteurs. La tique fait désormais partie des hypothèses suivies de près : certaines tiques africaines ont été testées positives.
Les périodes chaudes et humides restent les plus favorables à la transmission vectorielle.
Trois facteurs déterminent la sensibilité d'un animal : son statut immunitaire, son âge et sa race.
Lorsqu'un bovin guérit d'une infection naturelle, l'immunité est longue : deux à trois ans selon les travaux de terrain en Afrique du Sud. Avec le vaccin, la protection dure environ un an.
Le vaccin utilisé - vivant atténué - permet au virus vaccinal de se multiplier dans le sang et les muqueuses, ce qui en fait "le vaccin qu'il faut" selon Éric Cardinale : fiable, avec de rares cas d'échec liés à une baisse immunitaire des animaux.
Mais un point reste essentiel : l'immunité vaccinale n'est acquise qu'au bout de 28 jours. Les cas cliniques observés après ce délai dans les P.O. ou dans le Doubs s'expliquent par une infection sauvage, survenue avant ou pendant ces 28 jours. "La seule possibilité, c'est une concomitance", insiste le scientifique.
Les anticorps maternels acquis par le colostrum protègent de deux à quatre mois, lorsque les mères ont été vaccinées. Après, les veaux deviennent pleinement sensibles et doivent être vaccinés. La période idéale pour cela reste le printemps, avant les transhumances.
Si la situation sanitaire s'est améliorée dans les Pyrénées-Orientales, les restrictions sur les mouvements de bovins restent en vigueur. Quelques laissez-passer sont néanmoins possibles, délivrés par la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), notamment pour :
à condition que les animaux soient vaccinés depuis plus de 28 jours.
Pour l'expert de l'Anses, les faits sont clairs : les mouvements d'animaux ont été un facteur clé de la reprise de l'épizootie. Éric Cardinale ne cherche pas à minimiser cette réalité : "Les coupables sont ceux qui ont effectué des mouvements de bétail des zones infectées vers des zones indemnes. La maladie n'est pas arrivée par magie. Fin août, on était à zéro, et ce sont les mouvements intempestifs de bétail qui ont fait repartir l'épizootie."
Dans un territoire où la transhumance et les échanges entre exploitations font partie du quotidien de la filière, la surveillance doit donc rester élevée. La vaccination - lorsqu'elle est complète - protège les animaux, mais ne compense pas un non-respect des règles de déplacement, surtout tant que le virus reste actif dans la zone élargie.
Sur le plan institutionnel, la ligne actuelle reste l'éradication. La DNC a été classée maladie de caté- gorie A par l'Union européenne, soit le niveau le plus élevé : une maladie exotique, très contagieuse, que l'on doit faire disparaître du territoire.
Pour Éric Cardinale, c'est avant tout un choix politique : "C'est très difficile de faire le tri entre animaux infectés, ceux qui ne le sont pas, ceux qui sont immunisés et ceux qui incubent. Le choix politique est de laisser la maladie s'installer ou pas."
Les éleveurs interrogent la stratégie : "Faible mortalité, faible morbidité... alors pourquoi des mesures aussi lourdes ?"
La réponse : ne pas laisser s'installer une maladie nouvelle. L'Espagne et l'Italie ont choisi la même ligne. La Grèce, touchée en 2015-2016, a connu une reprise de la maladie en fin d'hiver malgré la vaccination, mais au bout de deux ans, tout était terminé.
Aujourd'hui, trois scenarii sont sur la table au niveau national pour l'année 2026 :
Le scénario 3 a la préférence d'Éric Cardinale : revaccination ciblée, notamment des veaux sans anticorps colostraux et de tout animal issu d'une zone non vaccinée introduit dans une zone immunisée.
Dans les Pyrénées-Orientales, le préfet Pierre Regnault de Lamotte a d'ores et déjà proposé à la ministre de l'Agriculture de revacciner au printemps, afin de sécuriser la saison des estives et éviter tout redémarrage viral.
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